C’est sûr, on ne vient pas en Galice pour son eau à 27°, son folklore flamenco et ses taureaux, voire ses stations balnéaires en surchauffe. Ici c’est l’Espagne verte. Celle des rías, ces bras de mer éventrant les terres, celle des vallées fertiles et des flancs de coteaux où s’accrochent des cépages donnant des blancs réputés dans le monde entier ; celle du mystère aussi, avec ses brumes crémeuses nappant les sommets des monts ronds, ses ciels magnifiques tout de gris nuancés, ses meigas, des créatures hantant les chemins creux, quelque chose d’indéfini, vaguement situé entre une fée et une sorcière…
“Le bout de l’ancien monde”
L’Espagne verte, c’est donc avant tout celle des amoureux de la grande nature, des paysages à postériser grand format, très loin des cartes postales outrageusement bronzées et des canicules assassines. “Sa culture celtique, son style de vie tourné vers l’Atlantique très différent de celui de la Méditerranée, la chaleur de son peuple, les couleurs de sa nature, la beauté sauvage de sa côte, l’originalité de ses rías, le côté paradisiaque de certaines de ses plages… mais aussi ses averses à torrent, soudaines et qui font de la Galice une région atypique idéale pour les séjours incentive mâtinés de culture et d’art de vivre !”, raconte José Ramon Castineira Sobrido, directeur du service des congrès de Turgalicia, à l’office de tourisme de la Galice. Secret et réellement inattendu, ce coin de terre atlantique se cache à l’extrémité nord-ouest de l’Espagne, juste au-dessus du Portugal. Et c’est certain, “le bout de l’Ancien Monde”, comme le nommaient les Grecs, est l’une des régions les plus sauvages d’Espagne ! Une contrée déchirée entre une côte battue par des flots bleu cobalt et un arrière-pays de bocage strié de gorges vertigineuses. Une géographie faite de légendes et de mythes, stigmatisée au fil des ans par les occupations successives. Car pas moins de 2000 ans d’histoire défilent sur ce territoire d’à peine 29500 km² !
Les premiers envahisseurs sont les Gallaeci, un peuple celtibère qui s’installe vers 1000 avant J.-C. jusqu’au fleuve Douro et qui a donné son nom à la Galice. En 137 avant J.-C., ces terres intéressent les Romains qui viennent y chercher des minerais. Sous leur domination, la Gallaecia devient et restera jusqu’au Ve siècle, une province romaine indépendante avec ses propres cités : Braga, Lugo et Astorga. Des voies, des ponts dont celui d’Orense, des murailles droit debout attestent encore aujourd’hui de l’histoire antique. Et surtout la langue : le gallego qui, en plein XXIe siècle, est la seconde langue officielle !
Romains, Vandales, Wisigoths et Maures
Puis, à leur tour, les Romains sont expulsés par les Suèves, peuple du Nord de l’Europe. Se succèdent ensuite les Vandales, les Wisigoths et les Maures… Ces derniers, malgré leur présence pendant sept siècles, ont finalement peu marqué la Galice. Ce qui n’est vraiment pas le cas des Celtes et des Romains dont les nombreux vestiges font partie des étapes classiques des séjours incentive. En particulier, les castros, anciens camps fortifiés celtes comme le Castro de Rei à Viladonga ou celui de Santa Tegra à Guarda ou bien encore, pour ce qui concerne Rome, la grande muraille circulaire de Lugo, la capitale antique, et, à La Corogne, la tour d’Hercule. À cela s’ajoutent les multiples châteaux, églises romanes, manoirs et monastères qui piquètent la Galice, comme les eucalyptus sa campagne ondulée ! Car entre les Ve et VIIIe siècles, la Galice est aux mains des souverains des Asturies, puis du Leon pour enfin être rattachée au royaume d’Espagne et définitivement séparée du Portugal. C’est ainsi que dès 1495, les Rois Catholiques y imposent leur autorité. Entretemps, la renommée de la Galice franchit les frontières européennes… grâce à saint Jacques !
Saint Jacques, toute une légende ! Appelé le Majeur, c’était un des plus proches de Jésus qui l’envoya prêcher la bonne parole en Espagne… sans succès ! En 44, saint Jacques décide de rentrer en Palestine. Mal lui en prend, car Hérode le fait aussitôt décapiter. Ensuite l’épopée est un peu plus difficile à démêler. Selon les uns, les frères de saint Jacques auraient placé son corps dans une barque qui dériva jusqu’aux côtes espagnoles, à n’en point douter poussée par le vent soufflé par le Saint-Esprit. Selon les autres, son corps aurait été embarqué par des disciples sur une nef à destination de l’Espagne, puis enterré dans une ancienne crypte païenne.
Sur les chemins de Saint-Jacques
Quoi qu’il en soit, vers 810-813, Pelayo, un ermite vivant près de la petite église de San Felix, en Galice, reçoit en songe la révélation du lieu du tombeau du saint. Aussitôt, l’évêque d’Iria-Flavia, aujourd’hui Padron, vérifie la divination de Pelayo et conduit les fidèles à l’endroit indiqué, guidé, selon la légende, par une étoile. “Ils y découvrent un tombeau de marbre et nomment le site ‘campus stellarum’, champ d’étoiles, qui serait l’origine de Compostelle. Moins romanesque, il est plus vraisemblable que Compostelle vienne du galicien compostum voire compostellum, soit sépulture”, explique Richard Rivera de Secchi, guide pour l’office du tourisme et fervent défenseur de la Galice. La découverte de ce tombeau, qu’il abrite ou non la dépouille du saint, a donné naissance à l’un des plus célèbres pèlerinages européens et avec lui, à la ville de Santiago, Saint-Jacques-de-Compostelle, capitale de la Galice et petite merveille architecturale classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.
Sur la Praza do Obradoiro, les rayons du soleil griffent les tours crénelées de la cathédrale qui s’étire tout en longueur face au palais Rajoy, un ancien séminaire du XVIIIe siècle abritant derrière sa façade néoclassique l’hôtel de ville et, à sa gauche, l’Hostal dos Reis Catolicos, un ancien hospice de style Renaissance construit pour accueillir les pèlerins. Converti aujourd’hui en parador – hôtel aménagé dans un bâtiment historique et géré par le gouvernement –, l’établissement continue à servir gratuitement dans ses cuisines des repas aux pèlerins. “Certains voyages incentive en Galice incluent dans leur programme une marche symbolique sur les chemins de Saint-Jacques afin que les participants puissent, un instant, se sentir dans la peau d’authentiques pèlerins. C’est également pour eux l’occasion d’en croiser certains et d’établir des échanges. D’autant plus que la majorité sont européens”, explique Michel Angel, de l’agence Turgalicia. Mais à elle seule, la cathédrale justifie le détour. Édifiée au XIe siècle sur le lieu présumé de la tombe de saint Jacques, il s’agit d’un étonnant mélange de styles roman et baroque. À l’intérieur, l’autel n’est que profusion d’ors et d’angelots fessus. “Cette esthétique nous rappelle qu’à l’époque baroque, les messes étaient des sortes d’opéras avec chanteurs, danseurs et, évidemment, décor chargé !”, dit encore Richard Rivera de Secchi. Face à la scène, pend le botafumeiro, un spectaculaire encensoir en laiton argenté pesant environ 80 kilos. Lors des fêtes, ou sur demande pour les groupes incentive, il est balancé à l’aide d’une corde tirée jusqu’aux voûtes grâce aux efforts de huit hommes assistés par un savant jeu de poulies ! À admirer aussi, à l’entrée de la cathédrale, le fameux porche de la Gloire, un chef-d’œuvre signé Mateo, fierté de toute l’Espagne.
Ferveur chrétienne et mythes païens
Les jacquets, les pèlerins donc, pour marquer la fin de leur périple, touchent une cavité creusée dans le porche par les millions de mains qui l’ont touchée avant eux, car hormis son intérêt culturel, la cathédrale est aussi l’aboutissement de tous les chemins menant à Compostelle ! Là, les jacquets, éreintés après des kilomètres de marche, se retrouvent face à une emblématique coquille sculptée sur une dalle du pavement du parvis. Cette ferveur chrétienne se perpétue en parfaite harmonie avec certains rites païens omniprésents en Galice. C’est, par exemple, la figa, amulette en forme de doigts repliés, qu’on achète une fois arrivé à Santiago pour chasser les mauvais esprits. C’est encore, le soir de la Saint-Jean, le 23 juin, les multiples feux allumés dans la ville pour célébrer le solstice d’été. À minuit, au son des cornemuses et des tambourins, loin du classique folklore espagnol donc, de jeunes audacieux sautent par-dessus les foyers pour conjurer le mauvais sort. C’est aussi l’occasion de déguster à la bonne franquette des sardines grillées accompagnées de bière ou, encore mieux, d’un excellent vin blanc. Au choix : un ribeiro, un godello ou un albarino. Au petit jour, la musique se fait plus douce, plus morrina, mélancolique, à l’image du tempérament galicien, tantôt ombrageux, tantôt enjoué.
Elle rappelle que des millions de Galiciens ont autrefois émigré. Exode massif engendré tout d’abord par la grande famine de 1800, puis de 1931 à 1936 par la répression franquiste, et enfin par la crise économique des années 60. Tous ont embarqué le cœur gros mais plein d’espoir depuis les ports de Vigo et de La Corogne pour un voyage le plus souvent sans retour à destination de l’Amérique du Sud. Ne dit-on pas que Buenos Aires est la ville la plus galicienne du monde ? Car comme l’écrit Castelo, un écrivain galicien, “le Galicien ne proteste pas, il émigre”. Le phare de La Corogne a pendant longtemps incarné les espoirs d’une vie meilleure pour des milliers d’immigrants.
Sur les rias en bateau à fond de verre
La nuit venue, ses feux balaient la baie d’Ozan avec sa plage de sable blond et se reflètent dans les galeries vitrées des immeubles du front de mer auxquelles La Corogne doit son surnom de “cité de verre”. Chefs-d’œuvre architecturaux qui, avec les nombreux édifices Art déco dont s’enorgueillit la ville, valent le détour. Tout comme une excursion plus au sud, aux rías Baixas, ou rías basses. Mosaïque gorgée d’eau et de chlorophylle, pur bonheur pour tous les épris de la nature. “Nous amenons les groupes en croisière sur les rías à bord d’un bateau à fond de verre permettant d’admirer les fonds riches en espèces marines. Ils dégustent aussi des fruits de mer qui sont notre fierté gastronomique, puis partent en excursion aux îles Cíes, classées dans le parc naturel des îles atlantiques de Galice. Là se trouve, selon le journal britannique The Guardian, la plus belle plage du monde, celle de Rodas”, affirme José Ramon Castineira Sobrido. Et c’est vrai qu’avec ses dunes de sable blanc et sa mer menthe à l’eau, l’illusion d’être sur une île déserte du Pacifique est presque parfaite. Si ce n’est sa température : 19 °C au mieux !




















