Interview : Matthias Suhr, DG Euroairport Bâle-Mulhouse-Fribourg

Directeur Général de l'Euroairport Bâle-Mulhouse-Fribourg, Matthias Suhr fait un point sur la situation, cible les grands axes de réflexion pour préparer l'ère du post-confinement, et évoque la concurrence du transport ferroviaire.

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Nouveaux flux passagers, séparation des points de contact, marquage au sol : l'EuroAirport se prépare au déconfinement (DR)

Quelles mesures concrètes physiques vont être prises pour respecter les distances de sécurité sanitaires et sociales, et sont-elles les mêmes en France et en Suisse ?

Matthias Suhr – Notre priorité absolue est de protéger la santé de nos passagers et de nos employés en adaptant nos procédures d’exploitation de manière appropriée. L’EuroAirport se conforme aux exigences prescrites par l’Agence Régionale de Santé en France et par l’Office Fédéral de la Santé Publique en Suisse et les met dûment en œuvre.
L’organisation détaillée des mesures concrètes à appliquer dès la reprise des activités est actuellement en cours d’élaboration avec la participation de tous les partenaires intervenant dans le dispositif. Elles comprennent par exemple l’adaptation des flux de passagers, la séparation des points de contact, par exemple avec des protections en plexiglas devant les guichets, des marquages au sol pour indiquer les distances à respecter, la mise à disposition de masques de protection et de désinfectant, le renforcement de l’intervention des équipes de nettoyage, etc.

Quelle sera la réorganisation des flux de passagers dans l’aérogare et autour de cette dernière ?

Matthias Suhr – L’organisation exacte des flux de passagers à l’aéroport est actuellement en cours de préparation et n’est donc pas encore terminée. Nous coordonnons les mesures avec tous les partenaires concernés, et nous nous appuyons sur les consignes des autorités et des associations d’exploitants d’aéroports ainsi que sur les procédures des compagnies aériennes.

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Quelles sont les premières perspectives pour la reprise du trafic, et quel avenir pour le low-cost ?

Matthias Suhr – L’aéroport reste ouvert pour tout type de trafic aérien. Actuellement, ce sont principalement des vols de fret qui ont lieu pour l’acheminement de marchandises vitales pour notre région, ainsi que des vols sanitaires et d’autres vols humanitaires. WizzAir dessert encore Budapest trois fois par semaine et a annoncé vouloir servir deux autres destinations ce mois de mai. KLM prévoit de reprendre des vols réguliers vers Amsterdam à partir de juin, à une fréquence faible, et easyJet a mis ses vols en vente pour l’hiver 20202/21 et Pâques 2021. Nous pensons cependant que le trafic aérien n’atteindra pas les mêmes volumes avant longtemps. La reprise du trafic de voyageurs dépend du moment où les autorités assoupliront leurs mesures et de la réouverture des frontières au trafic touristique. Nous devons également attendre de voir dans quelle mesure les compagnies aériennes reconstitueront leur offre et à quelle vitesse les passagers reviendront. En outre, nous partons du principe que le marché du transport aérien intra-européen sera ouvert avant les destinations non européennes, et que c’est le trafic de passagers visiteurs, c’est-à-dire le trafic de personnes rendant visite à leurs parents et amis qu’elles n’ont plus vu depuis des semaines, qui reprendra en premier. Et, dans une certaine mesure, les voyages d’affaires.

Le train pourrait-il de fait reprendre des parts de marché sur les lignes courte distance ?

Matthias Suhr – Pour ses liaisons internationales, le rail a également besoin de frontières ouvertes et elles restent fermées à l’heure actuelle. On peut constater que pour les liaisons point à point sur de courtes distances, le train peut déjà aujourd’hui représenter une alternative à l’avion. L’évolution des parts de marché en faveur du rail dépendra notamment de l’attractivité des offres et du comportement des voyageurs.