Les stratégies pour sortir Abidjan de ses embouteillages

Réhabilitation de voies existantes, construction de nouvelles infrastructures et amélioration des transports en commun sont les principales pistes des autorités pour fluidifier la circulation dans un pays où la circulation se fait essentiellement par la route.
Pont Bouygues
Pont développé par Bouygues en 2014 reliant les boulevard Mitterrand et Giscard d’Estaing.

Plus de 65 millions d’euros : c’est le budget que les autorités ivoiriennes ont décidé de consacrer à la réhabilitation et à l’expansion, actuellement en cours, de plusieurs grandes routes de la ville. L’une des principales artères d’Abidjan, le boulevard de Marseille, sera ainsi réhabilitée grâce à un plan d’élargissement du boulevard de plus de 13 km et l’amélioration des connexions avec les routes adjacentes.

Le gouvernement entreprend également la construction de plusieurs nouvelles routes et nouveaux ponts afin d’améliorer la circulation. La construction d’un quatrième pont sur la lagune Ebrié pour relier les communes du Plateau et d’Adjamé avec Yopougon – la commune la plus peuplée de la ville – constitue le projet central du programme. Le pont et les routes associées, dont la construction devrait s’achever en 2020, seront empruntés par des centaines de milliers de personnes tous les jours, réduisant de manière considérable les embouteillages rencontrés sur les routes existantes.

Un avantage majeur dont va profiter l’économie ivoirienne. En effet, la circulation des marchandises entre le port d’Abidjan et les zones industrielles autour de la capitale va ainsi être fluidifiée, ainsi que les échanges commerciaux avec les voisins de la Côte d’Ivoire, le Burkina-Faso et le Libéria.

Mais comment faciliter les déplacements quotidiens des habitants ? Au cours des années passées, Abidjan a vu se développer les moyens de transports informels, des taxis collectifs appelés woro-woro, au détriment de la fréquentation des bus qui a reculé de 2 %. Jugés peu efficaces et en sous-capacité, ces transports par bus ou bateau-bus pourraient cependant représenter une solution pour développer la mobilité urbaine.

Bus EXPRESS Sotra
Bus EXPRESS Sotra

La Société des Transports Abidjanais (SOTRA) a entrepris d’étendre ses services de transport par bus et par bateau avec de nouveaux bateaux-bus, davantage de gares lagunaires et un parc d’autobus renforcé afin d’améliorer la circulation des passagers en ville. L’entreprise vise la mise en service de 50 bateaux supplémentaires d’une capacité de 200 à 250 passagers d’ici 2020, ainsi que de 2000 nouveaux bus, tandis que l’opérateur privé Société de Transport Lagunaire (STL) intensifie également ses investissements avec pour objectif de faire naviguer 45 bateaux d’ici 2020, contre 16 actuellement, qui desserviront 10 arrêts sur la lagune.

Une fois ces investissements réalisés, les autorités misent sur une capacité de 70 000 passagers par jour pour les bateaux-bus. D’ici là, les presque huit millions d’habitants de la ville pourront sans doute compter sur une nouvelle infrastructure made in France : le nouveau métro de la ville.

Cette ligne de 37,5 kilomètres comprendra 20 stations, 21 ponts rail-route, un pont viaduc sur la lagune Ebrié ainsi que 40 passerelles piétonnes. L’ouvrage devrait relier la ville d’Anyama, dans la banlieue nord, à la commune de Port-Bouët, au sud de la capitale économique ivoirienne. Il facilitera ainsi les déplacements dans la ville d’Abidjan en permettant de rallier en 50 minutes les deux extrémités du trajet, là où il faut encore plusieurs heures avec des embouteillages monstres qui paralysent quotidiennement la capitale.

  • Inauguration de la ligne 1…
  • … par les présidents  Emmanuel Macron …
  • …et Alassane Ouattara. (photos : présidence de la Côte d’Ivoire)

Le métro d’Abidjan devrait permettre de transporter à terme “530 000 personnes par jour, 180 millions de voyageurs par an entre le nord et le sud d’Abidjan”, d’après le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara. Le financement du chantier de 1,4 milliard d’euros est pris en charge par l’Etat français et les travaux seront exécutés par un consortium comprenant les entreprises Bouygues Travaux publics, Alstom et Colas Rail. Il doit mobiliser environ 2 000 travailleurs.

La capitale a d’ailleurs annoncé son intention de ne pas s’arrêter à cette première étape. Les autorités ont indiqué en février travailler sur un projet de deuxième ligne de métro. Cette dernière relierait deux communes populaires, Yopougon et Bingerville.

La Banque Africaine de Développement qui finance un budget de plus de 500 millions d’euros pour moderniser Abidjan a indiqué les priorités : “améliorer la fluidité du trafic, réduire le nombre d’accidents de la route, renforcer la gestion urbaine, améliorer la qualité de l’air, réduire les gaz à effet de serre, valoriser les déchets et augmenter les revenus des ménages”. Tout un programme taillé à la mesure du “Paris de l’Afrique de l’Ouest”.