Digitalisation et implantation au Kenya : interview d’Augustin Bonniol

Selon Augustin Bonniol, PDG d’ABC Expat, la pandémie a engendré au Kenya "un rattrapage dans la transformation digitale". Le point sur l'activité économique et le potentiel du marché avec le fondateur de cette société qui accompagne les entreprises dans leur implantation en Afrique.
Augustin-Bonniol-Kenya
Augustin Bonniol, fondateur de ABC Expat.

Comment analysez-vous l’impact de la crise Covid sur le tourisme d’affaires au Kenya ?

Augustin Bonniol – La pandémie a impacté le Kenya au même titre que l’Afrique et le reste du monde, le premier cas d’infection ayant été recensé le 12 mars 2020. Le gouvernement kenyan a immédiatement réagi avec plusieurs mesures strictes dès le 15 mars 2020 : fermeture des frontières sauf pour les Kenyans et les résidents, suspension du trafic aérien, fermeture des écoles, télétravail, etc. Le résultat, c’est que le dynamisme économique a subi un coup d’arrêt dans la mesure où plus aucun permis de travail n’était délivré par les administrations. Néanmoins, le Kenya a rebondi assez rapidement : les vagues de l’épidémie ont été maîtrisées et l’aéroport a ouvert à nouveau le 1er aout 2020 avec une réouverture progressive en demi-jauge des administrations. Pendant quatre mois, le pays s’est fermé : il n’y avait plus de voyages d’affaires, de créations d’entreprises ni de travailleurs expatriés. Mais au final, plutôt qu’une perte sèche d’activité, la crise sanitaire a davantage provoqué une mise en sommeil et engendré un report de l’activité économique. On notera quand même que beaucoup de directeurs de filiales sont repartis à la faveur de l’été 2020 mais, à la différence des années précédentes, certains postes n’ont pas été renouvelés depuis. On a pu observer dès août 2020 un fort rebond de l’activité économique grâce à la reprise du trafic aérien, l’arrivée de nouveaux expatriés, le redémarrage de projets d’investissements, etc. On en revient maintenant à des chiffres comparables à l’avant-Covid. A mon sens, le rôle de porte d’entrée du Kenya, de hub économique pour accéder aux pays d’Afrique de l’Est, a joué ici un rôle déterminant.

La crise n’affecte pas vraiment le dynamisme économique du Kenya, mais son impact entrave les déplacements internationaux en Afrique

Pourtant, les déplacements dans la région ne sont pas revenus à la normale ?

A. B. – Effectivement, il faut toujours prévoir un test PCR, obtenir un QR code et tout cela nécessite beaucoup de préparation et génère beaucoup de stress à l’approche de tout déplacement international. Par exemple, je devais me rendre en Ouganda récemment en passant par Nairobi. Les autorités ougandaises ont dressé une liste de dix pays – parmi lesquels le Kenya – pour lesquels des contrôles complémentaires étaient obligatoires : à défaut d’être vacciné, il fallait faire un test PCR au départ mais également à l’arrivée. Donc, un déplacement d’affaires de 48h avec la perspective de passer une demi-journée dans un centre de test Covid devient très compliqué. La crise n’affecte pas vraiment le dynamisme économique du pays, mais son impact entrave les déplacements internationaux en Afrique, même si le Kenya a été efficace et clair dans ses normes de déplacements aériens et que le pays tire plutôt bien son épingle du jeu pour les voyages d’affaires.

Comment les entreprises ont-elles réagi à la crise ?

A. B. – Beaucoup de start-up et de PME ont mis à profit le temps du Covid avec le télétravail pour effectuer un rattrapage au niveau de leur transformation digitale. En Afrique, beaucoup de PME fonctionnent encore avec les systèmes un peu plus traditionnels de communication, les emails, WhatsApp ou des documents Word, Excel. Un certain nombre d’entreprises ont investi pour améliorer leurs procédures internes et se retrouver en sortie de crise avec de nouvelles innovations de produits et de meilleures solutions à offrir à leurs clients. Notre société, ABC Expat, a ainsi investi dans une nouvelle plateforme digitale, un investissement assez important sur lequel nous avons travaillé six mois et qui va permettre à nos clients de piloter leurs projets d’implantation et de développement en Afrique entièrement à distance avec une information disponible à tout moment. Nous ne sommes pas les seuls : au Kenya, beaucoup d’entreprises se sont tournées pendant la crise vers des investissements en faveur de l’innovation.

Comment avez-vous vu évoluer les besoins de vos clients que vous aidez à s’implanter en Afrique de l’Est depuis la création de votre société en 2015 ?

A. B. – Il y a un besoin fondamental qui demeure, celui d’accéder à un marché potentiel. Beaucoup d’entreprises comprennent le potentiel du marché kenyan et africain, mais le Kenya comme l’Afrique a certains codes nécessaires pour faire des affaires et réussir. Accéder à l’information, les réseaux et l’expertise sont les trois obstacles principaux auxquels se heurtent les investisseurs étrangers en Afrique. L’immigration par exemple a des procédures qui changent très régulièrement et il est très difficile pour les entreprises de s’y retrouver. On a vu ces dernières années que la plupart des échecs d’implantation sont liés au choix de partenaires locaux qui n’ont pas l’expertise ou l’intégrité ou la vision globale nécessaires et se transforment finalement en une nouvelle barrière à l’entrée. Or, il est facile de s’implanter au Kenya et en Afrique de l’Est quand on a la bonne information, les bons réseaux et la bonne expertise. Avec professionnalisme, nous offrons aux organisations qui veulent s’installer dans la région un service d’accompagnement à des standards internationaux pour créer des ponts entre les cultures et les hommes.