Syndrome coréen pour le transport aérien japonais

Alors que le gouvernement japonais est appelé à la rescousse financière pour sauver à la fois All Nippon Airways et Japan Airlines, on évoque dans l'entourage du premier ministre la possibilité de fusionner les deux transporteurs. A l'instar de ce qui va se produire en Corée entre Korean Air et Asiana.

Le Terminal 3 de Tokyo haneda (Photo: Arne Müseler / www.arne-mueseler.com)

Va-t-on assister à la naissance d’un autre méga-transporteur en Asie ? Les gouvernements asiatiques et leur obsession de garder leurs frontières hermétiques déciment le transport aérien dans la région. Et forcent à de nouvelles stratégies de survie. 

L’AAPA, association des compagnies aériennes de l’Asie Pacifique, le confirme. Elle vient de publier l’activité de ses membres en octobre. Et c’est une catastrophe. Les compagnies aériennes de la région n’ont recensé que 1,5 million de passagers internationaux. Soit à peine 4,9% de ce qu’elles avaient transporté en octobre 2019 (31,3 millions de passagers). La capacité en sièges s’établissait à 12,7% de la capacité d’octobre 2019. Le taux de remplissage sur les vols internationaux a atteint en moyenne 30%.

Le Japon n’échappe pas à la morosité ambiante. D’autant qu’une nouvelle vague de covid-19 frappe le pays. Entre le 31 octobre et le 2 décembre, le nombre de cas positifs est passé de 100 392 à 148 694 celui des morts de 1 755 à 2 139. L’horizon reste donc bien sombre pour les deux compagnies aériennes internationales que sont All Nippon Airways et Japan Airlines.

Une fusion à la japonaise?

Aussi, à l’instar de ce qui vient de se passer en Corée -avec la fusion annoncée de Korean Air et Asiana – le gouvernement japonais réfléchit à la création d’une compagnie aérienne unique constituée d’ANA et JAL.

L’idée de fusionner les deux transporteurs est venue de Heizo Takenaka, un ancien ministre et conseiller du Premier ministre Yoshihide Suga. Celui-ci estime que le renflouement financier des deux transporteurs par l’Etat aurait pour conséquence logique une fusion. D’autant qu’il s’agit des deniers publics.

Si fusion il y avait, elle créerait un nouveau méga-transporteur sur le continent, fort de plus de 100 millions de passagers.

Revers de la médaille : elle favoriserait la création d’un énorme monopole – en particulier sur les lignes internationales au départ de l’archipel nippon.

Et c’est là-dessus qu’une éventuelle concrétisation de cette fusion pourrait se heurter. Car avec plus de 127 millions d’habitants et 20 millions de voyageurs internationaux recensés en 2019, la coexistence de deux compagnies aériennes japonaises n’est pas une absurdité. Le marché est en effet suffisamment large pour soutenir deux transporteurs nationaux.

D’autant qu’il existe des intérêts financiers opposés, les deux transporteurs ayant un actionnariat différent. Aussi, aucune décision n’a encore été prise et l’idée n’a été lancée qu’officieusement. On ne peut d’ailleurs s’attendre à une quelconque décision importante de la part du gouvernement japonais avant 2021-au minimum. Entre temps, le trafic aérien aura peut-être repris un peu de hauteur…