La grande vitesse ferroviaire fait son chemin aux Etats-Unis

Le réseau de trains à grande vitesse n'est souvent qu'à l'état de projet dans de nombreuses régions des Etats-Unis. Cependant, le plan d'investissements Biden devrait stimuler la construction de nouvelles lignes à grande vitesse. Avec des premiers résultats concrets autour de 2028.
Les nouveaux modèles Acela faisant des tests (Photo : droits réservés Amtrak)

C’était un tweet rageur d’un internaute américain en décembre 2019. Il mettait en lumière le fait que 35 trains à grande vitesse parcouraient chaque jour en 4h30 la distance entre Pékin et Shanghai. Et que, par comparaison, sur la ligne Chicago-New York (dont le kilométrage est pratiquement similaire), on trouvait un train quotidien effectuant la liaison en… 19 heures. Sur Chicago-New York, comme sur beaucoup d’autres lignes ferroviaires US, les trains roulent en effet à moins de 130 km/h. Exactement la même vitesse que cent ans plus tôt !

Obstacles automobiles, financiers et urbains

Les Etats-Unis restent de fait très en retard dans le développement d’un réseau à grande vitesse. De nombreux facteurs y contribuent : résistance à la dépense publique, lobbies de l’aviation et amour immodéré des Américains pour leur automobile. S’y ajoute un réseau ferroviaire davantage conçu pour le transport de fret longue distance que celui de passagers. Ainsi, le rail a, depuis les années 50, cédé sa prépondérance à un réseau d’autoroutes de près de 81 000 km.
A la décharge du rail, il y a aussi la topologie urbaine des Etats-Unis, défavorable au transport ferroviaire. Les grandes villes ne sont pas généralement des centres de vie, une majorité d’Américains habitant dans les banlieues (suburbs). Selon un recensement de l’American Housing Survey de 2017, 52 % des Américains décrivent ainsi comme suburbain leur lieu d’habitation, tandis que 27 % le situe en zone urbaine et 21 % en zone rurale. Se rendre dans une gare peut donc s’avérer plus compliqué que d’aller à l’aéroport !
Pourtant, les choses commencent à bouger, probablement sous l’impulsion du
gouvernement Biden et d’un plan de modernisation des infrastructures. Un plan de 2 000 milliards de dollars pour créer une économie plus verte et qui comporte un volet ferroviaire estimé à 80 milliards de dollars d’investissements. Mais mettre en place un véritable réseau grande vitesse risque cependant d’être une entreprise de longue haleine, courant sur plusieurs décennies.

Cimenter la grande vitesse autour d’Amtrak

Amtrak, le réseau ferroviaire public américain, pourrait constituer la base d’un futur réseau TGV. Sauf que, sur la plupart de ces voies, cohabitent trains de fret et de passagers, empêchant toute accélération sensible de la vitesse.
Le trajet Boston-New York-Washington, fort de ses 735 km, est parcouru par des Acela à grande vitesse en 6h50. Soit une moyenne de 85 km/heure. Si les trains peuvent effectivement atteindre en pointe 240 km/h, l’infrastructure les en empêche. Dans un document, la Northeast Corridor Commission (NCC), en charge de la modernisation du réseau d’ici 2035, évalue à 51 km le kilométrage où les Acela peuvent effectivement atteindre leur vitesse de pointe.
La NCC devra investir 117 milliards de dollars pour moderniser le réseau et permettre de réduire de près d’une heure le temps total de trajet sur l’axe Boston-Washington. En attendant ce jour, Amtrak mettra en service en 2022 une nouvelle génération de trains Acela, un peu plus rapide, plus écologiques (ils sont 40% moins lourds) et surtout plus confortables. Port USB sur chaque siège, wifi, restauration plus soignée et possibilité de réservation sur une app, devraient avoir un effet incitatif sur les voyageurs potentiels.
En parallèle, le gouvernement veut moderniser les lignes de New York à Montréal, de New York à Buffalo et Toronto et de Philadelphie à Pittsburg. Sur ces trois tronçons, les trains circuleraient entre 145 km/h et 200 km/h.
Brightline poursuit son développement en Floride mais aussi entre Las Vegas et le sud californien (Photo : Brightline)

California dreamin’

Ce sera pourtant la Californie qui devrait accueillir la première véritable ligne ferroviaire à grande vitesse des Etats-Unis. Les trains d’une ligne reliant San Francisco à Los Angeles via San Jose, Fresno et Bakersfield parcourraient à une vitesse de 350 km/heure ce corridor long de 830 km. Les deux métropoles seraient ainsi à 2h45 de train l’une de l’autre. En parallèle serait construite une nouvelle ligne reliant Phoenix et Tucson, desservant 15 stations sur un réseau de 140 miles.

Le projet patinait jusqu’à présent, les financements faisant défaut. Un seul tronçon est ainsi en construction sur 190 km, reliant Bakersfield et Merced via Fresno. De cette dernière ville, les trains reprendraient temporairement leur vitesse « escargot » jusqu’à San Francisco.

L’approbation le 5 novembre dernier par le congrès du plan d’infrastructures Biden devrait permettre à la Californie de recevoir un fonds d’une trentaine de milliards de dollars pour terminer son réseau grande vitesse. Ce qui se traduirait par l’accélération des tracés ferroviaires vers Los Angeles au sud et San Jose/San Francisco au nord. La ligne à grande vitesse devrait être achevée en 2025 et les essais de trains se terminer à l’horizon 2027 pour une mise en service entre 2028 et 2029.

Après 2030, deux extensions sont prévues, la première vers Sacramento, la seconde vers San Diego. Elle permettrait de desservir toutes les grandes villes californiennes par TGV en moins de cinq heures de bout en bout.

Un autre projet – cette fois ci totalement privé – sera vraisemblablement le premier tronçon TGV de l’Ouest américain à devenir opérationnel : la ligne Las Vegas-Victor Valley en Californie du Sud. Menée par l’opérateur ferroviaire privé BrightLine (opérant déjà une ligne en Floride), la ligne de 270 km serait desservie en 1h25 en moyenne (soit 180 km/h). Avec possibilité d’embranchement vers Los Angeles et Palmdale. L’inauguration devrait avoir lieu autour de 2025.

Floride et Texas, le futur à grande vitesse

En Floride, BrightLine exploite une ligne Miami-West Palm Beach, qui doit être prolongée en 2023 sur Orlando et Disneyland. Avec une moyenne de 130 km/h qui atteindra 200 km/h sur le tracé Cocoa-Orlando, une fois la ligne inaugurée. Ce train n’entre donc pas dans la qualification officielle de train à grande vitesse selon l’Union Internationale des Chemins de Fer (UIC). Cette dernière qualifie de TGV un train roulant à 200 km/h sur un tronçon existant et à 250 km/h sur une nouvelle ligne.

Projet de train à grande vitesse au Texas (Graphique Texas High Speed Rail)

Enfin, au Texas, la ligne à grande Houston-Dallas prend forme. Servant un bassin de population de 13 millions de personnes, elle devrait en 2029 accueillir plus de 6 millions de voyageurs par an. Les trains à grande vitesse parcourront en 90 minutes les 380 km séparant les deux mégapoles. Contre plus de quatre heures en moyenne en voiture. Un argument de poids !