Dossier - Incentive et vignoble, sous le signe de Bacchus

Incentive et vignoble, Sous le signe de Bacchus

Si, indiscutablement, le vin et les plaisirs de la table font partie de la culture française, ce n’est que très récemment que la filière viticole s’est organisée pour accueillir les touristes de tout cru, groupes incentive compris. En effet, secoués durement par la concurrence des vins venus du Nouveau Monde, l’ensemble des acteurs du domaine s’est mobilisé pour faire front. C’est ainsi qu’en 2000, Maison de la France a créé, conjointement avec les comités régionaux de tourisme de Bourgogne et d’Aquitaine, de Sopexa, agence de promotion des produits agroalimentaires français, mais aussi de Viniflhor, office national interprofessionnel des fruits, des légumes, des vins et de l’horticulture, un groupe de travail sur le tourisme vitivinicole. “Nous comptons 54 partenaires issus de toute la filière. Rassemblement qui nous a notamment permis d’éditer une carte de la France des vins présentant les 17 vignobles français et leurs sites les plus remarquables”, explique Fanny Lendi-Ramirez, responsable du département Culture et art de vivre à Maison de la France.

Conscients du potentiel que ce marché représente, les ministères de l’Agriculture et du Tourisme ont demandé à Paul Dubrule, cofondateur du groupe Accor, un rapport sur le secteur. Constat de cette étude achevée courant 2007 : “Malgré un marché en plein développement, la filière française accuse un retard sur ses concurrents étrangers. Ainsi, en Californie, en Argentine, en Afrique du Sud, la visite des vignobles est systématiquement proposée aux visiteurs. Dans la Rioja, première région de vins d’appellation en Espagne, les bodegas récemment construites sont conçues pour accueillir le public. Dans cette région, l’oenotourisme qui s’est développé grâce à des fonds publics et privés est considéré comme une véritable filière touristique. Au Portugal également beaucoup de quintas reçoivent des visiteurs.”

Au cœur des vignobles

Toutefois, le marché français commence à prendre des initiatives susceptibles d’intéresser les groupes incentive. C’est ce que confirme Didier Arino, gérant associé de Promotourisme : “Des sites et des hébergements situés au coeur des vignobles sont en plein développement. Par exemple, en juin dernier le Golf du Médoc Hôtel & Spa a ouvert dans le Médoc, au cœur de la route des vins et de ses grands crus. Ce resort quatre étoiles propose des dégustations et des dîners thématiques autour du vin ; soit dans son restaurant gastronomique, soit dans les châteaux de la région, comme ceux de Pauillac, Margaux ou de Saint-Julien. Il dispose aussi de 200 m2 de salles de réunion.”

Ailleurs, dans le Beaujolais, le Hameau du Vin, parc de loisirs conçu autour du vin et de la vigne, reçoit les groupes et se privatise. Sur place, les professionnels trouvent des salles de séminaires et de réception, des espaces d’exposition et de dégustation, un restaurant, un jardin des senteurs et des arômes, un chai, une multitude d’attractions sur des thèmes vinicoles et aussi un musée du train… “Nous avons inauguré cet été un espace dans l’ancienne gare de marchandise, soit 500 m2 dédiés à des expositions, showrooms, lancements de produits…”, indique Anne Duboeuf, directrice du Hameau du Vin. Un projet d’hébergement serait à l’étude.

Autre exemple de réussite originale : la Winery de Philippe Raoux, à Arsac, dans le Médoc. Situé aux pieds des ceps du célèbre margaux, au cœur d’un parc de 26 hectares, le site est un lieu vivant d’échanges de connaissances et de dégustation ! Spectacles et animations autour du vin, cave composée de 2000 références sélectionnées par un comité de dégustation, un restaurant, le Wy, proposant des accords “mets et vins” ainsi que des paniers pique-nique gastronomiques à savourer à l’ombre des pins. Sans oublier les Sources de Caudalie où le nectar de Bacchus se décline sous toutes ses formes, dont la très inattendue vinothérapie.

Tous ces exemples illustrent le fabuleux potentiel que recèle le vin dans tous ses développements incentive : dîner de gala dans des châteaux renommés, initiation à la dégustation, descente en rappel dans les caves de Champagne, repas de vignerons, intronisation par une confrérie, rallye pédestre, en VTT, en voitures de collection, en 4×4, survol des vignobles en hélicoptère ou en montgolfière… L’agence Evazio propose, par exemple, de découvrir les vignobles du Bordelais, du Médoc et de SaintÉmilion à bord d’authentiques 2CV. “Sympas, ludiques et originaux, ces rallyes sont très appréciés par les groupes, raconte Stéphane Fritsch, directeur d’Evazio. Nos parcours sont couplés avec des dégustations dans des chais, des dîners dans une propriété et des déjeuners vignerons, avec au menu des entrecôtes… évidemment grillées sur des sarments de vigne.”

Installée en Bourgogne, Fugues en France s’est quant à elle fait une spécialité du vin et de la gastronomie. L’agence organise, notamment pour des groupes, différents jeux comme l’énonce sa directrice, Catherine Thevenin : “Ateliers de Bacchus, challenges oenologiques, casino du vin, montage de tonneaux, rallye en quad, en Méhari… Mais quelle que soit l’activité, nous l’associons toujours à une découverte culturelle et gastronomique du terroir.” Thomas Chevalier, responsable du tourisme d’affaires au Comité régional du tourisme de Bourgogne, ajoute que “les survols en hélicoptère de vignobles sont également très prisés”.

Des vignes à Paris

De son côté, Thierry Baudier, directeur de Maison de la France, met l’accent sur des initiatives privées comme celle entreprise au château Giscours, dans le Bordelais, classé grand cru margaux. “Ses propriétaires s’intéressent au tourisme d’affaires dont les incentives. Le domaine possède notamment un petit centre de congrès et une équipe est spécialement dédiée à cette clientèle.”

Toujours dans le Bordelais, le château Kirwan, classé grand cru margaux, organise des pique-nique à l’anglaise tandis que son voisin, le château Lynch-Bages, à Pouillac, restaure le petit village de Bages, comme le confirme Hélène Fouquet, directrice de Bordeaux Convention Bureau. “En complément à leur château et chai, les propriétaires ont ouvert un hôtel deux étoiles Michelin doté d’un bistrot de village, d’une brasserie, d’une boulangerie et d ‘une mairie reconstituée… Sur place, un client peut y organiser une fête de village traditionnelle avec étals artisanaux et dégustation de produits du terroir.”

Mais il n’est pas toujours nécessaire de traverser la France pour découvrir des vignes et des chais. Ainsi, la société Œnodysée organise des visites de groupe dans les vignobles confidentiels de Paris et d’Ile-de-France. “Notamment par le biais de rallyes pédestres, les groupes visitent les vignes parisiennes de Montmartre, de Bercy et du centre de la capitale, ainsi que celles de sa proche couronne avec tous les lieux rattachés au vin : caves, chais, bars à vins, carrières de craie… Nous organisons également des thématiques sur le vin et le parfum, des dîners et des animations œnologiques”, commente Ghislain Pages, directeur de la société. Activités que l’on retrouve dans toutes les destinations viticoles comme la Californie, aux États- Unis, la région du Cap, en Afrique du Sud, le Chili, l’Argentine et, plus proches de nous, le Portugal ou l’Espagne. Les groupes français adorent comparer les vins français avec les cépages étrangers, comme l’atteste Mélanie Perret, chef de projet à l’agence Sobeincentive. “C’est tout le côté convivial, découverte et gastronomique qui plaît dans le vin : pique-nique VIP dans les jardins d’une propriété sud-africaine, présentation des crus de Bohême à la Banque nationale du vin à Prague, initiation à la vendange et à la vinification dans un domaine viticole à Porto, conférence sur la peinture et le vin à San Sébastien, en Espagne… Les possibilités sont immenses !”

En Espagne comme au Portugal, rares sont les séjours incentive où les vins locaux ne sont pas à l’honneur grâce à des visites de chais, mais aussi de repas dans des bodegas et des intronisations. “Les régions de la Rioja, de l’Andalousie et du sud de la Catalogne sont particulièrement adaptées à ce type de demandes”, souligne Jaime-Axel Ruiz, directeur de l’office du tour isme d’Espagne. Ailleurs et particulièrement renommés : les vignobles de la région du Cap, en Afrique du Sud. “Ils attirent 90 % des groupes incentive séjournant au Cap”, affirme Tina Herold, responsable du département tourisme d’affaires à l’office du tourisme d’Afrique du Sud qui remarque que “près de 10 % souhaitent un itinéraire orienté exclusivement sur la thématique du vin et que les Français “faisant” la route du vin adorent la région de Franshoek où des Huguenots français se sont installés. À noter que la plus longue route du vin du monde se trouve en Afrique du Sud : la 62 !”Tina Herold souligne aussi que “les dégustations de vin sont aussi le prétexte à une approche de la culture sud-africaine avec au programme : visite d’un township, dîner chez un particulier suivi de la découverte des crus locaux…”

Jean-Emmanuel Simond, directeur d’Œnotropie ajoute “qu’à l’étranger, les dégustations de vins… français sont très courues. Par exemple, à Londres, nous organisons régulièrement pour des groupes incentive britanniques invités par des banques d’affaires ou des compagnies d’assurances des opérations découverte des cépages français.” Toujours à la recherche d’incentives novateurs, les agences ont de quoi proposer, tant en France qu’à l’étranger, des programmes particulièrement savoureux. Sans aucune modération.

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