
Coach Omnium, société d’études et de conseil spécialisée dans le tourisme d’affaires, recense en France près de 200 établissements pouvant accueillir de grands événements professionnels, dont 120 centres de congrès, 60 parcs des expositions et une vingtaine d’établissements multimodaux. Cette densité de l’offre fait de l’Hexagone l’un des principaux acteurs mondiaux sur le marché MICE. Publié en mai 2018, le dernier rapport de l’ICCA (International Convention and Congress Association) confirme cette position. Ainsi, au vu des résultats de l’année 2017, Paris s’affiche comme deuxième destination mondiale pour l’accueil de congrès organisés par des associations internationales, ex aequo avec Vienne, la capitale autrichienne, mais derrière Barcelone.
Depuis 2010, Paris peut d’ailleurs s’enorgueillir de figurer sans discontinuer à l’un ou l’autre des deux premiers rangs de ce classement de référence. Si la capitale française a perdu la pole position, elle est en revanche la première en nombre de congressistes reçus. En effet, Paris a accueilli 190 congrès répondant aux critères de l’ICCA, soit 112 000 parti-cipants. Le nombre de congressistes a doublé grâce à la venue de manifestations internationales d’importance. Elle comptabilise ainsi 22 congrès internationaux en 2017, contre 14 en 2016. Et sept d’entre eux ont rassemblé plus de 5 000 congressistes, alors qu’ils n’étaient que deux de ce type l’année précédente. Paris continue donc sur sa lancée et renforce sa position de grande métropole de congrès grâce à l’accueil de six nouvelles manifestations majeures en 2018 tout en remportant l’organisation d’événements de grande ampleur comme l’ESC Cardio en 2019 ou l’International Congress of Nutrition-ICN en 2025.
L’Union française des métiers de l’événement (Unimev) confirme l’attractivité de Paris et sa région : sur les 2 800 congrès qui se déroulent chaque année en France, 976 se tiennent en Île-de-France. Ces manifestations organisées sur le territoire francilien génèrent 1,1 milliard d’euros de retombées, hors flux d’affaires, pour un total de 1,7 milliard au niveau national. Des chiffres qui confirment, à qui en douterait encore, l’importance de ce marché dans une économie.
Ceci explique pourquoi le secteur est actuellement en plein développement en France. Perrine Edelman, directrice adjointe de Coach Omnium, souligne “qu’après une période de stagnation, un grand nombre de nouveaux équipements se sont créés ces dernières années un peu partout sur le territoire français. Nous sommes dans une dynamique d’ouvertures et de rénovations”. Un constat également confirmé par l’Unimev, pour qui “2017 est une année forte avec plus de 300 millions d’euros investis dans les sites d’accueil en France. Montant qui reste en grande partie lié au projet de rénovation d’Expo Porte de Versailles par Viparis”.
Ces dernières années, plus d’une trentaine de sites ont ouvert, ont été rénovés, ont procédé à des extensions ou sont au stade de projet avancé comme le Pex à Toulouse. Alors qu’une quinzaine de nouveaux lieux sont attendus d’ici 2025, six nouveaux centres ont été inaugurés en 2017 et 2018 : le centre des congrès de Valenciennes, le centre de congrès du Chapeau Rouge à Quimper, le Couvent des Jacobins de Rennes, le Dôme de Carcassonne, le centre des congrès de Paris Saclay, ainsi que le centre Robert Schuman de Metz.

Une étude 2018 réalisée par Coach Omnium montre que “la tendance va vers un élargissement et une multiplication des activités des centres de congrès, les rendant plus polyvalents que par le passé.” Afin d’optimiser leur taux de remplissage en recevant aussi bien des manifestations professionnelles que grand public, ils sont en effet de plus en plus multifonctionnels. Ce qui se traduit par des espaces extrêmement modulables et à géométrie variable, mais aussi par la proposition de nouveaux services tels la restauration, les animations ou les réservations…
Par exemple, en 2021, le futur CO’Met – Centre Orléans Métropole – proposera un concept novateur. Construit à proximité du Zénith de la ville, il comprendra une salle sportive de 12 000 m2, un palais des congrès de 4 800 m2 et un parc des expositions extensible jusqu’à 33 000 m2. Pour accompagner le projet, un bureau des congrès, Orléans Convention, a été créé en avril 2018. Pour Axel de Beaumont, directeur d’Orléans Val de Loire Tourisme, “CO’Met est pensé comme un lieu unique en France, à seulement une heure de Paris. Ces structures, à la fois performantes et innovantes, permettront d’envisager l’accueil en région Centre-Val de Loire d’événements d’envergures nationale et internationale afin de positionner Orléans Métropole sur l’ensemble de la gamme des manifestions MICE, mais aussi culturelles et sportives”.

Totalement modulable et multifonctionnel, le futur lieu pourra accueillir simultanément des événements de diverses natures. Côté technique, Axel de Beaumont souligne que “le palais des congrès et le parc des expositions seront dotés d’un équipement à la pointe de l’innovation à l’instar de la salle sportive, conçue comme un studio TV. Des performances optimales feront la démonstration d’un projet numérique innovant 3.0, utilisant entre autres les dernières technologies tant au niveau des services à l’usager, de la gestion de l’accessibilité, des interactions entre les espaces de l’équipement, qu’en matière de production et de retransmission d’événements.”
Le plus grand d’Europe
Cette volonté de complémentarité sous-tend également la modernisation en cours du site de Paris Expo Porte de Versailles, dont les travaux, débutés en 2015, se termineront en 2025. La première phase s’est achevée en 2017 avec l’inauguration du Paris Convention Centre, le plus grand centre de congrès d’Europe. S’ajoutant au palais des congrès de Paris déjà existant, le lieu peut désormais accueillir les plus grandes manifestations mondiales. À cet égard, des événements de plus de 30 000 participants ont d’ailleurs déjà confirmé leur venue à Paris, tandis que des congrès y sont planifiés jusqu’en 2022.
Le Paris Convention Centre regroupe, en un seul et même lieu, des halls d’expositions, des salles de réunion et de conférence, des unités de restauration fixes et mobiles, des salles événementielles, en plus d’une terrasse végétalisée et d’un grand parking. Sa salle plénière, la plus grande d’Europe, dispose d’un toit ajouré, permettant d’assister à des conférences avec lumière du jour. En outre, toutes les salles de conférence sont pré-équipées d’enceintes modernes, intelligentes et adaptatives permettant la diffusion d’un son d’une grande qualité. “La digitalisation, l’innovation, la modularité de nos sites sont au c?ur de nos préoccupations. Le Paris Convention Centre a pour objectif d’accueillir 75 événements ces cinq prochaines années, dont 55 congrès”, précise Michel Dessolain, directeur général de Viparis.
Parallèlement à cette modularité, on assiste aussi à un retour des centres de congrès au cœur des villes, avec des lieux totalement intégrés au paysage urbain et à la vie quotidienne des citoyens. C’est le cas au Havre, à Reims, à Nancy ou encore au centre de congrès Robert Schuman à Metz qui ouvre à la rentrée. Dessiné par l’agence Wilmotte & Associés, il est implanté au pied de la gare TGV, face au Centre Pompidou-Metz et au cœur d’un quartier en pleine mutation. D’une superficie de 18 000 m² et doté d’un auditorium de 1 200 places, de 16 salles de sous-commissions de 20 à 400 personnes et de 4 300 m2 de surface d’exposition, le nouveau centre de congrès constitue un trait d’union entre le quartier moderne de l’Amphithéâtre et le centre historique de la ville.


Une autre tendance très nette – le développement durable – se dégage, alors qu’un quart des centres de congrès français effectuent des démarches de labellisation et/ou de certification. C’est le cas de la Cité des congrès de Nantes, leader en la matière. En effet, depuis 2003, elle collectionne les certifications vertes (Iso 20121) et les distinctions. Ainsi, elle a obtenu en 2012 le Quality Standard niveau or, décerné par l’Association internationale des palais des congrès (AIPC). C’est le plus haut niveau de certification issu des normes de qualité, la Cité des congrès de Nantes étant le seul centre français, parmi 29 au monde, à avoir obtenu cette distinction ! D’autre part, le lieu fait partie des 49 entreprises françaises sélectionnées pendant un an par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour expérimenter des actions de réductions des consommations d’énergie et de matières.
Au classement mondial ICCA 2017, Nantes est arrivée 141e. La ville a accueilli 18 congrès internationaux, dont 11 répondant aux critères de l’ICCA. Pour 2018, pas moins de 132 événements sont confirmés, dont 24 d’ampleur internationale comme le congrès de la société francophone de diabète. Soit 4 600 participants sur quatre jours ! La Cité de Nantes est également reconnue pour son savoir-faire en matière de solutions digitales, ce qui lui a valu le trophée 2017 spécial “Prix Innov’Tech” remis par France Congrès.

Éco-exemplarité
De la même manière, Lille Grand Palais se veut éco-exemplaire, tout comme la Cité Internationale des congrès de Lyon. Certifié ISO 14001 depuis février 2013, ce lieu est situé dans le quartier éponyme et fait partie d’un programme de développement durable. Du design à sa construction, le centre de congrès lyonnais applique une politique environnementale en mettant l’accent sur les énergies renouvelables : récupération de l’eau de pluie par les 2 000 m2 de jardins, utilisation d’eaux d’infiltrations souterraines pour le chauffage et le refroidissement des bâtiments, 96 m2 de panneaux solaires générant 15 000 kWh avec un gain environnemental de 1,4 tonne de CO2 par an… Parallèlement, l’ensemble du personnel est sensibilisé à l’éco-attitude, notamment à l’utilisation prioritaire d’éco-produits – produits biodégradables ou recyclables, encres végétales – et au tri sélectif, 46 % des déchets étant ainsi recyclés.
Cet esprit écologique inspire aussi le palais des congrès Atlantia, à La Baule. Posé au c?ur d’une pinède, à deux minutes à pied de l’océan, il est certifié HQE (haute qualité environnementale) et s’est engagé dans le développement durable depuis 2011. Ce fut d’ailleurs le premier site en région à obtenir, en 2015, la certification ISO 20121, référence internationale en matière d’événementiel responsable. Dans un même souci de démarche environnementale à Monaco, le Grimaldi Forum améliore constamment ses performances “vertes”. Certifié ISO 14001 depuis 2008, il sera doté en 2019 d’une centrale de production d’énergie photovoltaïque sur sa toiture, la plus importante en taille et en puissance de la Principauté, faisant du Grimaldi Forum le premier producteur d’énergie propre de Monaco.

À Nancy, le centre de congrès Prouvé, ouvert dans l’éco-quartier Nancy Grand Cœur, fait lui aussi figure de référence avec ses 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques. Dès son ouverture en 2014, son gestionnaire Grand Nancy Congrès & Evènements a mis en place une démarche RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises). Une politique qui a porté ses fruits, puisque le centre Prouvé a rejoint le cercle restreint des centres de congrès certifiés ISO 20121. Autre particularité, le bâtiment en lui-même : un ancien centre de tri postal des années 1970 construit par les architectes Jacques-André et Claude Prouvé.
Reçus comme des papes
Le centre de congrès Prouvé n’est d’ailleurs pas le seul centre de congrès à ouvrir ses portes dans un bâtiment historique. À Avignon, les congressistes se réunissent dans un monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco : le Palais des Papes ! En 2017, 159 manifestations, dont 35 congrès, ont eu lieu dans ses murs. Des soirées de gala se sont tenues dans les salles d’apparat, parfois sublimées par la privatisation du pont d’Avignon. Cachet qui plaît aux entreprises comme en témoigne Séverine Partouche, organisatrice des Rencontres Nationales UNGE (union nationale des géomètres experts) 2018 qui se sont déroulées là les 1er et 2 février derniers : “Les points forts de la destination et du centre des congrès : la ville, son accessibilité, la logistique, les équipements, la qualité de l’accueil. Le Palais des Papes est un lieu qui a attiré les adhérents. Les espaces modulables répondaient bien à nos besoins. La grande audience nous a permis de servir les repas au milieu de l’exposition… Tout était parfait !”

Bâti au XIVe siècle, le couvent des Jacobins à Rennes, totalement restauré pour accueillir les congressistes, s’inscrit aussi dans cet esprit liant histoire et événements professionnels. Plus de quatre ans ont été nécessaires pour faire du lieu un étonnant palais des congrès mixant patrimoine et modernité. Les entreprises peuvent s’y réunir dans un univers claustral authentique, tout en bénéficiant d’un équipement ultra moderne. Dans un autre genre, mais toujours dans la même veine, à Pau, le palais Beaumont se trouve dans un magnifique bâtiment Belle Epoque, dressé dans un parc arboré face aux Pyrénées. Ses 8 500 m2 d’espaces modulables peuvent recevoir des congrès jusqu’à 800 personnes. Le charme opère aussi au Palais du Pharo à Marseille. Édifié par Napoléon III pour son épouse Eugénie ses façades dominent la Méditerranée et le Vieux-Port.
Quant au palais des festivals et des congrès de Cannes, il allie l’attrait d’un endroit de renommée internationale, le charme d’un bord de mer et la praticité d’un centre-ville… le tout dans un mouchoir de poche ! “Nous accueillons exclusivement des événements B to B et la proximité des différents lieux – hôtels, restaurants, commerces, plages – est un atout : les participants se croisent et échangent en dehors des salles de conférence”, note Régis Faure, directeur tourisme de la ville.

Toutefois, si géographiquement les centres de congrès ont essaimé sur l’ensemble du territoire, on note une forte concentration en Île-de-France qui rassemble plus de 25 % des congrès français et autour des grandes métropoles comme Marseille ou Lyon. Cette dernière a fait un bond de 12 points dans le classement mondial ICCA s’adjugeant le 58e rang mondial avec 43 congrès organisés, la 30e position européenne et la deuxième sur le plan national. Pour sa part, Marseille arrive au 80e rang mondial et à la troisième place nationale avec 37 congrès recensés.
D’après Coach Omnium, une disparité apparaît également au niveau de l’activité en fonction de la localisation et de la taille du bâtiment : seuls 46 % sont occupés plus de 200 jours par an. D’autre part, huit établissements sur dix accueillent en moyenne des manifestations de moins de 400 personnes. Malgré tout, la France offre une large diversité de centres de congrès répondant à toutes les demandes des organisateurs, aussi bien pour des manifestations de grandes envergures que de tailles plus modestes, avec des sites parfois atypiques, d’autres plus classiques et certains totalement green.
Dossier - Congrès en France : ouvertures et rénovations en cascade
- Congrès : ouvertures et rénovations en cascade en France
Rencontre avec Erwan Jouët, directeur du palais des congrès de Paris-Saclay
Rencontre avec Béatrice Cuif-Mathieu, vice-présidente de l’Unimev

















