Chongqing : une mégalopole tout en démesure

Portée par le gouvernement chinois qui cherche à en faire le nouveau moteur du développement vers l’Ouest, Chongqing grandit à toute vitesse et attire chaque jour davantage de voyageurs d’affaires.

Chongqing Information Office
Seule ville intérieure de Chine à bénéficier du statut de municipalité autonome, avec toute l'attractivité économique y afférant, Chongqing doit cette distinction à sa position stratégique au cœur du pays, au confluent du Jialing et du Yangtsé, le fameux fleuve bleu sur lequel transitent les marchandises vers la mer et Shanghai

Un véritable remake de la conquête de l’Ouest en version chinoise est en train de se jouer à Chongqing, à près de 2 000 km de Pékin. La ville postule ainsi, avec ses 32 millions d’habitants pour 82400 km², au titre d’agglomération la plus peuplée du monde. Ces dimensions hors-norme sont en fait entretenues par une subtile confusion entre la ville de Chongqing intramuros et sa réalité politique, celle de municipalité autonome. Et c’est précisément autour de ce statut si particulier de zone franche que se joue le destin de cette ville – mais s’agit-il encore d’une ville ? – poussée sur le devant de la scène par le pouvoir central.

En effet, le statut de municipalité autonome accordé, dès 1997, à Chongqing – soit la quatrième en Chine après Pékin, Shanghai et Tianjin – place la mégalopole sous l’autorité directe du pouvoir central. Impatient de faire de “Yu”, le diminutif de Chongqing, le centre névralgique du grand Ouest chinois pour le commerce et les transports, le gouvernement a lancé un vaste plan de développement. Le tout mené à un rythme effréné, à grand renfort d’incitations fiscales et de constructions en série. Les problèmes engendrés par la flambée de l’immobilier et le coût croissant de la main-d’oeuvre sur la façade maritime chinoise ont engendré ce rééquilibrage vers l’intérieur du pays, cette politique du “Go West”. L’afflux de population généré par la construction du barrage des Trois-Gorges, à proximité de Chongqing, a attiré une cohorte de travailleurs, et plus généralement contribué au développement économique, industriel et démographique de la ville.

Au milieu, coule le Yangtsé

Un rapide coup d’œil aux statistiques montre que le projet de création d’une cité gigantissime s’avère d’ores et déjà payant. Chongqing affiche le plus fort taux de croissance du pays pour l’année 2011 (+16,4 %), après une année 2010 déjà très porteuse (+17,1 %). Selon le bureau des statistiques de la municipalité, les investissements étrangers dépasseraient les dix milliards de dollars pour l’année écoulée.
Sa situation géographique offre, il est vrai, des arguments de poids à Chongqing. La jonction du Jialing et du Yangtsé, troisième plus long fleuve du monde, offre une voie de communication toute trouvée pour exporter les produits de l’industrie lourde implantée sur place de longue date, automobile en tête, auxquels s’ajoutent désormais ceux d’une industrie high-tech florissante. Hewlett-Packard, Acer, Asus ou Foxconn, pour ne citer qu’eux, ont déjà fait le pari de Chongqing, entraînant la ville sur les devants de la scène internationale pour la fabrication d’ordinateurs, avec pas moins de 24,07 millions de PC produits au cours de l’année 2011.
Continuer à se développer implique la prise en compte d’objectifs environnementaux, à travers la politique municipale des « cinq Chongqing »
Cet essor économique est logiquement porté par une construction effrénée. Coincée entre les montagnes, baignée par une brume stagnante – et quelle brume… omniprésente… un quasi fog anglais ! – , la ville ne cesse de se développer à la verticale, suivant les lignes de force soulignées par les grues et les gratte-ciel. Car les projets ne manquent pas, et leur aspect pharaonique augure d’une croissance exponentielle. Vitrine et moteur de cette évolution, Liangjiang, la nouvelle zone “des deux rivières”, définit sur 1 200 km² une nouvelle aire de développement particulièrement ambitieuse, la troisième en Chine en termes de superficie. Cette nouvelle zone accueillera d’ailleurs l’un des projets phares de la ville : le futur Chongqing International Convention and Exhibition Center qui doit être inauguré au mois d’octobre prochain. Le “papillon en vol” – surnom attribué au bâtiment en raison de sa silhouette – proposera alors 16 halls sur 600 000 m² et doit faire de Chongqing la capitale des conventions de l’ouest de la Chine.

70 millions de voyageurs attendus

Inévitablement, la croissance passe par les infrastructures de transport pour relier la ville à la fois au reste du réseau domestique et au marché mondial. Dans cette optique, le terminal 3 de l’aéroport international doit ouvrir ses portes à l’horizon 2015. ADPI, la branche ingénierie d’Aéroports de Paris, a remporté le marché et lancé un projet ambitieux qui mise sur une capacité finale de 70 millions de voyageurs par an. Les compagnies aériennes se mettent ainsi sur les rangs pour acheminer les flux croissants de voyageurs d’affaires. Qatar Airways s’est lancée sur la route Doha-Chongqing dès la fin de l’année 2011, avec trois vols hebdomadaires, tandis que Finnair dessert la métropole depuis le mois de mai dernier. Le réseau ferroviaire suit le mouvement. Une liaison dédiée au fret a été inaugurée en 2011, reliant Chongqing à… Anvers. Un trajet de 10 000 km, à travers la Mongolie, la Russie, l’Ukraine, la Pologne, l’Allemagne et la Belgique qui mise sur un transport intermodal. Dans le même temps, les groupes hôteliers multiplient les inaugurations d’établissements haut de gamme destinés à accueillir une clientèle business de plus en plus nombreuse, à l’image de l’hôtel Sheraton ou du Shangri- La, ouverts en 2011, et avant eux du JW Marriott ou de l’InterContinental.

Malgré les liens historiques entre Chongqing et l’industrie lourde, et l’image polluée qui en émane, les pouvoirs publics n’ont pas fait l’impasse sur les préoccupations environnementales. Sous l’impulsion de Bo Xilai, numéro un du parti communiste de la ville – remplacé récemment par Zhang Dejiang au terme d’un véritable feuilleton politique – et du maire Huan Qifan, le développement urbain a intégré des objectifs durables au sein de la politique dite des “cinq Chongqing”. Une feuille de route axée sur l’environnement, la circulation, la sécurité, la santé et le bien-être. La France n’a d’ailleurs pas manqué de saisir cette opportunité en y organisant, en décembre dernier, l’édition 2011 de France-Chine, Eco-Cités. L’occasion pour Ubi France et ses partenaires de mettre en contact les interlocuteurs français et chinois autour d’un projet de collaboration évocateur : “des solutions françaises pour des villes chinoises sobres en carbone”. Désignée en 2010 “ville d’avenir” par une conférence franco-chinoise, Chongqing conjugue le gigantisme au présent et devrait rapidement intégrer la liste des tout premiers pôles économiques asiatiques et mondiaux.
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Le quartier « Times Square » de Chongqing n’a évidemment pas le même attrait touristique que sa référence new-yorkaise. La « capitale du brouillard » n’en attire pas moins un flux croissant de voyageurs d’affaires, conquis par l’insondable potentiel de développement de la métropole chinoise