S. Colella (SITA): « des solutions technologiques pour fluidifier l’expérience des voyageurs »

Président Europe de SITA, fournisseur mondial de technologies de l’information pour l’industrie du transport aérien, Sergio Colella évoque des perspectives de croissance exceptionnelles pour le transport aérien. Et que son entreprise accompagnera pour fluidifier l'expérience passagers, des compagnies aériennes et des aéroports.
Sergio Colella, Président Europe SITA (Photo: DR)

Quel bilan tirez-vous de 2024 pour SITA ?

Sergio Colella – L’année 2024 a été exceptionnelle pour les voyages aériens, ce que confirme IATA. On aura l’an dernier de nouveau atteint les chiffres de l’avant Covid avec plus de 4 milliards de passagers. SITA en a bien sûr tiré profit. Ce fut pour nous une année faste avec une croissance de nos revenus de 7% à 8%. Elle s’est ainsi traduite par l’acquisition de deux entreprises. La première est Materna IPS, qui s’occupe du traitement des passagers pour les aéroports et les compagnies aériennes. Materna IPS s’affiche dans ce cadre comme le leader de la dépose automatique de bagages. La seconde acquisition est Asistim, un fournisseur de solutions pour les opérations de vol des compagnies aériennes. Enfin, nous sommes entrés l’an passé dans un joint-venture avec Columbia Shipmanagement (CSM), un gestionnaire de navires et fournisseur de services maritimes. De fait, c’est la première fois que nous touchons à l’activité maritime…

Les perspectives sont-elles aussi bonnes en 2025 ?

S.C. – Si je me réfère de nouveau aux prévisions de IATA, le trafic aérien pourrait atteindre 5,2 milliards de passagers cette année. Et atteindre quelque 8 milliards en 2040 en raison d’un taux annuel moyen de croissance estimé à 3,5%.

Pensez-vous que la croissance sera aussi forte en Europe où l’on constate une réticence plus grande des consommateurs à utiliser l’avion ?

S.C. – Vous avez raison de pointer l’Europe comme un marché particulier. Il faut cependant nuancer. Effectivement, on constate que l’opinion publique en Europe continentale – c’est-à-dire autour d’un noyau englobant entre autres la France, l’Allemagne, le Benelux ou la Suisse – questionne la durabilité du transport aérien. Ce qui se traduit par des mesures de taxation de certains gouvernements, ainsi que de certains aéroports qui décident de limiter des segments de trafic.

Mais, en Europe de l’Est, dans les Balkans ou encore en Europe du Sud, on constate un dynamisme très élevé. Regardez par exemple le boom du trafic aérien en Grèce ! Si le transport aérien doit se poser effectivement travailler sur une optimisation de son activité pour limiter son impact environnemental, on reste sur une dynamique de croissance. Preuve en est. Hormis l’Allemagne, la plupart des pays européens ont retrouvé leur niveau de trafic de l’avant-Covid.

SITA

Le check-in automatique en aéroport par SITA améliore la fluidité du parcours (Photo : SITA)

Comment SITA compte tirer parti de la croissance du transport aérien mondial ?

S.C. – Si les prévisions de IATA sont avérées, il est évident qu’il va falloir gérer de façon encore plus efficace le flux de passagers. Nous continuons donc de construire des solutions technologiques qui fluidifient l’expérience des voyageurs et permet une mobilité amélioriée.

Nous avons mené une enquête auprès de 7 000 passagers dans 25 pays sur tous les continents sur leur perception de la technologie. On constate qu’il existe une grande maturité technologique chez ces derniers. 90% des personnes interrogées indiquent utiliser la technologie pour leurs déplacements. 75% d’entre eux se sentiraient à l’aise pour stocker leur passeport sur leur smartphone. On obtient un chiffre quasi identique pour fournir leur identité numérique et biométrique avant un voyage. Les consommateurs estiment ainsi que le numérique est essentiel pour leur mobilité, l’usage de la biométrie et leur sécurité.

De quelle innovation SITA êtes-vous le plus fier ? Quelle innovation technologique considérez-vous comme un échec ?

S.C. – On est très fier d’avoir déployé un passeport numérique sur l’île néerlandaise d’Aruba aux Antilles. La technologie permet une fluidité du voyage sans équivalent. Car l’identité numérique peut être utilisée également à d’autres points du voyage tels que l’entrée au casino, l’enregistrement dans un hôtel, la location d’un véhicule ou encore pour la réservation d’un voyage en bateau.

L’échec le plus patent ? La technologie RFID de traçage de bagages par le biais d’une bandelette qui émet un signal radio. Cette solution n’a pas vraiment décollé. Elle est en effet trop coûteuse s’il faut l’appliquer à tous les bagages. D’autant que nous développons la solution AirTag d’Apple pour identifier le parcours des bagages.

SITA a développé un passeport numérique à grande échelle à Aruba aux Caraïbes néerlandaises (Photo: SITA)

Quel serait votre souhait personnel d’une technologie de voyage idéale?

S.C. – La technologie de rêve pour moi serait de contrôler la totalité de mon parcours en me donnant toute fluidité dans le déroulement. Comme par exemple, un bagage acheminé de mon lieu de départ jusqu’au lieu d’arrivée, d’une totale intermodalité avec tous les moyens de transport. Ce qui permettrait d’avoir un réajustement automatique de mes correspondances et parcours en cas de retard. Tout cela disponible sur mon smartphone, qui, intégrerait aussi mon identité numérique. Ce serait fantastique. Je pense qu’on pourrait arriver à un tel degré de fluidité d’ici 2030…