Interview : Tiago Martins, Directeur commercial et marketing, Aigle Azur

Réseau, services, positionnement : Aigle Azur se réinvente depuis deux ans, explorant de nouvelles voies notamment sur le segment affaires. Entretien avec Tiago Martins, Directeur commercial et marketing de la compagnie.

Aigle Azur
Tiago Martins, Directeur commercial et marketing d'Aigle Azur

L’année 2018 a marqué un virage majeur pour Aigle Azur, peut-être le plus important depuis sa création : comment a été vécue cette transformation en interne ?

Tiago Martins – Depuis l’arrivée de notre Président Frantz Yvelin en 2017, nous avons travaillé avec les actionnaires et toutes les équipes d’Aigle Azur à un développement sans précédent de la compagnie. Depuis plus de 70 ans, la culture entrepreneuriale et l’esprit pionnier sont la force de notre entreprise et je veux remercier ici tous les salariés, qui sont aussi fiers et heureux que moi de continuer à réinventer Aigle Azur.

Quel bilan tirez-vous des deux réseaux sur lesquels s’est aventurée la compagnie : le domestique et le long-courrier ?

T. M. – Je tiens tout d’abord à réaffirmer la position d’Aigle Azur en tant que leader sur la desserte du pourtour méditerranéen et sa fidélité incontestée à ses marchés historiques que sont l’Algérie, le Mali, le Portugal et le Sénégal. L’expansion réussie vers le long-courrier, bien qu’inédite, a posé les jalons d’une stratégie de développement encore plus ambitieuse à moyen et long terme. Moins d’un an après le lancement de notre vol vers Sao Paulo, nous augmentons déjà les fréquences de vols. Nous avons suspendu la liaison Lyon-Nantes en raison d’un contexte économique et concurrentiel qui a fortement évolué depuis l’annonce de notre arrivée. Mais l’autre axe majeur de développement de la compagnie reste l’Europe, et nous continuons notre expansion en augmentant notamment nos fréquences au départ de Paris vers Moscou, et en ouvrant les lignes Marseille-Moscou, Marseille-Beyrouth et Paris-Kiev dès le début du printemps.

A Sao Paulo en particulier, quelle est le profil “type” de la clientèle ?

T. M. – Pour la desserte de Sao Paulo, nous bénéficions d’un apport de clientèle des deux côtés de l’Atlantique, notamment grâce à une politique tarifaire avantageuse et au développement de notre réseau et des partenariats avec des transporteurs français et européens, dont TAP Air Portugal. Enfin et surtout, nous bénéficions du plus important réseau de connexions aériennes en Amérique du Sud, grâce à notre partenariat avec Azul, ce qui implique naturellement un mix de clientèle loisirs-affaires. Nous proposons d’ailleurs un produit affaires exclusif, avec une cabine privative de 18 sièges-lits, un système de divertissement de dernière génération et des plats étoilés au départ de Paris.

Les nouveaux vols long-courrier visent des destinations affaires : le segment du business travel est-il donc la nouvelle priorité d’Aigle Azur ?

T. M. – La clientèle affaires a toujours fait partie de la stratégie de la compagnie depuis de nombreuses années, aussi bien sur ses marchés historiques que sur ses nouvelles destinations. La force d’Aigle Azur est de s’être adaptée à ce segment à travers une politique tarifaire très compétitive et un produit aux normes de qualité internationales, sièges-lits en long-courrier, services exclusifs sur les vols moyen-courriers et flexibilité et souplesse sur les vols court-courriers.

Aigle Azur
Aigle Azur entend doubler la part de sa clientèle dans ses appareils, et dans ses revenus

Pensez-vous adapter votre offre à cette clientèle affaires, en développant des services spécifiques et des contrats corporate avec les entreprises françaises ?

Tiago Martins – Nous avons déjà une offre Affaires complète que nous proposons à nos clients et à nos partenaires et sociétés, similaire à l’ensemble des autres transporteurs aériens, mais nous souhaitons aller plus loin. Nous sommes en phase de refonte totale de notre programme de fidélité, dont nous annoncerons les détails dans le courant de l’année.

Quelle est aujourd’hui la part de la clientèle affaires chez Aigle Azur, et jusqu’où pourrait-elle progresser ?

T. M. – Elle représente 1,5% des passagers mais 4,5% du revenu. Nous avons comme objectif de doubler ces chiffres.

Quand pensez-vous pouvoir proposer le Wi-Fi à bord, et comment sera-t-il commercialisé ?

T. M. – Nos deux appareils A330 sont équipés du système wifi Panasonic, que nous devrions activer très prochainement. Nous étudions la meilleure offre au meilleur prix.

Quelles seront les prochaines étapes de développement de la compagnie ?

T. M. – Nous sommes en pleine phase de croissance, donc nous étudions toutes les opportunités de développement à court, moyen et long terme. Après les ouvertures de lignes dévoilées récemment, d’autres annonces suivront en cours d’année.

Quand et comment se traduira l’adaptation du réseau court et moyen-courrier d’Aigle Azur pour s’interfacer avec les liaisons long-courrier ?

T. M. – Nous saisissons déjà toutes les opportunités de synergie de notre réseau, afin d’offrir à nos clients une expérience de vol Aigle Azur de bout en bout, puisque nous relions l’Afrique et l’Europe à l’Asie et à l’Amérique du Sud. Nous avons également signé des accords de partenariat avec Hainan Airlines, Azul, TAP Air Portugal, Corsair, Air Caraïbes et S7, et nous allons bientôt annoncer d’autres partenariats de ce type.

Aigle Azur ne rentre pas dans les cases habituelles du transport aérien (low-cost long ou court-courrier, compagnie traditionnelle, compagnie business…) : s’agit-il juste d’un état intermédiaire, jusqu’à ce que la compagnie ait globalisé et densifié son réseau ?

T. M. – Nous assumons parfaitement la diversité de notre offre, clairement comprise par nos clients et en cohérence totale avec nos marchés desservis. Il y a également une vraie cohérence de réseau bien plus qu’il n’y parait, qui combine une base historique de destinations avec une ouverture au long-courrier en accord avec des partenariats stratégiques et une volonté de se renforcer en Europe.

Comment envisagez-vous Aigle Azur dans cinq ans ? En termes de flotte, de réseau, de positionnement ?

T. M. – Le chemin parcouru depuis l’arrivée de notre nouvelle Direction Générale, il y a moins de deux ans, marque une volonté de progression sans précédent de la compagnie. Nous sommes la deuxième compagnie aérienne française en nombre de passagers transportés et nous ne comptons pas nous arrêter là. Ce n’est que le début d’une nouvelle aventure.