Reprise, hybride, projets à Bruxelles : interview de Patrick Bontinck (Visit Brussels)

Patrick Bontinck, CEO de Visit Brussels, évoque les conditions de la reprise, notamment les nouvelles opportunités créées par les réunions hybrides, mais aussi les projets à venir à Bruxelles concernant le secteur MICE.
Patrick Bontinck, CEO de Visit Brussels, évoque la reprise du secteur MICE à Bruxelles.
Patrick Bontinck, CEO de Visit Brussels.

La reprise qui se profile est-elle à la hauteur de vos attentes ?

Patrick Bontinck – Je suis assez confiant quant au redémarrage de l’activité. Mais reste à savoir quand sera le réel déclenchement de la reprise. Entre autres facteurs, nous sommes notamment tributaires des dispositions fixées par la Commission Européenne et des institutions qui se calquent sur leurs décisions pour organiser à nouveau des réunions. Pour l’instant, elles sont tolérées, mais pas encore officiellement autorisées. Les craintes liées à la pandémie sont toujours présentes. D’où l’importance du Covid Safe Ticket, le pass sanitaire prochainement mis en place en Belgique et qui concerne le secteur Horeca, l’événementiel, les lieux de congrès et culturels.

Le pass sanitaire est donc un des éléments clés pour la reprise ?

P. B. – C’est fondamental. Dès l’annonce de sa mise en place, qui sera effective à la mi octobre, les réservations ont commencé à arriver pour le mois d’octobre. Face à la pandémie, nous avions déjà instauré le label Brussels Health Safety, dont les critères dépassent les obligations légales, afin de garantir aux visiteurs la sécurité des lieux d’accueil. Le pass sanitaire vient maintenant s’y ajouter pour réduire au minimum les risques de contamination. Ce besoin d’être rassuré est encore très présent, surtout dans l’organisation d’événements corporate.

Le lieu d'exposition Bozar dispose du Brussels Health Safety Label © visit.brussels - Eric Danhier - 2020
Le lieu d’exposition Bozar dispose du Brussels Health Safety Label © visit.brussels – Eric Danhier – 2020

Pour autant, la reprise risque d’être lente ?

P. B. – C’est certain, nous serons privés du tourisme d’affaires intercontinental pour quelque temps encore. Les compagnies aériennes n’ayant pas remis en place toutes leurs dessertes, certaines destinations long-courriers restent encore difficilement accessibles. Par contre, au niveau européen, les connexions aériennes sont quasiment revenues à l’état d’avant la pandémie. Les trains commencent aussi revenir à des fréquences plus importantes. Tout ça, c’est positif. Pour Bruxelles, c’est une base essentielle.

Quelle place prendront que les réunions hybrides dans le futur ?

P. B. – C’est un élément fondamental. Pendant la pandémie, le fonds de soutien au secteur que nous avons développé avec l’aide du gouvernement a permis d’équiper nos lieux de congrès et d’événements en solutions hybrides. Notre industrie va profondément changer dans les années à venir et il faut se tenir prêt pour mettre à la disposition de nos clients tous les services dont ils sont demandeurs. Les organisateurs ont encore une certaine appréhension vis-à-vis de l’hybride. Mais il faut s’y habituer, être prêt à ouvrir ce nouveau paradigme. Demain, prendre un long-courrier pour une réunion d’une journée, c’est fini, d’autant que la qualité de retransmission permise par l’hybride est pertinente. Par contre, je suis convaincu que les gens ont un besoin essentiel de se rencontrer en physique. On ira vers des modèles de plus en plus disparates.

Les organisateurs ont encore une certaine appréhension vis-à-vis de l’hybride. Mais il faut s’y habituer, être prêt à ouvrir ce nouveau paradigme.

Dans ce cadre, comment Bruxelles se positionne-t-elle ?

P. B. – La ville a une belle carte à jouer. Bruxelles n’a certes pas les mêmes capacités d’accueil que Paris ou Londres, mais elle héberge l’ensemble des institutions européennes et un grand nombre d’associations internationales. D’une manière ou d’une autre, dans de nombreux domaines, les décisions sont prises à Bruxelles. Donc, quand les gens organisent de grands congrès internationaux, Ils ont intérêt à avoir une proximité avec Bruxelles et la Commission. C’est pourquoi le développement de ces réunions hybrides est très intéressant pour nous. Par exemple, un congrès médical de 15 000 à 20 000 personnes ne peut pas se tenir à Bruxelles. En revanche, un congrès de 3 000 à 4 000 personnes en présentiel et le reste de l’assistance à distance, c’est maintenant tout à fait envisageable. On voit ce changement de tendance comme quelque chose de positif, des opportunités se créent.

Voyez-vous aussi l’essor d’événements multi-régions ou multi-continents ?

P. B. – Clairement. On est en contact avec quelques grandes sociétés spécialisées dans l’organisation d’événements et on voit cette émergence de réunions qui se tiennent sur plusieurs continents, quelquefois de manière simultanéee. Certes, le problème des décalages horaires posent encore quelques problèmes, mais petit à petit, les gens s’habituent à cette possibilité d’organiser des petits congrès à des heures décalées, sur des durées plus courtes. La manière de diffuser les contenus sur les plates-formes digitales devient plus naturelle. Les modes évoluent. Les salons virtuels ou semi virtuels sont en train de se développer. Cette évolution du secteur est passionnante, car, il faut être honnête, on a montré un manque cruel de résilience pendant cette crise. Notre secteur s’est effondré du jour au lendemain.

Mais comment pouvait-il faire autrement ?

P. B. – C’est bien là toute la question ! Ce n’est pas normal d’avoir dû arrêter totalement nos activités du jour au lendemain. Nos secteurs n’étaient pas prêts à cela. Petit à petit, on a vu l’émergence de la vente à emporter dans la restauration, le développement des réunions hybrides dans le secteur MICE, la proposition d’espaces de coworking dans des bulles protégées ou encore des spectacles culturels à distance. Ca a pris du temps, il y a eu des choses de faite de manière anecdotique. On a appris, mais il faut maintenant faire notre autocritique et construire des business models plus résilients, savoir switcher du jour au lendemain d’une chose à l’autre.

Quels sont les projets en cours à Bruxelles ?

P. B. – Parmi les grands projets, nous aurons l’ouverture en 2023 du palais de la bière, et qui sera un centre d’expériences un peu à l’instar de ce qui a été fait à Bordeaux à la Cité du vin. Ensuite, vous verrez apparaître en 2024 le musée Kanal Centre Pompidou, ainsi qu’un autre consacré au Chat, le personnage de Philippe Geluck. En parallèle, nous avons aussi pas mal d’ouvertures d’hôtel prévues, notamment dans la zone piétonnière en centre-ville. Les marques n’ont pas encore été révélées, mais il y a avec deux trois projets d’hôtels de 200 à 250 chambres à venir. On attend aussi la réouverture après rénovation de l’ex Sheraton place Rogier, là même où un DoubleTree vient d’ouvrir juste à côté. Enfin, il y a toujours en projet un centre de congrès au Heysel, mais qui sera de taille inférieure à ce qu’on avait imaginé à la base (NDLR : le projet Neo 2, conçu par Jean Nouvel, a été abandonné fin 2020). Des études ont montré la nécessité de déployer quelque chose de plus intégré avec le parc Brussels Expo, dont le redéveloppement complet est attendu dans les années à venir. Tout devrait être près pour le vrai retour des grands congrès, autour de 2027-2028.

Train World, un des principaux lieux MICE de Bruxelles © Train World Heritage
Train World, un des principaux lieux MICE de Bruxelles © Train World Heritage