Interview : Daniel Karbownik, Directeur Régional Afrique de l’Ouest et Centrale, Accor

Directeur Régional Afrique de l’Ouest et Centrale pour les marques du groupe Accor, Daniel Karbownik, fait le point sur l'évolution de l'hôtellerie sur le continent face à la crise, et sur les nouvelles offres et services qui peuvent apporter une réponse aux voyageurs d'affaires, comme les réunions hybrides et les labels sanitaires.
Daniel Karbownik
Daniel Karbownik, directeur général pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique Centrale du groupe Accor.

Comment vos hôtels d’Afrique de l’Ouest ont-ils fait face à la crise Covid 19 ?

Daniel Karbownik – A partir d’avril 2020, nous avons d’abord été impactés parce que les marchés émetteurs européens, américains, asiatiques se fermaient. Nous avons eu beaucoup d’hôtels fermés, il n’y avait absolument plus de trafic. Mais à partir de juillet, on a commencé à avoir une petite reprise avec une clientèle européenne, une clientèle d’affaires, quelques opérations de séminaires, et surtout une clientèle africaine de pays limitrophes. Les taux d’occupation se situaient selon les pays entre 35 et 50 %. Puis début janvier, on a eu cette deuxième vague qui a été plus forte en Afrique. Avec l’accélération des cas, on a senti un vrai arrêt des réservations, des ventes. Les mesures drastiques qui ont été prises en Europe ne nous ont pas aidés. La période est compliquée, même si l’on souffre moins que les hôtels européens ou américains. Par rapport à l’année de référence 2019, on était en 2020 à des résultats de -60 %, voire -65 % et je dirais que les chiffres de début 2021 nous situent autour de -45%, -50 %.

Voyez-vous une reprise se profiler ?

Daniel Karbownik – On commence à sentir une légère, petite reprise pour des prévisions à compter du printemps, puis juin, septembre, octobre. Je pense que c’est l’impact d’abord des campagnes vaccinales qui ont commencé en Afrique, comme par exemple au Maroc qui est pour nous un pays émetteur important sur l’Afrique de l’ouest. Nous remarquons sur les quatre derniers mois de 2020 que la reprise a été plus rapide que dans les autres continents. Je pense que c’est dû au fait qu’en Afrique de l’Ouest, le business se fait quand même plus par contact humain direct que par Teams ou Zoom. Le marché qui repart en premier, c’est le marché des pays émetteurs africains, c’est-à-dire les voyages inter-pays dans le continent. On commence à voir de nouvelles réservations pour septembre, octobre, novembre en provenance de France et d’Europe.

Vos clients ont-ils de nouvelles demandes ?

Daniel Karbownik – Nous recevons des demandes assez précises sur la possibilité parfois d’organiser des réunions mixtes. Chez Accor, nous avons All Connect et il est possible d’organiser des réunions avec une partie en présentiel et une partie via Teams ou Zoom sur grand écran avec des salles adaptées. Quant à la seconde demande, elle porte évidemment sur les mesures de protection prises dans les hôtels, tout ce qui est protection de nos clients et de nos collaborateurs avec le label All Safe qui est propre à Accor. Tous nos hôtels ont été certifiés par Veritas en termes de suivi de ces consignes, de toutes ces normes d’hygiène et de protection que l’on a mises en place : masques obligatoires, désinfection, etc. C’est une question importante pour nos clients et on nous demande clairement la certification. Enfin, il y a davantage de demandes de détails de logistique : un homme d’affaires qui enchaîne les rendez-vous va nous demander d’organiser son test PCR 72 h avant le départ et plutôt que d’aller faire la queue dans un centre médical, il va nous demander si on connait un service qui vient à l’hôtel faire le test. Nous avons développé des solutions dans ce sens dans tous nos hôtels, de même que, sur le plan pratique, la fourniture de kits avec masques, lotion stérilisante etc.

Dans ce contexte particulier, quels sont les projets d’Accor pour développer ses marques en Afrique de l’ouest ?

Daniel Karbownik – Auparavant, en Afrique, la plupart des développeurs ou des opérateurs hôteliers se cantonnaient aux marques économiques. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a une clientèle d’affaires qui souhaite retrouver du confort, il y a une clientèle africaine qui a aussi l’habitude de voyager, d’aller dans des hôtels milieu de gamme, haut de gamme, voire luxe. Aujourd’hui sur l’Afrique de l’Ouest nous n’envisageons pas pour l’instant un développement de type Raffles, cela viendra certainement parce que c’est logique. Il y a aura un jour une clientèle plus exigeante, mais pour l’instant, il n’y en a pas en prévision. Dans les pays où nous nous installons, il est important de connaître les segments du marché et de savoir d’abord qui sont les voyageurs qui viennent dans ces pays et quelles sont les attentes de la clientèle locale. Parce qu’aujourd’hui, l’hôtel n’est plus seulement un endroit où on mange, où on dort. On attend d’avoir un lieu de vie.

Justement, cette tendance hôtel – lieu de vie se développe en Afrique. Que pensez- vous de l’évolution de certains hôtels sud-africains qui englobent des espaces de coworking ?

Daniel Karbownik – C’est un sujet que l’on regarde. Sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale que je dirige, le coworking n’est pas encore très développé mais on regarde de façon très intéressée parce que c’est une tendance qui va arriver. Juste à côté de l’Hôtel Ivoire d’Abidjan, on est en train de réfléchir à un espace que l’on pourrait prendre sous notre marque Wojo qui est spécialisée dans le co-working et on a la même réflexion sur Dakar actuellement.

Vous venez de prendre la direction de l’Hôtel Sofitel d’Abidjan, le célèbre hôtel Ivoire, quels sont vos projets ?

Daniel Karbownik – C’est un site exceptionnel, que les Ivoiriens appellent d’ailleurs « le village Ivoire ». Je pense qu’une chose qui n’a pas encore été développée, et c’est l’un de mes projets, est d’intégrer une véritable offre de loisirs week-end pour la clientèle ivoirienne ou des pays limitrophes. J’imagine également développer les offres de séminaires incentive incluant une partie loisirs pour les sociétés. Enfin, l’Ivoire doit devenir le carrefour culturel d’Abidjan où se retrouvent talents ivoiriens, africains et internationaux au travers d’Escales musicales ou littéraires, de live demo artistiques de peintres, sculpteurs, photographes, designers etc… Comme je vous l’ai dit… Définitivement un Lieu de Vie !

Propos recueillis par L.S.