Lagos : des bidonvilles aux îles artificielles

Lagos entend de se muer en Dubaï africain en dupliquant dans sa lagune le modèle de gigantesques îles artificielles.

Eko Atlantic City
Eko Atlantic City

Installée en bord de lagune, Lagos a toujours attiré une population migrante qui s’est installée dans des bidonvilles au pied de l’eau, certains étant de véritables cités lacustres. Un univers à des années-lumière du cœur des affaires et du commerce, c’est à dire les deux petites îles de Lagos et Victoria où seuls les super riches ont les moyens de s’installer. Quant au résident moyen, il doit le plus souvent se contenter d’un appartement situé dans les terres, souvent au prix de deux heures de trajet quotidien dans une circulation épique. Cela explique le dynamisme des bars où l’on trouve de jeunes professionnels trentenaires qui préfèrent patienter en attendant la fin de l’heure de pointe, mais aussi l’essor effréné du secteur de la construction.

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La population de Lagos est tout d’abord gonflée par la migration intérieure, puisque le Bureau national des statistiques estime que 260 000 personnes arrivent chaque jour dans la ville et que pas plus de 25 % en repartent pour regagner leur lieu d’origine. Ce phénomène est amplifié par un baby-boom qui devrait conduire au triplement de la population d’ici 2050.

Après s’être longtemps développée dans un axe nord-sud, la mégapole s’étire maintenant tout le long de la côte, et même au-delà, grâce à d’énormes travaux de réclamation sur la mer. Ce vaste chantier a débuté après 2007, lorsque les autorités de la ville ont réalisé que l’océan commençait à gagner sur certaines zones urbaines. D’où le début de gigantesques projets d’iles artificielles sur le modèle de Dubaï. Premier projet pour lequel les opérations de dragage ont commencé en 2009, Eko Atlantic City va s’élever sur une île artificielle de 820 ha de superficie le long de la côte Atlantique, face à l’île de Victoria où le littoral subit une importante érosion. La crise ayant fortement déprimé le secteur immobilier, seulement deux des cinq tours Eko Pearl sont actuellement finalisées. Toutefois la demande est bien au rendez-vous, puisque les lots qui offrent une sécurité 24h/24, des cours de tennis, une piscine et des chambres pour le personnel de maison ont déjà presque tous trouvé acquéreurs. A terme, l’ensemble se propose de loger 250 000 personnes et d’accueillir 150 000 personnes dans des bureaux.

L’île, qui accueillera aussi un centre commercial, constituera une barrière de protection contre l’avancée de l’océan et protégera le principal quartier d’affaires de Lagos qu’est l’île de Victoria. Eko n’est pas la première expérience de Lagos en la matière puisqu’il existe déjà une autre île artificielle, l’île Banane, dont la forme est celle du fruit éponyme. Un univers hautement sécurisé qui abrite les résidences des ultra riches du Nigeria. D’autres projets se développent parallèlement à grande vitesse sur les îles artificielles de Gracefield – un nouveau complexe résidentiel de 10 000 appartements) -, mais aussi sur l’île Apple, s’étendant sur 45 hectares, elle-même voisine de l’île Orange, de 150 hectares.

Pour compléter ces projets immobiliers, Lagos a également besoin de rénover ses infrastructures. La zone du port, qui apporte 70 % des recettes douanières du pays, est perpétuellement congestionnée, une situation encore aggravée par les multiples chantiers en cours dans la ville. Alors que la construction d’un nouveau port ne devrait pas débuter avant 2020. Lagos cherche des alternatives pour libérer les routes, notamment le transport fluvial. La région envisagerait ainsi d’acquérir des ferries et de construire de nouveaux embarcadères.

La ville a également entamé dès 2008 une rénovation de son réseau de transports urbains pour améliorer les déplacements des habitants, jusque-là totalement dépendants de flottes de taxis informels. Lors d’une seconde phase épaulée par la Banque mondiale et l’Agence française de Développement, ce système de Bus Rapid Transit s’est étendu à un couloir de 13 kilomètres pour relier la ville satellite d’Ikorodu au moyen d’une flotte de 300 bus. Le projet a également financé la rénovation et l’élargissement de la route de quatre à six voies, mais aussi la construction de passages piétons aériens, d’un dépôt de bus et de gares routières. Plusieurs quartiers de la mégapole ont ainsi gagné en accessibilité et sécurité depuis la réalisation de l’extension.

Parallèlement, l’Etat de Lagos a lancé l’été dernier le chantier de la rénovation de la route menant à l’aéroport international de la ville, le huitième hub d’Afrique. Les automobilistes vont disposer de trois voies dans les deux sens, ainsi que deux voies de service et d’urgence. Ce qui devrait considérablement améliorer la durée du trajet vers et en provenance du centre-ville situé à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport. L’Autorité fédérale des aéroports du Nigeria a annoncé l’an dernier qu’après un long retard dû à la récession économique, un nouveau terminal en construction allait enfin être mis en service.