
Haro sur l’extension de Paris CDG. L’ONG Transport & Environnement (T&E) mène la fronde contre les grands travaux du groupe ADP, visant à accroître les capacités de la plate-forme pour permettre d’accueillir 14 millions de passagers supplémentaires en 2035. Et, plus globalement, atteindre les 105 millions à l’horizon 2050, contre 76 millions de passagers en 2019. Soit une possible croissance de 38%.
Selon les calculs de T&E, les émissions de Paris CDG s’élèveraient alors à plus de 6 mégatonnes par an à cette période. Loin des 3 millions de tonnes de CO2 prévues par la dernière stratégie nationale bas-carbone pour les trajets internationaux pour atteindre la neutralité carbone en 2050. S’élevant à 8 milliards d’euros, les travaux visent à accroître la capacité du hub francilien, non pas en construisant un quatrième terminal comme un temps envisager, mais en connecter des postes avion au large tout en en créant de nouveaux à proximité des terminaux existants. Le tout pour accueillir davantage d’appareils moyen et, surtout, long-courriers, plus émetteurs.
La fronde de T&E, menée en compagnie d’autres ONG comme Réseau Action Climat et Rester sur Terre, viendra-t-elle mettre un grain de sable dans la chronologie de validation du contrat de régulation économique (CRE) en cours de négociations entre le groupe ADP, les compagnies aériennes et les autorités publiques ? Alors que l’Etat a donné son accord au projet cet été, le groupe ADP – dont l’Etat est, par ailleurs, le principal actionnaire – va entamer la consultation formelle des compagnies aériennes, avant de recevoir un avis favorable pour une possible signature définitive en décembre.
Entre temps, et alors que des échéances électorales importantes approchent, les associations environnementales et élus locaux opposés à ce projet d’extension entendent mobiliser l’opinion publique pour faire pression sur le gouvernement. « Si le gouvernement veut être cohérent sur sa politique climatique, il doit renoncer à signer le nouveau contrat de régulation économique et forcer Aéroports de Paris à abandonner son projet d’extension », explique Jérôme du Boucher, responsable aviation pour T&E France.
Extension de la lutte à l’échelle européenne
Selon le journal Les Echos, « ADP défend un projet d’aménagement mettant « fin au gigantisme » et qui accompagne « une croissance modérée du trafic aérien, plus faible qu’avant Covid » ». Ce projet d’extension, qui accompagne les ambitions de croissance d’Air France, n’est d’ailleurs pas le seul à être montré du doigt par le think tank environnemental. Une autre étude de Transport & Environment alerte sur l’incompatibilité entre les projets d’agrandissement de vingt grands aéroports européens et les objectifs climatiques nationaux. Selon l’analyse, ces extensions dépasseraient de deux à trois fois le budget carbone compatible avec une trajectoire de 1,7 °C, et ce même en tenant compte des gains attendus des SAF et des avions de nouvelle génération moins gourmands en carburant. « Augmenter le volume de trafic en ajoutant des pistes et en agrandissant les terminaux annule tout bénéfice tiré de carburants plus propres ou de moteurs plus efficients. Aucune amélioration technologique plausible ne pourra combler cet écart à temps », a déclaré Denise Auclair, responsable de la campagne Travel Smart de T&E.
Londres Heathrow, Madrid, Lisbonne, Porto, Dublin, Francfort, Bruxelles : tous ces hubs fréquentés par les voyageurs d’affaires ont prévu ou déjà lancé de vastes projets dernièrement. Dans ce cadre, Lisbonne et Porto dépasseraient de 2,8 fois leur budget carbone, et Dublin de 2,6 fois. Tandis que les émissions supplémentaires liées à l’ajout d’une troisième piste à Londres Heathrow équivaudrait, entre 2035 et 2050, à celle de la Croatie sur une année entière, quand l’extension simultanée de 12 aéroports en Espagne ajouterait l’équivalent des émissions annuelles du Portugal. Face à cela, en plus d’inviter à geler les extensions dépassant les budgets carbone et à réorienter les financements publics vers des alternatives plus propres, T&E souligne un risque juridique croissant pour les gouvernements qui valideraient ces extensions.





















