
Par-delà le ROI. Plus que le retour sur investissement, critère d’évaluation prédominant pendant des décennies, Accor entrevoit d’autres éléments pour estimer la valeur des déplacements professionnels. Le groupe hôtelier français a récemment publié sa vision d’une mutation profonde en cours dans l’industrie du voyage d’affaires, dégageant de cette évolution le concept d’un « triple retour ».
Cette nouvelle règle de trois est définie par le « Return on Time » – grâce à l’efficacité des rencontres sur la collaboration et la prise de décision –, mais aussi par le « Return on Experience » – dans une optique d’un meilleur équilibre vie pro/vie perso – et, enfin, le « Return on Carbon », où la nécessité de voyager est estimée à l’aune des impacts environnementaux, mais aussi stratégiques d’un déplacement. Un nouveau triptyque qui ne sort pas de nulle part, mais des échanges entretenus par le Global Leadership Council (GLC), un conseil consultatif réunissant la direction du groupe français et des gestionnaires et acheteurs voyages de 17 multinationales.
Poussée par une nouvelle génération de professionnels, tirée par des entreprises à la recherche du bon équilibre entre coût, productivité et écoresponsabilité, l’industrie du voyage d’affaires est dans « une période de grands changements », souligne Julien Houdebine, directeur général des ventes et des revenus d’Accor. Et, dans ce cadre, les hôteliers, et Accor en premier lieu, ont leur mot à dire comme leur preuves à faire. « Qu’il s’agisse de réunions de groupe ou de voyages d’affaires individuels, les hôtels peuvent prendre l’initiative de démontrer comment nous pouvons répondre au triple retour du voyage d’affaires de manière innovante et mesurable », ajoute Julien Houdebine.
Selon Accor, la question n’est par exemple pas de savoir s’il faut voyager, « mais si chaque déplacement apporte une valeur mesurable qui justifie des heures loin de chez soi, des routines et des priorités personnelles ». Une valeur qui ne se détermine pas seulement au nombre de zéros alignés à la fin des contrats signés lors d’un déplacement, mais qui prend en compte l’efficacité des interactions en face-à-face. « Un séminaire de deux jours comprime des semaines d’échanges virtuels, une réunion client débloque un partenariat pluriannuel, un déjeuner de mentorat accélère une carrière prometteuse » : l’étude du groupe Accor étaie sa démonstration d’exemples concrets, bien que moins directement quantifiables.
Selon une enquête de la Global Business Travel Association réalisée en 2025, 86 % des voyageurs d’affaires estiment d’ailleurs que leurs déplacements en valent la peine. Un chiffre qui plaide pour les relations humaines face à Teams, Zoom, ChatGPT et autres outils numériques, aussi sophistiqués soient-ils. « Rien n’égale l’impact de la rencontre en personne. C’est par les interactions en face-à-face que la confiance se construit plus rapidement, que la créativité circule plus librement et que les décisions complexes sont prises plus efficacement », affirme Emmanuel Ebray, devenu récemment vice-président senior MICE & Airlines du groupe français, après un long passage chez HRS.
Quelques idées échangées au petit-déjeuner avant une réunion, des moments de travail partagés dans le lobby, une rencontre impromptue avec un futur client autour d’un verre : les hôtels sont par essence des lieux où les connexions se créent. Mais ce sont aussi des lieux d’expérience, l’approche de la marque Pullman, avec sa série d’événements Pullman xChange qui transforme les hôtels en véritables lieux d’échange et de créativité, s’inscrivant dans ce cadre.


Le deuxième « retour » envisagé par Accor, le ROX – pour Return on Experience –, s’écarte d’une conception purement utilitariste des déplacements professionnels pour s’intéresser à leurs valeurs au plan intime et personnel. Les voyageurs d’affaires, particulièrement les nouvelles générations, ne se contentent plus d’accomplir leurs missions : ils aspirent à se ressourcer, à découvrir et à revenir enrichis de leurs déplacements.
La tendance bleisure est bien installée dans les esprits, autour de week-ends prolongeant les voyages d’affaires par une pause loisirs et culturelle. Mais c’est aussi toute la dimension bien-être qui, selon Accor, n’est plus aujourd’hui un luxe périphérique, mais se place au centre de la proposition de valeur des hôtels. « Le voyage professionnel doit offrir plus que de la simple efficacité : il doit créer de la valeur pour le voyageur autant que pour l’entreprise. De plus en plus, les voyageurs d’affaires priorisent leur bien-être, leur énergie et leur performance », observe Jean-Yves Minet, président global des marques économiques et milieu de gamme de Accor.
La récente présentation du nouveau credo de la marque Novotel autour de la longévité s’inscrit dans cette tendance. Mieux manger, mieux dormir, plus d’activité physique même en déplacement : l’enseigne se veut aux petits soins des « athlètes corporate ». « Ils voyagent avec concentration et détermination, et nous devons les soutenir, non seulement pour économiser du temps, mais pour les aider à rester énergiques, résilients et prêts à performer », précise Jean-Yves Minet. Autre exemple, celui du programme The Art of Sleep chez Sofitel, fondé sur des recherches scientifiques pour contrer « l’effet de la première nuit » qui perturbe le sommeil en déplacement.
Dernier « retour » enfin, plus analysable et quantifiable, le ROC (Return On Carbon) rejoint les attentes des professionnels nomades comme de leurs entreprises. Alors que les budgets carbone émergent comme de véritables outils de planification, « pour les entreprises, particulièrement en Europe, la question n’est plus seulement « combien coûte ce voyage ? » mais également « quelle est son empreinte carbone ? » », décrit l’étude.
En parallèle d’offrir toujours plus d’hôtels labellisés, un groupe hôtelier comme Accor à des réponses à apporter aux des gestionnaires de voyages. Entre autres, sa solution carbontracker.accor.com, pour l’analyse de l’empreinte carbone des séjours et réunions, ou sa Charte de réduction carbone des événements, qui impose des actions prioritaires tels le recyclage, la gestion des déchets ou des options de menus végétariens dans les 18 500 espaces de réunion et d’événements du groupe à travers le monde.



















