Depuis 2016, Delta et Virgin Atlantic partagent le terminal 3 de Londres Heathrow, Delta étant de fait l’actionnaire principal du transporteur britannique à hauteur de 49%. La présence des deux compagnies sous un même toit facilite effectivement les transferts de passagers entre les deux compagnies, partenaires au sein d’une coentreprise transatlantique lancée en 2014. Leur collaboration porte notamment sur les horaires, les tarifs, les réseaux et les services aux voyageurs comme l’utilisation commune des comptoirs d’enregistrement ainsi que des salons dans l’aérogare.
Le déménagement de Delta au terminal 4 romprait de fait cette organisation. Les passagers en correspondance entre les deux transporteurs devraient emprunter une navette inter-terminaux et se soumettre de nouveau à un contrôle de sécurité. Une contrainte supplémentaire qui ne ferait que compliquer les voyages, notamment pour les clients effectuant des trajets avec plusieurs segments.
Certains observateurs murmurent ainsi que la décision de l’aéroport serait fortement influencée par le lobby British Airways, principal concurrent…
L’enjeu dépasse la simple organisation des terminaux. La coopération entre Delta et Virgin Atlantic constitue le seul contrepoids important au partenariat transatlantique entre British Airways et American Airlines. Une séparation physique pourrait donc réduire la compétition sur l’un des faisceaux aériens stratégiques les plus disputés au monde.
Delta dénonce une décision « à courte vue »
Cette décision fait d’ailleurs fulminer le PDG de Delta, Ed Bastian, Il qualifie la résolution de Heathrow « à courte vue, profondément décevante et défavorable aux consommateurs« . Il rappelle que les deux compagnies accueillent depuis plus de dix ans des millions de voyageurs dans des installations communes au terminal 3, leur offrant des correspondances pratiques, des services premium et l’accès à un réseau international élargi.
Ed Bastian affirme également que Delta entend utiliser tous les recours disponibles pour faire revenir Heathrow sur cette décision.
Virgin Atlantic partage aussi cette inquiétude. Son directeur général, Corneel Koster, estime que cette séparation va « créer des frictions pour les clients, affaiblir la concurrence et réduire le choix ».
Même le fondateur de Virgin Atlantic, le charismatique Richard Branson, est également monté au créneau. Il estime que cette décision risque de limiter le choix des consommateurs et de faire grimper les tarifs, décrivant lui aussi la décision d’Heathrow à courte vue et de mal évaluée.
Heathrow défend sa réorganisation
L’aéroport britannique rejette ces critiques et défend une redistribution plus efficace de ses capacités. Selon sa direction, les changements résultent de consultations avec les compagnies aériennes et doivent améliorer la circulation des passagers, réduire la congestion et renforcer la résilience opérationnelle.
Le transfert de Delta s’inscrit dans une réorganisation plus large : Finnair et Japan Airlines passeront également du terminal 3 au terminal 4, LATAM rejoindra le terminal 2 depuis le terminal 3, tandis que China Southern quittera le terminal 4 pour le terminal 5.
Heathrow affirme que cette nouvelle répartition permettra d’absorber la croissance du trafic tout en maîtrisant les coûts pour les passagers.
Reste une question essentielle pour les voyageurs : l’optimisation des infrastructures justifie-t-elle de compliquer les correspondances entre deux compagnies qui ont précisément construit leur partenariat autour de la fluidité des déplacements transatlantiques ? Un atout clé reste entre les mains du couple Delta/Virgin : celui d’être deux compagnies aériennes d’envergure pour la plateforme londonienne, qui ne peut guère les ignorer…