Alger : la nouvelle aérogare attendra la fin de la crise politique

L’inauguration de la nouvelle aérogare d'Alger, qui devait officiellement entrer en service fin février, a été repoussée à des jours meilleurs. Peut être jusqu’à ce qu’une nouvelle présidence soit installée dans le pays.
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L'inauguration de la nouvelle aérogare de l'aéroport Alger Houari Boumédiène était prévue en février dernier.

Cela devrait être l’une des grandes réalisations de l’ère Bouteflika, inaugurée par le président en personne. La nouvelle aérogare de l’aéroport d’Alger Houari Boumediene devait ouvrir ses portes au public le 26 février dernier. Et puis, le 24, alors qu’ils étaient en plein dans les préparatifs de l’événement, les employés de la Société de Gestion des Services et Infrastructures Aéroportuaires (SGSIA) d’Alger recevaient l’ordre de tout arrêter. Et depuis, plus rien.

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C’est la troisième fois que l’inauguration de la nouvelle aérogare d’Alger est ainsi repoussée. Son ouverture avait été initialement programmée pour novembre 2018, mais des carences de construction avaient forcé à la retarder. Depuis février, les protestations de la rue demandant le renoncement d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel ont forcé la direction de l’aéroport à un nouvel ajournement.

La nouvelle aérogare est pourtant impatiemment attendue. Elle devrait aider à désengorger la plate-forme qui, jusqu’à présent, faisait passer au sein de trois aérogares – certaines datant d’avant l’indépendance – un trafic estimé à 9 millions de passagers annuels. L’actuel terminal 1 est le plus moderne. Mis en service en juillet 2006, il est réservé au trafic international, mais sa capacité d’accueil de seulement six millions de passagers est aujourd’hui nettement insuffisante. Dédié au trafic intérieur, le terminal 2 – l’ancienne aérogare internationale – a été rénové en 2007 et traite 2,5 millions de passagers, tandis que le terminal 3 accueille pour sa part des vols charters.

La nouvelle aérogare est un projet clés en main confié à l’entreprise chinoise China State Construction Engineering (CSCEC). Elle représente un investissement de 551 millions d’euros (74 milliards de dinars algériens). Les travaux ont commencé fin 2014 pour une mise en service attendue à l’origine en octobre 2018, et désormais repoussée à une date ultérieure courant 2019.

Cette nouvelle aérogare possède une capacité de dix millions de passagers par an, mais pourra sans problème traiter jusqu’à 12 millions de passagers selon une interview donnée à un magazine algérien par Tahar Allache, PDG de la SGSIA. Elle se compose d’un bâtiment central et d’une jetée avec une superficie totale de 200 000 m², contre 82 000 m² seulement pour l’actuelle. La jetée peut traiter 21 avions, tandis que le hall de départs offre 120 comptoirs d’enregistrement, contre 60 actuellement. Les formalités de contrôle seront plus fluides au départ comme à l’arrivée en raison de l’emploi de nouvelles technologies plus performantes. A l’arrivée, les bagages sont livrés sur 12 carrousels. L’aérogare s’accompagne d’un nouveau parking pour plus de 4 200 véhicules qui s’ajoutent aux 2 400 places déjà existantes. Un hôtel Hyatt Regency s’ajoutera au nouveau terminal ainsi qu’une ligne ferroviaire dédiée, une première en Algérie. En 2020, le métro devrait aussi atteindre l’aérogare.

La mise en service de la nouvelle aérogare se traduira aussi par une nouvelle répartition des passagers. L’actuel Terminal 1, constitué de deux halls, sera destinée aux passagers domestiques dans le Hall 1. Le Hall 2, actuellement occupé par Air Algérie et quelques autres transporteurs, sera quant à lui réservé aux compagnies des pays du Golfe qui transportent beaucoup de pèlerins. Toujours selon Tahar Allache, la capacité de traitement va permettre de combler les besoins jusqu’en 2030, Alger pouvant désormais traiter de 16 à 18 millions de passagers par an, soit le double de son trafic actuel.

Ouvrir le transport aérien à la concurrence à Alger ?

Paradoxalement, alors qu’Alger possèdera la plus grande surface aéroportuaire de toute l’Afrique, le trafic reste très en-deça de ses concurrents sur le continent. Avec près de 9 millions de passagers annuels, Alger est loin derrière Le Caire, premier hub d’Afrique du Nord avec 17,8 millions de passagers en 2018 et est au coude à coude avec Casablanca et ses 9,4 millions de passagers. Tunis accueille pour sa part plus de 6,2 millions de passagers annuels.

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La nouvelle aérogare pourra accueillir au moins 10 millions de passagers.

La médiocre performance de l’aéroport est dû aux innombrables restrictions auxquelles se trouve confronté le transport aérien en Algérie. Jusqu’à présent, le pays a surtout protégé son transporteur national, Air Algérie, empêchant l’arrivée de transporteurs low cost comme l’émergence de nouvelles compagnies. En juin 2018, selon OAG, Air Algérie générait près de 140 000 sièges/semaine à Alger, suivie par Aigle Azur avec 19 000 sièges/semaine – et qui propose six à sept destinations en France selon la saison -, puis Vueling et ses 12 000 sièges/semaine.

Alors que le low-cost représente plus de 40% du trafic au Maroc, on estime qu’il ne génère que 7% du trafic passagers en Algérie. Alors que six compagnies à bas couts se posent à Casablanca et quatre à cinq desservent Tunis, seuls trois transporteurs low-cost sont présents à Alger. En capacité sièges, les compagnies traditionnelles représentent plus de 90% du trafic, alors que la part de marché des low-cost est limitée à 6% selon les chiffres de OAG.

Les futures autorités algériennes issues des changements politiques en cours pourraient être amenées à adopter une attitude différente envers l’activité tourisme et par ricochet envers le transport aérien. Avec seulement 2,6 millions de touristes attendus en 2019 selon le World Travel and Tourism Council (WTTC) contre 12,7 millions au Maroc et 9 millions en Tunisie, l’Algérie a un énorme potentiel de rattrapage. Selon le WTTC, le tourisme et les voyages représentaient seulement 6,6% du PIB en 2018 en retombées directes et indirectes, contre 19,1% au Maroc et 15,9% en Tunisie. Le tourisme d’affaires en Algérie représentait l’an dernier 23% de toutes les dépenses selon le WTTC.

La politique des visas extrêmement restrictive, notamment envers les visiteurs français toujours considérés avec suspicion, pourrait être allégée ou du moins simplifiée. Elle contribuerait alors à un boom du trafic aérien, dopant par là même les flux d’affaires et loisirs. La mise en concurrence d’Air Algérie sur ses lignes domestiques, mais aussi sur les lignes européennes, serait un second élément qui stimulerait le trafic passagers. Si les nouvelles autorités algériennes se montrent pragmatique, le tourisme de loisirs et d’affaires pourrait devenir un important secteur économique, générant investissements et emplois. Reste à savoir maintenant comment la situation politique évoluera et qui arrivera finalement au pouvoir.