Interview : Jean-Michel Nasse, Thai Airways

Thai Airways traverse une période charnière, avec un plan de restructuration qui doit assainir les finances de la compagnie aérienne. Plusieurs destinations européennes ont d'ailleurs vu le transporteur thaïlandais réduire la voilure. Jean-Michel Nasse, Directeur Commercial Passage France de la compagnie, fait un point sur la stratégie de Thai, sa situation sur le marché français, et la place du voyage d'affaires sur le réseau. 
Jean-Michel Nasse, Directeur Commercial Passage France de Thai Airways

Comment se comporte le marché français pour Thai Airways en 2015 ?

Jean-Michel Nasse – Depuis le début de l’année, le marché français est très « mou », surtout sur la partie « loisirs « . La Thaïlande peine à retrouver son niveau d’avant les événements politique de la fin 2013. Le revenu BSP global français sur cette destination pour la période janvier-mai 2015 chute de 18% environ, lorsque Thai Airways « ne chute que de » 13%, ce qui mécaniquement nous fait gagner des parts de marché. Mais cela reste une victoire à la Pyrrhus, bien loin des attentes que l’on avait pour 2015. Encore faut-il faire la part des choses. Sur Bangkok, entre janvier et mai 2015, la chute du BSP global français est de 20%, mais seulement de 5% pour Thai Airways, donc nous gagnons des parts de marché en passant de 23% de janvier à mai 2014 à 28% cette année. Le vol sans escale Paris-Bangkok reste un bon argument de vente, et le taux d’occupation se situe entre 75% et 80% sur cet axe. Paradoxalement, c’est sur le marché domestique thaïlandais que les choses vont moins bien, notamment sur Phuket où nous sommes fortement attaqués par la concurrence car nous battons à armes égales avec un stop obligatoire dans notre hub.

Qu’en est-il des vols avec escale ?

Jean-Michel Nasse – Sur les destinations au-delà de la Thaïlande, les choses sont plus favorables. Même si la Birmanie connaît un petit tassement que nous espérons passager, THAI reste le transporteur N°1 sur cet axe au départ de France avec 48% de parts de marché. Le Cambodge, le Laos et même le Vietnam sont très porteurs et nous commençons à nous développer doucement sur Manille.

Que représentent les classes avant dans tout ça ?

Jean-Michel Nasse – Le trafic « haute contribution » continue à bien se comporter. En Business Class, plus de 6 600 passagers nous ont fait confiance depuis le début de l’année dont près de la moitié a acheté son billet en France. En Première Classe, les résultats sont plus mitigés mais les ventes France se sont aussi renforcées pour atteindre 28% des ventes totales. Ça peut paraître faible mais le produit Première classe est beaucoup plus populaire en Asie.

Inauguration de l'A380 Thai Airways sur l'axe Paris-Bangkok

Quelles sont les conséquences du plan de restructuration pour la France ? 

Jean-Michel Nasse – Pour l’instant, le plan de restructuration touche essentiellement la Thaïlande. A Paris comme dans les autres stations dans le monde, nous sommes bien sûr invités à faire le maximum d’économie de fonctionnement, et les différents budgets sont revus à la baisse. Sur mai et juin, période traditionnelle de basse saison et de trafic faible, nous avons réduit nos rotations à 6 vols par semaine en supprimant le vol du mercredi pour nous adapter à la demande. Mais le service est toujours maintenu à son plus haut niveau. Madrid continue d’opérer pour l’instant mais en cas de réductions de fréquences, le marché français ne sera pas vraiment impacté car il n’y a pas de lien réel entre nos deux pays. Francfort et Londres ont ou vont connaître un réaménagement de leurs fréquences cette année. Francfort conserve son A380 quotidien en milieu de journée mais a abandonné le vol quotidien du soir depuis début mai. Londres va recevoir l’A380 au 1er juillet pour sa rotation quotidienne en remplacement du B747 habituel. Mais en contrepartie, là encore, la rotation du soir sera abandonnée. En France, rien ne change. Paris conserve son A380 quotidien sans escale.

Comment allier ambition et économies ?

Jean-Michel Nasse – Pour une compagnie telle que Thai, cela implique simplement de rationaliser le réseau, positionner plus d’avions sur les axes porteurs – qui se trouvent, il faut bien le dire, en Asie – et fermer des stations peu rentables ou réduire temporairement les fréquences. Il faut aussi adapter le type d’appareil sur d’autres destinations en attendant que le trafic reprenne. En parallèle, THAI se séparera d’ailleurs dans les prochains mois d’avions trop gourmands en énergie pour compenser l’arrivée d’appareils plus récents et donc plus économiques. Ce n’est rien de plus qu’une gestion saine de la flotte.

Quelles seront les clés du succès, notamment auprès de la clientèle affaires ? 

Jean-Michel Nasse – La clientèle Affaires veut de la flexibilité dans ses voyages, de la disponibilité pour être à son écoute, un choix large de prestations. Thai airways a tous ces atouts. Notre équipe est très attentive, très réactive, particulièrement Serge Rigal qui gère le portefeuille Grands Comptes et qui est en contact permanent avec les Travel Managers et les plateaux d’affaires qui servent nos partenaires. Je pense sincèrement que cette qualité d’écoute fait la différence, beaucoup plus qu’un niveau tarifaire, aussi attractif soit-il. Le service après-ventes est aussi très important. Lorsqu’on voyage, tout peut arriver. Il est donc rassurant de savoir que la compagnie qu’on emprunte sera toujours à votre disposition qu’elle que soient les circonstances. Thai Airways reste une compagnie accessible pour ses clients.

Allez-vous développer d’autres services, adaptés notamment à la clientèle affaires ?

Jean-Michel Nasse – Nous réfléchissons à différentes améliorations pour la clientèle Affaires, notamment un service Limousine mais il est encore trop tôt pour en parler en détail.

Avez-vous des informations concernant le projet d’un 3ème aéroport international à Bangkok ?

Jean-Michel Nasse – Je n’ai pas d’information à ce sujet. J’ai cru comprendre que l’aéroport d’U-Tapao près de Pattaya serait en phase d’expansion pour soulager l’aéroport Suvarnabhumi d’un certain type de trafic, notamment low-cost, mais je n’en sais pas plus. Ce qui est certain, c’est que Suvarnabhumi, qui a déjà atteint voire dépassé sa capacité maximale, devra se développer dans les prochaines années pour accueillir un flot croissant de passagers.

Inauguration de l'A380 Thai Airways sur l'axe Paris-Bangkok le 31 mars 2013