Interview : Stéphanie Auxenfans, directrice générale de Multiburo

Stéphanie Auxenfans, Directrice générale de Multiburo, livre son analyse sur le rapport au bureau, au télétravail et au coworking sur un marché français à fort potentiel, et en pleine évolution.
Multiburo
"Je pense que l'on va trouver un point d'équilibre autour de deux jours de télétravail par semaine" prévoit Stéphanie Auxenfans, directrice générale de Multiburo

A quels besoins entendez-vous répondre avec votre nouvelle offre Connect’Team ?

Stéphanie Auxenfans – Cela fait partie des conséquences des grands bouleversements des modes de travail que l’on vit depuis la pandémie, qui sont guidés principalement par le télétravail, dont la pratique s’est globalement maintenue. Nous venons de réaliser une enquête clients au printemps, selon laquelle 52% des personnes interrogées télétravaillent entre un et trois jours par semaine. Et 13% le font au moins quatre jours. Il y a donc des équipes projets qui fonctionnent quasiment intégralement en télétravail. Or tout le monde a désormais identifié le rôle du bureau, et les inconvénients qui sont liés au tout télétravail. On a donc imaginé une offre simple, sous la forme d’un abonnement, qui permet à une équipe fonctionnant majoritairement en télétravail de se retrouver chez Multiburo une journée par semaine. On leur aménage un espace selon leurs besoins, une grande salle de réunion le plus souvent, pour leur permettre de travailler ensemble. Cela leur donne un point d’ancrage hebdomadaire en physique pour se retrouver. Voilà le principe de Connect’Team.

Multiburo avait déjà lancé plusieurs offres pendant la crise. Ne couvraient-elles pas les besoins auxquels répond Connect’Team ?

Stéphanie Auxenfans – Ce qui diffère, c’est le système d’abonnement, et le fait que l’on prépare la salle différemment pour en faire une sorte de coworking privatif. Il s’agit de réserver une salle de réunions pour travailler ensemble. Ce n’est pas vraiment possible dans l’espace de coworking car il regroupe plusieurs entreprises différentes, et chez Multiburo le coworking est plutôt silencieux, avec quelques bulles pour téléphoner ou échanger. Avec Connect’Team nous proposons également à l’équipe de stocker des affaires entre deux journées de travail, et nous pouvons également leur louer des écrans, des claviers etc.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du rapport au bureau ?

Stéphanie Auxenfans
Stéphanie Auxenfans, directrice générale de Multiburo

Stéphanie Auxenfans – Dans les grands bouleversements qui ont eu lieu ces derniers mois, nous avons distingué trois nouveaux types de comportement. Le premier, que l’on n’avait pas forcément vu venir, concerne ces salariés qui sont mal installés en télétravail, et qui peuvent aussi se sentir isolés. Nos espaces peuvent leur permettre de télétravailler dans un espace Multiburo avec un abonnement de coworking, d’être bien installés, avec un vrai bureau, une bonne connexion, bref un lieu professionnel, ce qui est positif en termes de motivation. Il y a aussi beaucoup d’entreprises qui, avec le télétravail, se retrouvent avec des bureaux trop grands. Il y a donc un essor des solutions de coworking et de bureaux flexibles, avec des salles de réunions réservables à la demande, selon les besoins. Il y a une recherche non seulement d’économies mais aussi et surtout de flexibilité. Il y a aussi une forte reprise des déplacements avec la fin des contraintes réglementaires. Et Multiburo étant installé dans trois grandes gares parisiennes, l’activité réunions est complètement repartie, que ce soit en présentiel ou en format hybride, puisque nos salles sont équipées pour la visioconférence. L’envie de se retrouver, et de se déplacer pour cela, est complètement repartie. C’est rassurant. Les formations aussi, car c’est beaucoup plus agréable en physique, plus participatif. Les réunions en physique sont aussi beaucoup plus préparées qu’auparavant. Les petites réunions de service ont tendance à rester en format digital, dans la mesure où ces deux années nous ont appris à maîtriser tous ces outils de travail collaboratifs.

Nous avons un rôle à jouer car nous offrons une alternative au retour complet au bureau

Quelles sont vos projections quant au ratio entre télétravail et bureau ?

Stéphanie Auxenfans – Je pense que l’on va trouver un point d’équilibre autour de deux jours de télétravail par semaine. Les grandes entreprises tournent plutôt autour de trois jours. Mais le tissu économique est plutôt constitué, en nombre, de petites entreprises. Il y a aussi des fonctions pour lesquelles le télétravail n’est pas très pratique. Il y a donc un équilibre à trouver. Je pense que le « full remote », le 100% télétravail, sera rare, et réservé à des start-up, des entreprises liées aux nouvelles technologies. Le problème de l’immobilier de bureau, c’est qu’il est figé. Les entreprises sont engagées par des baux sur trois, six ou neuf ans, elles ont acheté des meubles… Elles sont un peu coincées et se tournent donc vers des opérateurs de coworking qui proposent de l’immobilier à la carte, un peu comme un hôtel sauf qu’il s’agit de bureaux au lieu de chambres. Nous avons un rôle à jouer car nous offrons une alternative au retour complet au bureau.

Cette demande inédite pour des tiers-lieux va-t-elle vous pousser à accélérer le déploiement de votre réseau ?

Stéphanie Auxenfans – Nous sommes toujours en veille, nous avons toujours deux ou trois projets en stock. Mais nous avons tout de même été très contraints pendant de longs mois, nous avons donc un peu différé nos projets. L’immobilier s’inscrit dans un cycle long. Pour mener à bien une ouverture, cela demande un an. Nous avons donc des projets pour le début de l’année 2023, plutôt en régions. Dans l’ensemble, le secteur du coworking va se diriger vers un grand maillage du territoire, pour accueillir des télétravailleurs, des équipes projets, des PME qui veulent rendre leur bail et alterner entre télétravail et coworking… C’est un secteur en pleine évolution en ce moment. Les entreprises ont bien compris qu’elles ne pouvaient plus garder un immobilier figé.

Comment vous positionnez-vous pas rapport aux autres acteurs du marché, dont certains ont opté des ouvertures de sites à très grande vitesse comme WeWork ?

Stéphanie Auxenfans – Multiburo est une grosse PME française, indépendante. Nous venons du monde des centres d’affaires, qui est le même métier : l’immobilier temporaire. Nous avons eu un développement classique, nous nous sommes mis au coworking, nous avons refait certains sites Multiburo, nous en avons ouverts de nouveaux. Nous ne jouons pas dans la même cour que WeWork, nous n’accueillons pas les mêmes clients non plus. Le positionnement n’est pas le même. Chez Multiburo, du fait de notre antériorité, de notre expérience en matière de centres d’affaires, nous avons un positionnement axé sur les services véritablement dédiés à l’activité de l’entreprise : on gère le courrier, les appels, on peut faire un service après-vente, du recouvrement, héberger des serveurs, préparer des réunions… Nous avons toute une panoplie de services d’assistance pour libérer l’entrepreneur qui peut ainsi ne s’occuper que de son business. Nous sommes aussi très axés sur la confidentialité, le confort. Nous n’avons pas du tout un mode communautaire très ouvert tel que peuvent l’avoir d’autres opérateurs. Beaucoup de gens vont chez WeWork pour l’aspect networking, relationnel : ils y vont pour croiser des gens. Notre promesse est différente, et les entreprises s’y retrouvent.

il y a de la place pour tout le monde

Beaucoup d’acteurs se sont lancés sur le marché français du coworking : trop selon vous ?

Stéphanie Auxenfans – Je donne souvent un exemple caricatural : quand la salade en sachet est arrivé dans les rayons des supermarchés, la salade classique n’a pas disparu pour autant… Sur un marché qui en plus ne fait que se développer car nous sommes en train de grignoter des parts de marché à l’immobilier classique, nous avons un potentiel énorme. Les entreprises revoient leur stratégie immobilière. Honnêtement, il y a de la place pour tout le monde. Je suis très vigilante sur notre positionnement, notre offre, notre manière de travailler. Je pense qu’il y aura de la concentration dans notre secteur, mais en même temps le marché est potentiellement très important. Si les entreprises basculent de l’immobilier classique vers des opérateurs de coworking le potentiel est immense. En Ile-de-France, le coworking se limite aujourd’hui à 3 ou 4% de l’immobilier de bureau. Et à 10% dans Paris centre. Tout le reste, c’est de l’immobilier classique.

Comment les entreprises choisissent-elles leur opérateur de coworking ?

Stéphanie Auxenfans – Le premier critère de choix, c’est l’emplacement. Avant de choisir entre Multiburo, Regus, Wojo ou WeWork, l’entreprise choisira avant tout un endroit très précis. Le deuxième critère repose sur la qualité des bureaux, notamment en termes de confort. L’entreprise choisit en fonction de ses besoins. Chez Multiburo, nous proposons véritablement du sur-mesure. Nous pouvons décloisonner ou recloisonner des espaces en fonction du besoin : nous sommes très souples. Tous les acteurs ne proposent pas cela. Je dis souvent à mes équipes qu’il faut aller chercher les clients qui nous correspondent. Je dirais que nous nous positionnons sur une offre quatre étoiles.

Les acteurs du coworking commencent aussi à gérer des étages de bureaux au sein même des entreprises : une piste pour Multiburo ?

Stéphanie Auxenfans – Tout à fait. Le bureau opéré est un segment que j’observe, un secteur très dynamique, sur lequel nous n’intervenons pas aujourd’hui. Je pense que quand nous aurons les ressources internes nous irons proposer nos services à des grandes entreprises. Car chez Multiburo nous avons l’expérience et l’expertise pour le faire.

« La crise sanitaire a considérablement accéléré le travail en espaces de coworking »

Multiburo vient de publier une étude clients pour mieux identifier le profil et les attentes des adeptes du coworking au printemps 2022. Il en ressort d’après ses auteurs que « la crise sanitaire a considérablement accéléré le travail en espaces de coworking ». En témoignent le nombre de clients ayant rejoint l’un des espaces Multiburo pour la première fois depuis moins de deux ans : 60%. L’offre de l’opérateur français serait particulièrement plébiscitée par de petites structures, un client sur deux (48%) évoluant dans une start-up ou une PME. Les grandes entreprises représenteraient quant à elles 30% des clients Multiburo.