Interview : Fanny Guibouret, directrice générale de l’Hôtel du Louvre

Directrice générale de l'Hôtel du Louvre, Fanny Guibouret évoque la crise actuelle et revient sur la métamorphose de cet établissement parisien historique.

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Fanny Guibouret, directrice générale de l'Hôtel du Louvre - The Unbound Collection by Hyatt ©Bruno des Gayets

L’Hôtel du Louvre a rouvert à l’été 2019 après plusieurs années de travaux. Pourquoi une si longue rénovation ?

Fanny Guibouret – Elle devait démarrer en 2014-2015 afin de convertir l’hôtel à notre enseigne contemporaine Andaz. Mais on s’est aperçu, au bout de quelques mois d’opération, qu’il y avait une âme dans cet hôtel, que sa clientèle était très attachée à l’histoire du lieu. On aurait fait une erreur, puisque le projet d’hôtel Andaz aurait conduit à une modernisation quasiment totale pour faire quelque chose d’excessivement contemporain. Nous avions le devoir de conserver ce patrimoine et revoir le concept, son coût, ce qui a pris du temps. En parallèle, il fallait aussi trouver une nouvelle marque mais aucune ne correspondait parfaitement. Nous n’avions pas la taille d’un Grand Hyatt, Hyatt Regency est trop orientée business et Park Hyatt aurait pu éventuellement convenir, mais nous en avions déjà un à Paris. Notre hôtel a ainsi été au centre des discussions pour le lancement de la Unbound Collection, créée par Hyatt il y trois-quatre ans, entre autres pour nous.

Qu’est-ce qui caractérise la Unbound Collection ?

F. G. – C’est une marque libre et créative où les hôtels gardent leur nom, leur âme. Les clients y séjournent pour vivre une expérience unique, différente. Cela rassure les propriétaires d’hôtels indépendants qui veulent garder leur identité, mais sont contents d’avoir la force de vente de Hyatt. Nous commençons à proposer une très belle collection d’hôtels offrant des séjours haut de gamme uniques. En France, nous sommes trois à en faire partie avec le Martinez à Cannes et l’Hôtel du Palais à Biarritz. Vous y trouvez aussi d’autres hôtels exceptionnels comme le Great Scotland Yard à Londres ou le Parisi Udvar à Budapest. Tous les membres de la collection n’ont pas forcément un aussi riche passé, mais tous ont un caractère singulier. Ainsi, au Japon, un hôtel hyper thématisé est en train de se construire autour d’un circuit moto (NDLR : le Fuji Speedway), avec tout un concept tournant autour du biking.

Revenons à la rénovation de l’hôtel. En quoi était-elle nécessaire ?

F. G. – L’établissement avait une image établie de longue date, mais des rénovations étaient nécessaires. L’hôtel n’en n’avait pas subi d’aussi importantes depuis 30 ans, si ce n’est plus. Nous avons commencé cette remise en beauté en restant ouvert, mais les travaux n’avançaient pas assez vite. Alors nous avons dû fermer. Pour trois-quatre mois initialement, mais cela a finalement pris 18 mois en raison de nombreux aléas qui n’étaient pas prévus initialement, par exemple le changement intégral du plancher qui était endommagé.

L’établissement avait une image établie de longue date, mais des rénovations étaient nécessaires.

Cette longue période d’inactivité forcée vous a donné l’occasion de réfléchir à la nouvelle identité que vous vouliez donner à l’hôtel…

F. G. – En effet, nous avons pu entreprendre tout un travail de fond sur l’histoire du lieu. D’où tout le storytelling dans nos sept salles de réunions autour des personnalités passées par l’hôtel et toutes les histoires racontées par l’illustrateur Emmanuel Pierre dont les collages décorent les chambres et les couloirs. Nous avons passé des jours entiers à rechercher toutes les mentions « Hotel du Louvre » sur l’encyclopédie Gallica afin de trouver tous les ouvrages où l’établissement était mentionné. C’est ainsi que nous avons découvert que Jules Verne y descendait à chaque fois qu’il venait à Paris voir son éditeur, que Zola mentionne l’hôtel dans deux de ses romans, que Berlioz et Conan Doyle y résidèrent. Pissarro y a également résidé plusieurs mois et a peint une douzaine de toiles illustrant les vues depuis sa chambre donnant sur l’avenue de l’Opéra. L’Hôtel du Louvre, situé en plein coeur de Paris, était le lieu de passage obligé pour le monde culturel au XIXe siècle.

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Salle de réunions Camille, rappelant les séjours du peintre Camille Pissarro.

Comment la clientèle a-t-elle reçu toutes ces idées ?

F. G. – Ce côté unique et différent a beaucoup plu, tant à notre clientèle française qu’à notre clientèle internationale. Quand nous avons rouvert en juin 2019, nous avons rapidement affiché complet. Nos clients réguliers ont été très heureux de la rénovation ; l’âme y a été conservé tout en apportant les touches de modernité nécessaire. Si notre hôtel accueille majoritairement une clientèle de loisirs, nous sommes également reconnu dans le monde des affaires en accueillant de nombreux déjeuners et dîners d’affaires, des comités de direction dans nos salons, mais aussi des défilés pendant la fashion week. De plus en plus d’interviews de personnalités ont lieu dans nos suites avec, en toile de fond, l’Opéra Garnier ou la Comédie Française. Malheureusement, alors que l’hôtel prenait son essor, la crise actuelle nous ralentit considérablement.

La clientèle affaires est-elle encore présente à l’Hôtel du Louvre ?

F. G. – Les frontières étant fermées, c’est quasiment la seule clientèle qu’il nous reste pour l’instant. Même si les entreprises limitent les rencontres entre leurs collaborateurs, nous avons encore des demandes, toujours en dernière minute, pour des petits séminaires résidentiels. L’hôtel reste toujours couru, que ce soit pour des dîners-débats ou des déjeuners et dîners de comité de direction. Mais la fréquentation de l’hôtel reste très limitée compte tenu des circonstances actuelles.

Qu’en est-il des mesures sanitaires au sein de votre hôtel ?

F. G. – Hyatt a mis en place une série de mesures qui font l’objet d’une accréditation de la part Global Biorisk Advisory Council (GBAC), basée sur des protocoles excessivement précis et plus drastiques que les protocoles à l’oeuvre en France. Le room service n’a pas le droit de rentrer dans la chambre. On ne porte plus les bagages sauf si le client le demande expressément. Dans ce cas, notre personnel se désinfecte les mains devant lui. A la réception, tout est fait pour que le client n’ait aucun échange manuel. On ne touche plus sa carte de crédit ou son passeport. Dans ce cadre, depuis un an déjà, Hyatt propose le check in dématérialisé avec le choix de la chambre et la réception d’une clé virtuelle sur le smartphone. Cela plaît beaucoup dans les hôtels d’affaires où les voyageurs sont pressés et n’ont pas envie d’attendre à la réception.