Interview : Bertrand Gosselin, Directeur général de Thalys

Bertrand Gosselin, Directeur général de Thalys, fait un point sur la gestion de la crise sanitaire au sein de la compagnie ferroviaire, les démarches commerciales pour favoriser le retour de la clientèle affaires, et la progression des dossiers stratégiques comme la fusion avec Eurostar.

Bertrand Gosselin
Bertrand Gosselin, Directeur général de Thalys

La clientèle est-elle de retour à bord des Thalys ?

Bertrand Gosselin – Thalys est fortement touché par cette crise à l’instar des secteurs du tourisme et des transports. Nous avons été deux mois et demi quasiment sans chiffre d’affaires avant une relance progressive du trafic mi-juin. L’ensemble de nos services à bord a été rétabli à la rentrée, dont la restauration à la place en classe Premium. Après un été de reprise grâce au leisure nous comptions sur le retour de la clientèle affaires en septembre. En raison des mesures de télétravail et, surtout, de la reprise de la pandémie, le trafic est resté très en retrait avec quelque 8 000 passagers par jour contre 20 000 avant la crise. Et seulement à 40% de notre offre habituelle au 1er octobre soit 8 trains quotidiens entre Paris et Bruxelles, 5 jusqu’aux Pays-Bas et 2 vers l’Allemagne. Toutes nos routes sont toutefois desservies avec des trains tôt le matin ou tard le soir afin de permettre des allers-retours à la journée pour la clientèle business.

Quelles mesures ont justement été prises pour attirer les voyageurs d’affaires ?

Bertrand Gosselin – Il faut d’abord rappeler que les voyageurs professionnels peuvent voyager sans l’obligation de faire un test ou de se mettre en quarantaine. Notre rôle est d’encourager et d’accompagner la reprise économique des pays et territoires que nous desservons. Pour faciliter les déplacements, nous avons décidé d’assouplir notre programme Thalys Corporate Fares en le rendant accessible à toutes les entreprises sans aucun seuil de volume d’affaires annuel. Outre des réductions tarifaires dans nos différentes classes de voyage, cette offre apporte aux passagers des facilités d’échange et de remboursement ainsi qu’une souplesse d’accès à tous les trains de la journée sur une même ligne. Sans oublier l’accès au lounge Thalys à Paris-Nord et Bruxelles-Midi.

J’espère une reprise de l’activité en 2021 et un retour à nos meilleurs trafics en 2022

Comment envisagez-vous les prochains mois ?

Bertrand Gosselin – Nous sommes toujours dans l’œil du cyclone. Il n’y aura pas de retour à la normale sans vaccin contre la Covid-19. J’espère néanmoins une reprise de l’activité en 2021 et un retour à nos meilleurs trafics en 2022. En attendant, Thalys a pris des mesures pour réduire ses coûts en mettant fin par exemple à la location de plusieurs TGV. Nous avons toutefois maintenu la rénovation de nos 26 rames qui s’étalera sur trois ans. Les passagers pourront découvrir en fin d’année le premier train rénové qui leur apportera davantage de confort et de services à bord. La faiblesse actuelle des trafics va nous permettre d’être plus à l’aise quand chaque train partira faire sa cure de jouvence.

Le Covid a-t-il eu raison du projet de fusion avec Eurostar ?

Bertrand Gosselin – A long terme, la grande vitesse est appelée a un grand avenir en Europe en proposant une offre de transport plus écologique que l’aérien, de centre à centre, et un maximum de temps utile à bord pour travailler. Le projet de fusion avec Eurostar n’a pas été abandonné. Les travaux de rapprochement ont repris et nous comptons franchir la 1ère étape l’année prochaine. Ce projet stratégique permettra aux deux compagnies d’unir leurs forces et leurs savoir-faire. Nous pourrons ainsi offrir plus de destinations et de fréquences sur certaines dessertes.