
Avec l’arrivée prochaine d’un troisième avion, La Compagnie poursuit son développement tout en privilégiant une croissance ciblée. La compagnie aérienne française spécialisée dans les vols transatlantiques 100% classe affaires ouvrira notamment une nouvelle liaison entre New York et Düsseldorf, misant sur le potentiel économique de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et sur une clientèle affaires et loisirs. Christian Vernet, PDG de La Compagnie, revient sur ce choix, les perspectives de croissance et les évolutions de l’offre.
Pourquoi avoir choisi Düsseldorf comme nouvelle destination européenne au départ de New York ?
Christian Vernet- L’arrivée de notre troisième avion, prévue entre fin 2026 et début 2027, nous a amenés à réfléchir à la meilleure utilisation de cette capacité supplémentaire. Nous avions le choix entre renforcer une fréquence existante, notamment sur Paris ou Milan, ou ouvrir une nouvelle destination. Nous avons choisi cette deuxième option afin de proposer davantage de possibilités à notre clientèle B2B américaine. Notre réseau est performant, mais reste limité par sa taille. Pour certains grands comptes, cette couverture géographique peut constituer une barrière à l’entrée.
Nous avons donc étudié plusieurs capitales et grandes villes européennes en analysant le trafic existant, la situation économique, le PIB par habitant, la concurrence, la saisonnalité et la proportion de clientèle affaires et loisirs. Düsseldorf est finalement apparue comme une option particulièrement intéressante.
Il n’existe plus de liaison directe entre Düsseldorf et les Etats-Unis depuis quelques années. Pourquoi avoir considéré cette absence comme une opportunité ?
Christian Vernet- Justement parce que cette absence ne reflétait pas nécessairement le potentiel réel du marché. Les données de trafic indirect n’étaient pas suffisantes pour faire ressortir Düsseldorf au premier abord. Mais en menant une analyse approfondie du marché, nous avons constaté ce que représente Düsseldorf et sa région, économiquement parlant.
La Rhénanie-du-Nord-Westphalie génère à elle-seule environ 20% du PIB allemand et bénéficie d’un tissu industriel très important, notamment dans la métallurgie, la chimie, les télécommunications et la fabrication au sens large. Environ 1 700 entreprises américaines sont également implantées dans la région, ce qui génère des échanges importants entre les deux marchés.
La clientèle affaires est-elle le principal moteur du projet ?
Christian Vernet- Elle constitue effectivement un élément essentiel. Pour mieux s’identifier aux voyageurs d’affaires, nous avons testé notre future ligne via les grands hubs européens. On a tous constaté que l’expérience pouvait être particulièrement compliquée : retards, correspondances manquées, longues distances à parcourir dans les terminaux… Pour une clientèle professionnelle qui recherche de la fiabilité et du confort, ce n’est pas une solution idéale. Düsseldorf permet donc de répondre directement à cette demande avec une liaison transatlantique sans correspondance.
Le potentiel est-il également important sur le segment loisirs ?
Christian Vernet- Oui car il ne faut pas sous-estimer l’attrait de l’Allemagne pour les voyageurs américains. Ils viennent pour l’histoire, la culture, la musique, l’art, mais aussi pour les liens familiaux ou professionnels.
La clientèle loisirs américaine de La Compagnie reste également très internationale. Nos passagers restent en moyenne trois semaines en Europe et peuvent parfaitement imaginer un itinéraire combinant plusieurs pays. Düsseldorf peut donc constituer une porte d’entrée intéressante vers l’Allemagne et l’Europe de l’ouest, notamment avec des possibilités de circuits vers Paris, Nice ou d’autres destinations.
Quel sera le programme de vols à Düsseldorf ?
Christian Vernet- Nous prévoyons cinq vols par semaine toute l’année au départ de New York.
Vous allez également renforcer Nice ?
Christian Vernet- Nice reste une destination importante pour nous. Nous y sommes présents depuis 2019 et nous avons aujourd’hui quatre vols par semaine. Nous passerons à cinq fréquences l’année prochaine. Cet hiver, nous exploiterons deux fréquences/semaine. Nous serons ainsi le seul transporteur à proposer une liaison New York-Nice toute l’année.
Quel est aujourd’hui l’état du marché transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis ?
Christian Vernet- La situation est contrastée. Sur le marché loisirs européen vers les Etats-Unis, nous constatons une certaine distanciation par rapport à la dynamique qui existait auparavant. La baisse peut être significative selon les marchés.
En revanche, le marché loisirs américain vers l’Europe continue de progresser. Pour La Compagnie, les ventes réalisées sur l’exercice 2025-26 sont supérieures d’environ 7% à celles de l’année précédente, avec une légère augmentation de notre offre. À offre comparable, nous enregistrons donc également une progression.
Sur le segment corporate, les entreprises européennes restent plus prudentes. L’incertitude économique et commerciale, notamment autour des éventuels droits de douane, n’incite pas forcément à prendre des engagements à long terme.
Le B2B américain, en revanche, continue globalement de venir en Europe. Milan, par exemple, reste relativement résilient grâce à son activité liée à la mode et au design.
Ce désamour pour les Etats-Unis peut-il accélérer votre réflexion sur de nouvelles destinations nord-américaines, comme Toronto ?
Christian Vernet- Nous étudions la question. Toronto est une ville très active et le Canada présente un intérêt dans le contexte actuel. Mais il faut des avions pour ouvrir de nouvelles lignes.
Notre quatrième avion arrivera en juin 2028. Il s’agira d’un A321XLR, avec un rayon d’action supérieur, ce qui ouvrira de nouvelles possibilités. Toronto fait partie des marchés que nous pouvons regarder, même si les volumes actuels ne sont pas encore extraordinaires.
Quelles autres destinations pourraient être envisagées à moyen terme avec l’A321XLR ?
Christian Vernet- San Francisco est une possibilité. L’avion peut effectuer la liaison Paris-San Francisco, même si certaines contraintes peuvent exister lorsque les vents sont particulièrement défavorables.
Boston fait également partie des marchés qui peuvent être étudiés, tout comme Austin. Il existe ensuite d’autres possibilités, notamment en Asie. Pékin ou Tokyo pourraient être envisagées lorsque les conditions de marché seront plus favorables.
Nous regardons aussi certaines destinations du Moyen-Orient, comme Abu Dhabi. Mais ces marchés sont plus complexes en raison des facteurs réglementaires et économiques. Nous privilégions des régions où les conditions d’exploitation présentent une certaine stabilité.
Et en France, Lyon ou Toulouse pourraient-elles devenir des destinations de La Compagnie ?
Christian Vernet- Les expériences passées de liaisons entre Lyon et les Etats-Unis n’ont pas toujours été concluantes. En théorie, il existe du trafic, mais le marché reste difficile.
Genève est également intéressante, mais la réglementation ne nous permet pas aujourd’hui d’y opérer une liaison directe comme nous le souhaiterions. Ce sont donc des marchés que nous continuons à observer, mais notre priorité immédiate reste Düsseldorf.
La croissance de la Compagnie reste-t-elle prudente ?
Christian Vernet- Nous voulons effectivement poursuivre une croissance « raisonnable ». Néanmoins, plus La Compagnie grandira, plus les complémentarités au sein du réseau deviendront intéressantes, notamment pour les grands acteurs B2B et les entreprises internationales.
L’objectif n’est pas d’annoncer des destinations à dix ans. Nous voulons identifier des marchés qui présentent un véritable potentiel et les développer au fur et à mesure que notre flotte nous le permet.
Quelles nouveautés les passagers peuvent-ils attendre à bord ?
Christian Vernet- Nous n’avons pas de « révolution » de produit à annoncer à ce stade. Nous continuons néanmoins à améliorer l’expérience en vol. On travaille par exemple régulièrement sur les menus avec des chefs. Les nouveaux avions bénéficient des dernières évolutions de l’IFE, avec notamment une nouvelle version du système de divertissement et le Bluetooth. Le siège reste le même, mais l’espace sera légèrement amélioré. Nous avons également intégré des chargeurs pour téléphone et un support permettant de positionner plus facilement une tablette.
Notre Wi-Fi fonctionne très bien depuis 2019 et nous n’avons pas, à ce stade, prévu de changer de système.
Et le lounge de New York ?
Christian Vernet- Nous avons repris un lounge à New York il y a environ un an et demi et nous sommes en train d’achever sa modernisation. Les travaux doivent se terminer dans quelques semaines.
C’est un lounge privé pour La Compagnie. Cela participe pleinement à notre promesse de facilitation : lorsque le passager doit embarquer, il peut rejoindre rapidement l’avion et partir quelques minutes plus tard. C’est exactement le type d’expérience que nous voulons proposer à nos clients.





















