Interview : Stéphane Bensimon, président de Wojo

Déconfinement, télétravail, pertinence du modèle coworking pour le "monde d'après", Wojo Corners dans les hôtels Accor : Stéphane Bensimon, président de Wojo, évoque l'impact de la crise actuelle et aborde le futur de ses espaces de coworking.

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Stéphane Bensimon, président de Wojo.

Comment les espaces Wojo ont-ils traversé cette période de confinement ?

Stéphane Bensimon – Nos sites sont restés accessibles pendant le confinement, mais sans services d’accueil, ni de restauration. Cependant, très peu de personnes ont fréquenté nos espaces, ou sont passées seulement en coup de vent pour récupérer leurs affaires. Tout cela est du passé, puisque depuis lundi nous avons rouvert tous nos services, l’activité de nos espaces bar et restaurant restant cependant limitée à une offre à emporter. Les espaces de coworking ont été repensés pour laisser plus de places entre les postes de travail. Par ailleurs, alors qu’on ne peut pas faire de conférences et événements comme auparavant, nous pouvons également accueillir deux ou trois coworkers dans des salles de réunions de 10 personnes reconfigurées.

Quelles mesures avez-vous mises en place en prévision de la réouverture ?

S. B. – Nous avons évidemment mis en place tout un dispositif sanitaire, avec notamment un marquage au sol pour garantir la distanciation sociale. Nous sommes même allés un peu plus loin pour la première semaine en mettant à disposition des entreprises qui reviennent et n’auraient pas eu le temps de se retourner un kit « starter » avec des masques gratuits, du gel hydroalcoolique, des lingettes, des gants. Au-delà, nous avons suffisamment de stock pour pouvoir proposer ces kits à prix coûtant afin de faciliter la vie des entreprises et qu’elles n’aient pas à chercher des masques à droite, du gel à gauche. Par ailleurs, nous augmentons le niveau de passage du nettoyage.

Un kit « starter » proposé aux collaborateurs.

Comme d’autres acteurs, travaillez-vous aussi à la labellisation de vos sites ?

S. B. – En effet, on sait ô combien l’aspect sanitaire est un élément important aujourd’hui. Il y a une telle anxiété liée à ce que nous vivons depuis quelques semaines que le fait de savoir qu’une entité indépendante valide les mesures prises rassure grandement nos clients et leurs collaborateurs. De ce fait, nous nous sommes adjoint les services de SOCOTEC, des experts de l’hygiène, pour obtenir le label « Safe & Healthy Workplace » pour nos établissements. Cette labellisation est en cours de validation. Ceux qui veulent revenir sont rassurés par ce qu’on a mis en place. Mais, pour l’instant, le trafic est très faible.

La reprise est donc encore timide.

S. B. – Oui, tout le monde est un peu sur la réserve et le télétravail reste la norme, comme y invitent les recommandations gouvernementales. Plus que les bureaux en eux-mêmes, ce sont les transports qui font à mon sens le plus peur aujourd’hui. De ce fait, je pense qu’à court terme, jusqu’en septembre, voire jusqu’à la fin de l’année, le télétravail prédominera.

A plus long terme, les voyants sont au vert pour le modèle du coworking.

Selon vous, la crise actuelle va-t-elle modifier en profondeur les habitudes de travail ?

S. B. – De tous temps, les grands bouleversements génèrent de nouveaux comportements et de nouvelles opportunités. Je vais être très modeste là-dessus, car il est toujours un peu délicat de surfer sur une telle crise. A plus long terme, les voyants sont au vert pour le modèle du coworking. Nous sommes extrêmement confiants. De plus en plus d’entreprises devraient considérablement modifier leur environnement de travail et leur mécanisme d’accueil de leurs collaborateurs. On est passé très rapidement du « work from office » au « work from home » et il se pourrait qu’on passe ensuite au « work from anywhere ». C’est à dire qu’on va toujours travailler au bureau, car les collaborateurs ont besoin de se retrouver à un moment donné, mais peut-être en moins grand nombre et de façon tournante.

Le télétravail est-il donc pleinement entré dans les us et coutumes ?

S. B. – Les dirigeants ont remarqué que le télétravail était possible sans que la performance des collaborateurs en soit affectée, mais aussi qu’il y avait des limites. Et c’est là tout notre intérêt. Au lieu d’un bail à long terme 3-6-9 avec 50 salariés, une entreprise peut prendre chez nous 30 postes de travail, une part de leurs collaborateurs étant en télétravail ou pouvant aller travailler dans un autre espace de notre réseau. La façon de travailler va changer. Ça mettra un peu de temps, car les vieux réflexes vont revenir. Mais je pense qu’entre la volonté de bien-être au travail et la flexibilité de notre offre, le coworking a tout son sens aujourd’hui.

Quel impact ont eu les difficultés économiques des entreprises sur votre activité ?

S. B. – Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’impact, ne serait-ce que pour les salles de réunions, mais globalement, et heureusement, les résiliations ont été en très faible quantité. Elles ont essentiellement concerné des clients qui avaient déjà prévu de partir ou des secteurs d’activité touchés de plein fouet par la crise, par exemple des boîtes d’événementiel. Mais la plupart de nos clients sont restés abonnés. On accueille beaucoup de start-up et de PME digitales qui sont un peu moins affectées que d’autres. Nous avons aidé nos membres au cas par cas, notamment avec des gestes commerciaux. Un petit nombre d’entreprises ont aussi suspendu leur abonnement, mais vont le reprendre dans quelques mois. Pour elles, c’est un gain économique clair. La flexibilité que nous offrons leur permet d’être 10 aujourd’hui, six demain parce qu’il faut se serrer la ceinture et peut-être 12 après-demain. Ça, on sait le faire, à la différence des baux classiques.

Où en sont vos offres Wojo Spots et Wojo Corners au sein des hôtels Accor ?

S. B. – Les entreprises s’y intéressaient déjà avant la crise en se disant que leurs collaborateurs, plutôt que de faire une heure de trajet après un rendez-vous, pouvaient aller travailler une heure ou deux dans un hôtel Accor avec l’assurance d’une qualité de service et d’accueil, d’un bon WiFi. Là, dès la réouverture des hôtels, cela va prendre une tout autre tournure, notamment pour répondre aux besoins sanitaires et de limitation de transport. On travaille avec notre partenaire-actionnaire à renforcer ce levier. Car le fait de pouvoir travailler à proximité de chez soi ou de son lieu de rendez-vous, le fait d’être rassuré par les garanties sanitaires d’hôtels de marques va prendre tout son sens dans les semaines à venir. On peut même inventer de nouvelles approches et aller plus loin sur l’étendue des offres proposés aux travailleurs dans les hôtels. Par exemple, les salles de réunions étant moins utilisées, pourquoi ne pas proposer aux entreprises de les utiliser comme des espaces de bureau avec des postes de travail plus espacés ? C’est pareil pour les chambres qui pourraient devenir facilement des bureaux individuels. Nous travaillons sur plusieurs pistes. On a la chance d’allier l’excellence du monde du travail avec Wojo et l’expertise d’un leader de l’hôtellerie.

Malgré cette période troublée, de nouveaux développements sont-ils prévus ?

S. B. – On ouvre notre premier établissement hors de France à Barcelone en septembre. Ensuite ce sera à Lille, une nouvelle destination pour nous après Lyon et Paris. Fin 2020, début 2021, nous ouvrirons un espace de 8000 m² rue de Tolbiac dans le XIIIe, un gros projet agrémenté de terrasses et des jardins. Le plus gros de nos espaces, le Wojo Montparnasse, est aussi attendu en 2021. Nous poursuivons notre développement. Tout nous indique que ça va reprendre, et que ça va reprendre de plus belle, pour les raisons que j’ai évoquées. Le coworking est né après la crise de 2008. J’espère que, pour l’après crise actuelle, la demande d’économies, de flexibilité et de bien-être au travail poussera encore plus d’entreprises et de freelances à trouver des solutions comme les nôtres.

Wojo-Madeleine
Wojo Madeleine.