Le Grand Nord : l’aventure en grand blanc !

“La seule chose qu’on est sûr de ne pas réussir est celle qu’on ne tente pas”, Paul-Emile Victor. Le Nord en hiver marque les esprits, soude les groupes et renforce l’image d’une entreprise. Pour éveiller l’âme aventureuse qui sommeille en chacun de nous, les pays d’Europe du Nord ainsi que l’Islande sont un bon début. “Si, sur place, les activités restent assez classiques – motoneige, raquettes, traîneau à chiens, nuitées en igloo et en hôtel de glace, aurores boréales… – en revanche, le cadre est très dépaysant”, explique Dominique Albouy, responsable produits chez Grand Nord/ Grand Large. Ainsi, les petits groupes d’une quinzaine de personnes dorment dans des gîtes atypiques mais confortables, comme cette ancienne école plantée en pleine nature finlandaise. “Le propriétaire est un ancien skieur de fond, un professionnel haut en couleur. Il emmène les participants découvrir le territoire au travers d’activités de plein air”, précise Dominique Albouy. Des croisières en Express Côtier avec bain au milieu des icebergs, des expéditions encadrées par des Sâmes, la plus ancienne minorité des pays nordiques, sont également possibles. Ainsi que des journées d’initiation à la vie de trappeur : pêche sous la glace, découverte de l’art du fumage du poisson, apprentissage des techniques de survie en région polaire… Surtout, ces pays sont “une bonne alternative à des destinations plus lointaines, avec décalage horaire, comme le Canada. En prime, les déplacements aériens sont plus courts et donc moins onéreux”, souligne Nathalie Belloir, responsable du département incentive du groupe Voyageurs du Monde (Comptoirs des Voyages, Terres d’aventures et Nomade). Ce qui explique les parts du marché incentive en Finlande.

Concentrés essentiellement en Laponie, les séjours Grand Nord représentent, sur l’ensemble de l’année, entre 25 et 30 % du marché touristique finnois. “Avec des pointes en hiver de l’ordre de 30 à 35 %”, dit Pierre Gérard, directeur marketing à l’office national du tourisme en Finlande. “Le marché français est estimé à environ 30 % du marché incentive global. Comparativement aux autres pays européens, c’est celui qui a le plus progressé ces dix dernières années”, ajoute-t-il.

Raisons de l’engouement : la proximité de la destination, la fréquence des vols charters, le professionnalisme des prestataires locaux, l’originalité des activités et la qualité des services. “La Finlande 100 % nature, 100 % émotions, 100 % activités séduit de plus en plus les sociétés à la recherche de programmes courts, originaux et simples à la fois ; le tout dans une atmosphère zen”, explique encore Pierre Gérard. Ce bol d’air version Grand Nord est également la carte que joue la Suède pour attirer les groupes français.

C’est ce que confirme Pierre Tolcini, directeur marketing France de l’office de tourisme de Suède. “Plus de 50 % du tourisme français est un tourisme d’affaires ! La Laponie suédoise recèle des produits uniques au monde, tels que l’Icehôtel situé à quelques minutes de l’aéroport de Kiruna. Cet hôtel de glace qui vit chaque année le temps d’un hiver pour renaître la saison suivante, possède 80 chambres dont une trentaine de suites. Mais surtout, cette région n’est pas envahie par le tourisme de masse, raison pour laquelle les agences spécialisées l’apprécient. D’autant plus qu’en dehors des activités connues comme le motoneige, le traîneau à chiens, la conduite sur glace ou les excursions en brise-glace, les groupes incentive ont la possibilité de combiner leur séjour en Laponie suédoise avec des extensions en Norvège et des safaris photos axés sur les orques”.

Mais le dépaysement total, hors de tous les repères connus, c’est beaucoup plus loin que les groupes l’appréhendent. Là où, comme le décrit l’aventurier Nicolas Vannier, “nous sommes nulle part, du moins à un endroit qui ne ressemble à rien de connu des hommes. De la glace et de la neige à perte de vue, et pour tout relief, les sculptures que le vent a taillées dans cette blancheur uniforme”. Cet endroit incroyable, ce sont les impressionnantes montagnes Rocheuses qui s’étendent du Canada aux États-Unis. Les mêmes qui ont servi de décor à son film “Le dernier trappeur”, une superbe histoire d’amour entre l’homme et la nature. Et c’est justement cette symbiose que se propose de faire vivre aux groupes Mathieu Breton, commercial forfaitiste chez DHD Laïka. “Dans le Yukon, au Canada, nous organisons avec Rock Boivin, un ami de Nicolas Vannier, de véritables raids en traîneaux à chiens avec nuitées en chalets, cabanes en rondins ou tentes de trappeur. Même principe au Québec. De décembre à avril, à partir du camp des Écorces, dans le massif de la Peribonka, au nord du lac Saint-Jean, les groupes de douze personnes maximum, bercés par les récits de Jack London, partent en expédition avec les propres chiens de Nicolas Vannier. Les plus chanceux peuvent même le croiser !”

Seule grande différence entre ces deux destinations : le prix du billet d’avion, qui varie de 700 euros pour le Québec à 1000 euros pour le Yukon ! En revanche, comme le signale Mathieu Breton : “Avec 2000 euros par personne pour une opération de neuf jours, nous restons vraiment compétitifs par rapport aux pays scandinaves. Avec, en sus, l’assurance de vivre une vraie aventure ! Les territoires traversés sont vierges de toute trace humaine et l’activité traîneau à chiens est réellement pratiquée avec un musher (conducteur de traîneau-NDLR) pour quatre personnes, chacune responsable de son attelage, soit entre cinq et huit chiens.” Et ça marche ! “La part de l’incentive tourisme d ‘affaires représente 14 % du marché touristique”, indique Danielle Cordisco, directrice de l’office de tourisme canadien. “Sur les 357000 visiteurs français que nous recevons, 12,7 % sont issus du tourisme d’affaires. Ce marché relativement stable est principalement orienté en incentive vers le Québec en raison des vols directs desservant Toronto, Montréal et Québec”, observe cette dernière qui entend prochainement faire la tournée des agences spécialisées françaises afin de les sensibiliser aux autres territoires canadiens. “Le Yukon, Nunavut, Terre-Neuve, Manitoba sont des endroits complètement dépaysants, hors du commun et procurant des souvenirs très forts”, affirme Danielle Cordisco.

Une sensation d’aventure

Encore méconnues, difficiles parfois d’accès et pas forcément dotées d’hébergements adaptés à cette catégorie de clientèle, ces destinations insolites restent des récompenses exceptionnelles. À réserver longtemps à l’avance, de préférence en direction de petits groupes privilégiés. “L’image des terres antarctiques et arctiques est profondément ancrée dans notre imaginaire. Elles font partie de la mythologie du voyage, déclare Jean-Marie Douau, directeur production chez Jetset. Ce sont de vrais périples, souvent impossibles à réaliser seul, avec en prime une sensation d’aventure.” Boostés par les expéditions médiatisées, les films de Nicolas Vannier et par le documentaire “La marche de l’Empereur” et surtout par cette tendance “nature” qui s’installe chaque année davantage, ces territoires du froid suscitent un intérêt croissant : les visiteurs se pressent sur ces terres menacées de disparaître par le réchauffement de la planète !

Certes, les groupes y vivent la grande nature. Et découvrent avec émotion la faune. L’observation des ours polaires, des phoques, des manchots et des baleines est particulièrement demandée. Prendre un bébé phoque dans ses bras, ou voir de près 300 ours blancs attendre, à Churchill, que la banquise se forme pour partir à la chasse, laisse, à coup sûr, des souvenirs inoubliables ! À ce sujet, “les ours blancs ne sont présents que dans l’Arctique et les manchots dans l’Antarctique”, précise Dominique Albouy. Autour de ces expéditions, plusieurs combinaisons sont proposées. Par exemple, Grand Nord- Grand Large affrète à partir du Spitzberg un avion pour se rendre sur une base dérivante russe et ensuite embarquer à bord d’hélicoptères pour une dépose sur le mythique toit du monde : le pôle Nord ! Sur place, diverses prestations peuvent être organisées : accueil au champagne ou bien challenge… Au Groenland et au Nunavut, des expéditions encadrées par des Inuits emmènent les tout petits groupes découvrir leurs coutumes. Au programme : démonstrations de pêche sous glace, construction d’un igloo, reconnaissance de traces animales, découverte de l’art Inuit, etc. D’autre part, les skieurs confirmés, avides de sensations fortes, ont la possibilité d’être déposés en hélicoptère au sommet des glaciers pour une descente, version ski extrême ! Puis, tout à côté du cercle polaire Arctique, les participants aux incentives peuvent également vivre des expériences proches de celles des régions polaires. Par exemple, au cap Horn, en Terre de Feu ou encore en Patagonie, en Argentine. “À partir d’Ushuaïa, les groupes – 25 personnes maximum– font un trek qui les amène à découvrir les hommes et la faune de l’Antarctique : lions de mer, éléphants marins, orques…”, raconte Laurent Gillard, directeur commercial grands comptes et groupes chez Tourisport Company (Club Aventure et Sport Away). “Généralement, la raison évoquée dans le choix d’une telle expédition est la volonté de rompre totalement avec le quotidien… C’est ce même objectif que nous rencontrons pour des treks dans le désert.”

Sur les traces des explorateurs

Reste l’alternative croisière : par exemple, Jetset convie les groupes à une balade en catamaran au beau milieu des glaciers. Les participants peuvent aussi embarquer à bord de bateaux scientifiques, brise-glace, voire vieux gréements pour des croisières thématiques du type “sur les traces d’explorateurs” comme Charcot, ou à la rencontre d’espèces animales. Ainsi, la Compagnie des îles du Ponant organise deux croisières : l’une “sur les traces de l’explorateur britannique Ernest Shackleton”, la seconde “vers l’Antarctique, terre des extrêmes”.

Le principe, tout comme chez Grand Nord/Grand Large, consiste à faire encadrer les groupes par une équipe de conférenciers naturalistes. La navigation alterne avec des escales à terre deux ou trois fois par jour afin de découvrir les habitants, hommes et animaux, de ces lieux étranges. “Pour une opération de ce genre en Arctique, il faut compter entre 6000 et 8000 euros par personne, vols compris”, annonce Dominique Albouy qui conclut : “Mais quelle que soit la manière d’appréhender ces destinations du froid, se retrouver dans des régions complètement dépaysantes, perdre de vue la vie quotidienne et l’urbanité, découvrir des paysages grandioses, observer une faune extraordinaire et rencontrer des gens exceptionnels avec, en plus, un jeu de lumières et de couleurs hallucinant… c’est vraiment une aventure à vivre au moins une fois dans sa vie !”