
En marge du Salon du Bourget, qui célébre toute la semaine le secteur aérien et notamment ses efforts de décarbonation, des voix s’élèvent contre ce discours, et les actions commerciales adoptées. L’UFC-Que Choisir, la CLCV et 20 autres associations membres du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), déposent même plainte auprès de la Commission européenne. 17 compagnies aériennes dont Air France et KLM sont accusées de greenwashing et de pratiques commerciales trompeuses envers les consommateurs.
Il est reproché à ces transporteurs “une multitude d’allégations trompeuses” qui laisseraient penser que “le transport aérien peut être « durable », « écoresponsable » et « vert »« . La Présidente de l’UFC-Que Choisir, Marie-Amandine Stévenin, dénonce ainsi : « Alors qu’il n’est plus à démontrer que le transport aérien contribue de manière significative et croissante aux émissions de gaz à effet de serre, il est inadmissible que les compagnies aériennes puissent se targuer d’œuvrer pour le climat ».
Outre le discours jugé trompeur, les compagnies aériennes sont pointées du doigt pour les contributions proposées aux voyageurs, soit pour « compenser » les émissions de CO2 de leur vol, soit pour contribuer au développement des carburants durables (SAF). Les associations estiment que les SAF “ne sont pas prêts à être commercialisés” et rappelle que “la législation européenne récemment adoptée fixe des objectifs très bas quant à la part qu’ils devraient représenter dans le mélange de carburants des avions. Cela signifie que jusqu’à ce qu’ils soient massivement disponibles – au plus tôt, à la fin des années 2030 – ils ne représenteront au mieux qu’une part mineure dans les réservoirs des avions”.
Pour le président de la CLCV, Jean Yves Mano, « les mauvaises allégations vertes envahissent désormais l’univers commercial et le secteur aérien représente un cas d’école. Ces allégations doivent cesser pour la protection des consommateurs et les pouvoirs publics doivent donc agir avec fermeté ».

Le groupe franco-néerlandais est particulièrement pointé du doigt par l’UFC-Que Choisir, chiffres à l’appui. “Air France – KLM a recours à cette pratique et propose aux consommateurs de souscrire des options onéreuses, pour supposément couvrir leur propre impact carbone, sur de futurs vols à horizon inconnu. Sur un vol Paris-Copenhague, un consommateur devra débourser la coquette somme de 138 euros, en plus de son billet, pour contribuer à cette prétendue future réduction de CO2”.
Air France KLM se veut pourtant pionnier sur le dossier du carburant durable, et entend aller au-delà des contraintes réglementaires. Le groupe revendique d’ailleurs l’achat de 17% de la production mondiale de SAF l’an dernier, alors qu’il ne représente que 3% de la consommation mondiale de kérosène en 2022.
Les compagnies aériennes sont régulièrement taxées de greenwashing. Etihad en avait d’ailleurs fait les frais en avril dernier outre-Manche. L’autorité britannique en charge de la publicité (ASA) avait en effet banni la diffusion de vidéos publicitaires du transporteur d’Etihad Airways. Leur valorisation du travail d’Etihad pour une aviation durable ayant été jugée « trompeuse » et « exagérée ».
Les associations impliquées dans cette démarche réclament notamment le lancement d’une enquête européenne, l’interdiction des discours associant l’aérien à une pratique respectueuse de l’environnement, mais aussi le remboursement des options supplémentaires souscrites par les voyageurs pour limiter leur impact environnemental. Des options qui demeurent toutefois balbutiantes, comme en témoignait récemment le Directeur du développement durable et des nouvelles mobilités chez Air France, Vincent Etchebehere. A l’occasion d’un événement organisé par la Chaire Pégase, il expliquait à propos des contributions volontaires : « une petite minorité de nos clients ont recours à cette option, sûrement aussi parce qu’elle n’est pas assez visible, pas assez comprise : il y a des efforts [à fournir] en termes de pédagogie sur les SAF. Pour que nos clients achètent de manière volontaire du SAF, il faut qu’ils comprennent bien ce que c’est. On a encore pas mal de travail à faire ». Vincent Etchebehere précisait également : « il y a aussi l’achat volontaire de la part de nos clients entreprises. Ces clients sont de plus en plus sensibles et intéressés par le fait de nous acheter du SAF via une offre spécifique BtoB. Cela leur permet de réduire leurs émissions de scope 3, donc les émissions indirectes dans lequel les émissions liées au business travel entrent en compte. Cela reste une offre naissante. A nous de mieux faire connaitre à nos clients entreprises ce que sont les SAF et comment cela peut être intégré à leur comptabilité carbone ». Naviguer à vue entre pédagogie et greenwashing : un autre défi de taille dans le dossier de la décarbonation.
Les compagnies visées par la plainte du BEUC :
- Air Baltic
- Air Dolomiti
- Air France
- Austrian
- Brussels Airlines
- Eurowings
- Finnair
- KLM
- Lufthansa
- Norwegian
- Ryanair
- SAS
- SWISS
- TAP
- Volotea
- Vueling
- Wizz Air

















