
Malgré ses 13,8 millions de kilomètres au compteur, la rame TGV N°4718 de 377 places mise en service le 3 mars 1995 a fière allure dans le technicentre du Landy à Saint-Denis. Durant 7 semaines, elle vient en effet de subir un lifting de 2,5M€ dans le cadre du projet de la SNCF de prolongation d’exploitation pour une durée de 2 à 15 ans de 104 rames TGV. Et va pouvoir dans les prochains jours reprendre ses liaisons de Bruxelles vers Strasbourg, Marseille ou Montpellier.
« C’est une première mondiale industrielle et écologique qui vise à faire circuler des trains à grande vitesse jusqu’à 50 ans, a souligné en préambule Christophe Fanichet, le Pdg de SNCF Voyageurs. Baptisé O2D pour Opération d’Obsolescence Déprogrammée ce projet a été lancé en 2023 par la compagnie lorsqu’elle a pris conscience que la livraison par Alstom des nouveaux TGV M allait voir son planning dérailler.
Initialement annoncés pour les Jeux olympiques de Paris 2024, les 4 premiers TGV de 5ème génération ne commenceront en effet à circuler que l’été prochain, puis 8 en septembre et 13 en décembre. « Afin de préserver notre haut niveau d’offre malgré le retard du TGV M, nous avons alors suspendu toute radiation de rames qui pouvaient encore circuler sur le réseau, fait davantage rouler nos TGV grâce à une maintenance optimisée, augmenté de 50 places la capacité de nos TGV lors le leur rénovation à mi-vie et développé Ouigo, notre offre low cost ultra capacitaire », ajoute-t-il.

Un projet à 600M€ pour préserver son offre de places
Prévoyante, la SNCF va donc plus loin avec O2D en investissant 600 millions d’euros dans la régénération de cette centaine de rames, soit quasiment un tiers de son parc. Concrètement, trois catégories de TGV sont concernées, ceux dont la durée de vie sera prolongée de 2 à 4 ans, exclusivement des rames à un niveau, des TGV Duplex qui le seront pour 10 à 15 ans et une quinzaine de rames « magasins » qui seront utilisées pour leurs pièces détachées.
L’objectif est de traiter à terme les premières en 4 semaines et les TGV à deux niveaux en 4 à 6 mois. Le programme prévoit que 26 rames en 2026 et 23 en 2027 passeront entre les mains expertes des équipes de la SNCF sur 4 technicentres industriels ou de maintenance (ces derniers adaptés pour l’occasion) situés au Landy mai aussi à Rennes, Hellemmes et Chatillon. Il permettra ainsi de préserver dès 2027 quelque 17 700 places et 22 100 en 2028 soit l’équivalent de 52 rames TGV. « Sur cette période, la SNCF va ainsi préserver 15% de l’offre TGV actuelle. O2D couplé à la livraison progressive des TGV M va permettre d’accroître progressivement l’offre de places disponibles », assure ainsi Christophe Fanichet. De quoi faire baisser un jour le prix des billets ?

La sécurité et le confort des passagers restent la priorité
« Le prolongement de la durée de vie de ces rames ne met pas en péril la sécurité des voyageurs », assure Christophe Fanichet. Une analyse sur plus de 650 pièces est effectuée, chaque rame faisant l’objet d’un traitement spécifique en fonction de son état de vieillissement. « Lors de ces travaux, beaucoup d’éléments sont traités que les clients ne voient pas comme une éventuelle corrosion sur les zones sous caisse », explique Xavier Ouin, de directeur du Matériel à la SNCF. « Les portes sont fréquemment remplacées ainsi que le pelliculage alors que les réseaux électriques, la climatisation et le chauffage sont passés aux crible ».
L’arrêt technique de la rame peut être aussi l’occasion de changer les moquettes, les mousses des fauteuils, les ampoules pour passer aux Led… « 600M€, c’est un bon investissement pour porter de 35 à 50 ans la vie de près d’une centaine de trains alors qu’un TGV neuf coûte près de 40M€ », considère Alain Krakovitch, le directeur des TGV-Intercités. Le coût de rénovation des TGV Duplex qui vont gagner 15 années de vie supplémentaires pourra néanmoins atteindre les 10M€, ces rames devant notamment être équipées du nouveau système de signalisation numérique ERTMS (pour European Rail Traffic Management System), obligatoire à partir de 2030 selon la réglementation européenne. « L’ERTMS ne sera pas installé sur les TGV à un niveau. Il faut faire une balance entre le coût de régénération, la capacité des rames [les Duplex embarquent 550 passagers] et le temps de prolongation », conclut Alain Krakovitch.




















