Éthiopie : nouvelle puissance économique dans la Corne de l’Afrique

Éthiopie : nouvelle puissance économique dans la Corne de l’Afrique

Addis-Abeba
À coups de plans quinquennaux, l’Éthiopie entend soutenir la transformation du pays en s’appuyant sur la modernisation du secteur agricole, l’essor d’industries comme le textile ainsi que l’amélioration d’infrastructures nécessaires pour développer le commerce et attirer les investissements étrangers.

Les slogans s’égrènent régulièrement le long des voies express d’Addis Abeba, tentaculaire capitale de quatre millions d’habitants. “Nous poursuivons avec vigueur notre rôle global et régional pour achever nos objectifs de développement durable”, clame un panneau. “Nous entrons dans une nouvelle ère de partenariats globaux”, en affirme un autre. On pourra s’interroger sur la signification profonde de ces messages. Mais ils prouvent une chose : l’Éthiopie de 2017 affiche ses ambitions.

Géant démographique avec près de 100 millions d’habitants, deuxième pays d’Afrique le plus peuplé derrière le Nigéria, poids lourd politique et diplomatique avec le siège de l’Union Africaine à Addis Abeba, la République Fédérale Démocratique d’Éthiopie se rêve aussi en géant économique.

Ses atouts sont réels. Avec un PIB en hausse constante de 9 % par an depuis une décennie, les experts parlent aujourd’hui de “miracle économique éthiopien”, voire, par analogie aux économies émergentes asiatiques, de “Tigre de l’Afrique” ! Même si, bien sûr, le pays a pour symbole le fameux lion d’Abyssinie…

Selon le Fonds monétaire international, le PIB par habitant a plus que doublé en moins de dix ans, passant de 361 dollars US en 2010 à 795 dollars l’an dernier. En Parité Pouvoir d’Achat, ce PIB flirte actuellement avec les 2 000 dollars. Tandis que la classe moyenne représente désormais 22 % de la population totale, soit 20 millions d’individus, le taux de pauvreté est passé dans le même temps de 45 % à 22 %. Des chiffres qu’il faut nuancer, car ils sont à l’échelle du pays, où les zones rurales et très peuplées vivent dans une extrême pauvreté, tandis que la nouvelle “classe moyenne” peine bien souvent à payer le crédit de leur “condominium” d’état, de modestes appartements en banlieue lointaine d’Addis.

Néanmoins, le boom économique est réel et a été influencé par deux plans quinquennaux de croissance et de transformation qui ont permis à l’industrie, aux infrastructures et aux services de croître. Les objectifs d’infrastructure ont par exemple été réalisés à plus de 60 %, tandis que les investisseurs internationaux louent l’absence relative de corruption, phénomène plutôt rare en Afrique. Avec un aéroport en cours d’expansion et une compagnie aérienne de niveau international, un réseau routier en développement avec plus d’un milliard de dollars investis et, surtout, un nouveau train de marchandises et voyageurs entre Addis Abeba et Djibouti, le pays ambitionne d’être le hub marchand de toute l’Afrique Orientale et Centrale.

Un tel climat est favorable aux affaires, malgré l’attaque d’usines étrangères en 2016. Ainsi, en dépit de l’état d’urgence, les perspectives sont toujours favorables pour 2017 et 2018, le FMI prévoyant une croissance de 7,5 %, certes inférieure aux 9 % enregistrés ces dernières années.

Si les investissements étrangers directs (FDI) ont, eux aussi, été légèrement revus à la baisse – le pays s’attend à 3,2 milliards de dollars US en 2017 –, les entreprises internationales se pressent aux portes de l’Éthiopie, notamment dans le nouveau Hawassa Industrial Park, un complexe dédié à l’industrie textile à 275 km au sud de la capitale. On recense par ailleurs dans le pays des filiales de General Electrics, de Dow Chemicals, d’Unilever, mais aussi des sociétés japonaises, indonésiennes et, bien sûr, chinoises.

Principal importateur, la Chine est aussi un important investisseur en éthiopie, séduite par une main-d’œuvre bien formée et peu chère, un ouvrier éthiopien coûtant deux fois moins qu’un ouvrier chinois. Elle construit tout, le réseau routier, le tramway, l’immobilier et les infrastructures publiques. Pour sa part, la France n’est pas en reste, puisqu’elle est présente à travers 32 filiales, les deux entreprises les plus importantes étant Total et BGI-Castel, principal brasseur du pays.

Le nouveau train du succès

ethiopia_rail_lineAprès cinq ans de travaux, la nouvelle ligne de chemin de fer Addis Abeba-Djibouti est sur le point d’être opérationnelle. Elle reliera l’Ethiopie, pays enclavé car sans accès à la mer, à ce port stratégique de la mer Rouge par où passent 90 % des imports-exports du pays. Ce qui représente près de 70 % des 11,3 millions de tonnes de marchandises qui transitent chaque année par les quais de Djibouti ! “Cette réalisation nous rapproche un peu plus de notre ambition de hub logistique régional”, a déclaré le chef de l’État djiboutien. Le nouveau train est parallèle à l’ancienne ligne construite par les Français entre 1897 et 1917, sous le règne de l’empereur Ménélik II, à l’arrêt depuis 2010. Construite et financée par la Chine avec l’État éthiopien, cette voie ferrée de 750 km a coûté 3,4 milliards de dollars. L’investissement devrait doper l’économie de l’Éthiopie et désengorger une route dantesque, fréquentée par 1500 camions quotidiennement.


L’Éthiopie en chiffres

éthiopie-chiffresL’agriculture génère 41,7 % du PIB, 75 % des emplois et 80 % des exportations, essentiellement grâce au café, générant un million de dollars US, et aux fleurs coupées, comptant pour 700 millions de dollars. Ce secteur reste pourtant soumis aux aléas climatiques comme lors de la sécheresse de 2015/2016. Mais le développement des infrastructures et des services est en train de changer l’image du pays. Le secteur secondaire, tiré par le sous-secteur de la construction, représente 14,9 % du PIB, mais croît très vite avec l’essor du pôle manufacturier.
12+10 : Lors du récent salon de l’aéronautique du Bourget, la compagnie a confirmé l’achat de 10 nouveaux Airbus A350 en configuration biclasse, après une première commande de 12 appareils. Ethiopian Airlines est aujourd’hui l’un des premiers transporteurs d’Afrique, doté d’une flotte de 89 appareils et reliant 95 villes depuis son hub d’Addis Abeba.

S’Y RENDRE

Ethiopian Airlines relie en sept heures Paris CDG à Addis Abeba sans escale en Boeing 777. Il existe également des vols avec correspondance via Francfort (Lufthansa), Le Caire (Egypt Air) et Rome (Alitalia). Pour leur part, Air France et KLM proposent des liaisons avec leur partenaire au sein de SkyTeam Kenya Airways, via Amsterdam et Nairobi.
Formalités : Passeport avec une validité supérieure à six mois. Délivrance du visa d’affaires – accompagné d’une lettre de mission – ou du visa de tourisme auprès de l’ambassade d’Éthiopie en France + copie du billet d’avion aller-retour obligatoire (36 euros pour un visa de tourisme entrée simple, 21 euros pour un visa affaires entrée simple). Depuis juin, formalités d’e-visa sur www.evisa.gov.et
Décalage horaire : + 1 h en été ; + 2 h en hiver.
Monnaie : le Birr (ETB). 1 euro = 27,98 ETB (sept. 17).

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