Dossier - Oman : le sultanat de la mer, la Grande Mosquée, le plus grand tapis du monde

Chronoqie Oman: le sultanat de la merLa Grande Mosquée le plus grand tapis du monde

Mascate entre village blanc et boucles d’autoroutes

Par moment, on dirait un village, Mascate. Un ravissant village blanc coincé entre mer et montagne, une bourgade en pleine sieste un après-midi d’été, une succession de hauts murs immaculés débordés par des brassées de bougainvillées. Seules les deux forteresses couleur de désert qui surplombent le vieux port, les forts Mirani et Jilali, construits par les Portugais au XVIe siècle, rappellent que la vie ne fut pas toujours de tout repos dans ces murs-là et que, coutume d’autres temps, les portes de la ville étaient fermées toutes les nuits jusqu’en… 1970. Et puis, il y a le palais du sultan, un édifice orientalisant aux curieuses colonnades bleu et or en forme de fleurs de lotus et bâti, en 1972, à la place de l’ancien palais. Voilà pour le vieux Mascate.

Car aujourd’hui l’agglomération, divisée en huit quartiers bien distincts, s’étend d’est en ouest le long de la mer, sur une vingtaine de kilomètres.

Certains, comme le quartier de Mouttrah, racontent encore des histoires d’autrefois ; la plupart des autres quartiers plongeant avec une rigueur certaine dans le grand confort de la modernité. Avec ce que cela représente de centres commerciaux, de grands hôtels, de villas cossues, de résidences haut de gamme, de restaurants, de pubs ou de bars à vin où s’égaient les expats à l’heure de l’apéritif ; mais aussi, comme ailleurs dans le monde, d’autoroutes surchargées, voire immobilisées à l’heure de sortie des bureaux. Avec une différence : la propreté maniaque de la ville et la générosité des parterres fleuris. À mille et une années-lumière du souffle brûlant du désert environnant.

Mouttrah un souk sur la corniche

À trois kilomètres à l’ouest de Mascate, une corniche en arc de cercle plongeant sur un port de commerce et de pêche très actif, longe Mouttrah, l’autre quartier le plus visité de la capitale- oasis. Pourquoi ? Parce que resté dans son jus, avec ses blanches maisons indiennes à balcons sculptés, son marché au poisson où l’on négocie ferme le matin, et surtout son souk, ouvert sur la corniche, et qui, même s’il a été reconstruit dans les années 70, distille, à profusion de ruelles de deux mètres de large, tout le charme de l’Orient. Avec une vraie authenticité tant les échoppes traditionnellement réservées aux touristes dans ces lieux-là, y sont rares. Quelques antiquaires intéressants, tout de même… Pour le reste, c’est le Moyen-Orient populaire, avec force boutiques-placards, chacune y allant de ses étals de tissus bariolés vendus au mètre, d’articles ménagers, de chaussures, de sucreries, d’épices, de parfums dont les Omanaises font grande consommation ainsi que de bijoux…

La foule est dense, surtout la nuit tombée, mais curieusement réservée, presque silencieuse. Les hommes vont tout de blanc vêtus, les femmes tout de noir. Des lumières à pleines ampoules sous les toits de palme et des odeurs de santal et d’encens qui diffusent un peu partout, comme pour rappeler que la fortune d’Oman vint autrefois de là.

Quel tapis ! Outre la délicatesse de son dessin et sa très grande qualité artistique, c’est sa taille qui, en premier lieu, estomaque le visiteur. Il faut dire qu’avec ses 60 mètres de large et ses 70 mètres de long pour une superficie totale de 4263 m2 c’est, dit-on, le plus grand tapis du monde.

Avec ses 21 tonnes de laine, c’est sans doute le plus lourd, aussi. Toujours est-il qu’il a nécessité, en Iran, le travail de 600 tisserandes pendant quatre années… Il est aujourd’hui parfaitement ajusté à la salle de prière de la Grande Mosquée Sultan Qabous, à Mascate, elle aussi de fort imposantes dimensions : 74,4 m x 74,4 m. Au total, les jours de grand faste, la salle des hommes, celle réservée aux femmes, les cours intérieures et les salles annexes peuvent accueillir près de 20000 fidèles. Cette mosquée née de la volonté de sa Majesté le Sultan Qabous Bin Said, inaugurée au printemps 2001, fait la fierté de tout le Sultanat. Et il y a de quoi. Le monument aux cinq minarets, tout comme les piliers de l’Islam, est énorme, imposant, crénelé comme les forts traditionnels omanais, fait de grès “arabescato ” de couleur grège et de “taj” lilas dans les lieux de prière, doré à la feuille, dallé de marbre, coiffé de dômes dont le plus grand accueille un lustre de 8 tonnes allumant 1122 lampes… Il ne manque rien à cette remarquable pièce d’architecture religieuse. Sauf peut-être la patine du temps. Mais ça viendra, ça viendra…

Sur les grands flots bleus

Avec ses 1700 km de côtes, Oman est surnommé le sultanat de la mer… C’est qu’il n’est pas si loin le temps où les boutres de teck omanais qu’on appelait dhows, sillonnaient les eaux de l’océan Indien chargés d’encens, de cuivre, de perles ou de dattes. Aujourd’hui, ces dhows sont toujours fabriqués, principalement dans le port de Sour. Certains sont aménagés et exclusivement à usage touristique. Ils sont donc privatisables.

Pour l’heure, c’est sur des petits bateaux pouvant embarquer une douzaine de personnes que les participants prennent le large, en direction de Fin’s beach, une plage de rêve parmi tant d’autres. Les moteurs sont à fond, les embarcations rebondissent, s’envolent presque, soulevant dans leurs sauts des gerbes d’écume immaculant une mer toute en rondeur. La côte n’est guère loin, escarpée, déchiquetée, exsangue de toute végétation, laissant deviner sous ses ocres clairs, les pierres et les sables du désert d’Arabie. Soudain, changement de cap et ralentissement… Au loin, la mer s’agite, bouillonne, grouille comme habitée par une multitude de poissons frétillants. Et pour être habitée, la mer, elle l’est, et en beauté. On le comprend lorsque, devant le bateau, un énorme dauphin se projette hors de l’eau, exécute une vrille, sans doute pour mieux se faire voir, et retombe dans le grand bleu en un plongeon parfait. Puis c’est un autre, et un autre encore, et un tout petit… Au total, ils seront comme cela près de 200 à faire le show pendant presque une heure. Après deux heures de mer, c’est l’étendue blanche de la plage de Fin’s. Un parfum de bout du monde où l’on a dressé des tentes et jeté des tapis à même le sable. Une sorte de désert chic en bord de mer tropicale.

La montagne en 4×4

Lever tôt, comme tout le monde à Oman… et départ pour une randonnée fantastique au coeur de “l’Arabie heureuse”. Une balade qui commence par un arrêt à Seeb, tout de suite au nord de Mascate. Dans l’eau jusqu’à mi-cuisses, les hommes débarquent le produit de leur pêche qu’ils négocient à même le sable de la plage. En front de mer, un petit souk, charmant, destiné aux locaux… Et puis, les 4×4 s’enfoncent dans la plaine côtière en direction du djebel Akhdar, qui domine au loin, avant d’atteindre ses contreforts gardés par le fort de Nakhl, un château fort en pisé entrepris au IXe siècle dominant une mer de palmiers. Le lieu est parfaitement restauré, la visite superbe, empreinte d’un curieux imaginaire, quelque chose de contradictoire situé entre de farouches batailles et une vraie douceur de vivre.

Au-delà de ce fort, s’en est terminé de l’asphalte. La route poudroie dans des gorges en à-pic, suit le lit d’un oued asséché, grimpe sur les flancs vertigineux de montagnes noires et découvre au fond d’une vallée un village blanc, perdu, tranquille, entouré de cultures en espaliers que bordent des palmiers-dattiers. Le bonheur sur terre. La route continue, passe un col, plonge et retrouve le goudron, contourne d’autres forts historiques, et finit par atteindre Nizwa nichée au beau milieu d’une palmeraie.

Nizwa le marché sous les remparts

Il y a l’oasis de Nizwa, il y a la ville de Nizwa et il y a le fort de Nizwa… En fait, une énorme tour haute de 24 mètres, construite à la fin du XVIIe siècle par l’imam Sultan Bin Saïf, celui-là même qui chassa les Portugais du pays. Personne ou presque n’y échappe puisque la cité des poètes et des religieux est le deuxième site le plus visité par les étrangers, après Mascate. Le monument, comme beaucoup d’autres à Oman, est parfaitement restauré et présente une succession de salles qui furent autrefois très fréquentées : salles des étudiants, salles des hommes, salle des prières, salle des palabres…

Du haut de ses créneaux, on découvre au loin le djebel Shams, culminant à 3000 mètres d’altitude, et du coup le plus haut sommet de la péninsule arabique, puis l’immense palmeraie enserrant les faubourgs de la ville, et surtout, aux pieds de la forteresse, le souk qui fait le bonheur des paysans de la région… Très animé, haut en couleur, on y vient de loin pour faire son marché. Tout s’y échange : les fameuses dattes d’Oman, des légumes et des épices cultivés à l’ombre des palmiers, des chèvres et des moutons, négociés surtout lors du marché du vendredi. Les étrangers n’y échappent pas ; qui négociant un khanjar, coutelas traditionnellement porté par les hommes, qui hésitant entre deux belles poteries tournées dans la région.

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