
Pour la septième année, Interface MICE vient de publier son enquête consacrée au tourisme d’affaires en France. Intitulée « The French MICE Market : 2026 Trends, Key Figures & Projections », celle-ci repose sur la participation de 90 professionnels du secteur : responsables d’agences MICE et de communication, acheteurs, meeting planners, associations…
Six ans après le Covid, l’étude révèle plus que jamais l’envie de reconnexion entre les professionnels, que cela soit au travers de séminaires, soirées, salons, congrès ou incentives. En 2025, le présentiel écrasait donc tout, jusqu’à représenter 93% des évènements selon les personnes interrogées. Les évènements hybrides (10%) et uniquement virtuels (2%) ont désormais moins la côte. Les opérations réalisées ont eu pour but de renforcer la cohésion d’équipe (à 75%) et de faire passer des messages (à 65%).
Les agences confient avoir bénéficié de la fidélité de leurs entreprises partenaires (à 75%) tout en signant de nouveaux clients (41%) et en répondant à des appels d’offres (40%). « Les agences fidélisent de plus en plus leurs clients. Cela permet la mise en place d’une relation de long terme », estime Tahina Randriamandranto, le directeur du département MICE de l’agence de relations publiques Hopscotch Tourism France (ex-Interface Tourism) qui a mené cette étude. Et en a présenté ce matin les résultats devant un parterre de représentants de destinations nationales et internationales.
Un contexte géopolitique qui fait préférer l’Europe
Alors que l’enquête a été réalisée en janvier, soit avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, ses résultats montrent que les professionnels privilégient de plus en plus les destinations sécures. Les pays de l’Union européenne, en premier lieu (à 81%), sont les plus recherchés pour organiser des évènements, la France en tête (à 75%) devant l’Espagne, l’Italie, le Maroc, le Portugal, voire les Etats-Unis. Les USA ont ainsi maintenu leurs positions en 2025, les opérations réalisées ayant souvent été réservées avant ou au début du second mandat de Donald Trump.
L’intérêt pour l’Europe s’est renforcé depuis le début du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran qui a entrainé d’abord le report puis l’annulation des opérations programmées prochainement dans les pays de la zone (Qatar, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite…). Une guerre qui impacte également les déplacements entre plusieurs parties du monde et notamment les opérations prévues en Asie avec un transport des participants assuré par les compagnies du Golfe persique. « Le coût de l’aérien qui s’envole pourrait défavoriser cette année les destinations lointaines au profit de l’Europe, estime Tahina Randriamandranto. C’est aussi une opportunité pour d’autres destinations, les acheteurs étant à la recherche de nouveautés ». Les ouvertures de lignes aériennes jouent ici à plein.
La RSE au cœur des opération Mice des entreprises
La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) étant devenue la norme pour les entreprises, la question de la durabilité est au cœur du montage des opérations que cela soit dans les déplacements, le choix des hébergements ou des prestataires à destination. Ainsi, les responsables Mice estiment que 53% des évènements sont « responsables » avec notamment le choix prioritaire du train au détriment de l’avion pour se déplacer (à 58%) et une sélection d’activités impactantes et solidaires pour le territoire accueillant l’évènement.
La crise actuelle devrait venir renforcer le choix d’une destination accessible en train, en France ou en Europe (Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Suisse…). « La RSE est devenue la clé pour proposer une destination. C’est un volet obligatoire du dossier si celle-ci veut être considérée par une entreprise. C’est à l’agence de trouver les bons arguments pour faire la différence », insiste-t-il. Comme une mise en avant des labels et certifications décrochés par la destination, l’hébergeur choisi et les prestataires (activités, traiteurs, lieux…).
Les budgets restent maitrisés
Ces choix liés à la RSE ne doivent toutefois pas entrainer une envolée de la facture selon les réponses. Les budgets sont d’ailleurs restés stables pour 40% des professionnels interrogés en 2025, voire en légère baisse (pour 31%). Pour 47% des répondants, ceux-ci se situaient entre 300€ et 500€ par jour et par personne, hors transport, pour 28% entre 500 et 700€ et pour 21% entre 100 et 300€. « Tout dépend de la destination, de la durée de séjour, du programme et de l’objectif du voyage », assure Tahina Randriamandranto.
La taille des groupes est également plutôt à la baisse, le cœur du marché réunissant des formations de 30 à 70 personnes (à 39%). Les durées moyennes n’ont pas évolué, de 3 jours/2 nuits (61%) ou de 2 jours/1 nuit (32%). Si les organisateurs privilégient les établissements classés 4* pour le séjour, les hébergements atypiques progressent afin de proposer une expérience plus originale à destination. Sans surprise, l’hébergement retenu dispose majoritairement d’un espace Mice (à 62%) et se caractérise par son accessibilité (40%) et ses actions environnementales (37%).
Privilégier les professionnels locaux
Les organisateurs ont très majoritairement recours à des DMC, des offices du tourisme et de congrès ou des bureaux de convention dédiés (à 82%) afin de gagner du temps, mais aussi pour trouver les meilleurs offres et activités grâce à des prestataires fiables, et respecter les contraintes environnementales et financières. « Outre l’organisation classique, ils apportent des conseils, de l’inspiration et des expériences ». Ce recours à des partenaires locaux est souhaité par les agences quand la destination est encore peu connue sur le marché, ce qui n’est pas le cas de Marrakech ou de Chypre.
« Les agences ont resserré leurs propositions autour de deux destinations (à 57%) contre 3 ou 4 auparavant, analyse-t-il. Un brief mieux qualifié en amont permet de proposer moins de destinations. C’est aussi un grain de temps pour l’agence ». Le responsable de l’étude note « qu’entre deux destinations, le choix se portera sur celle qui apporte une subvention à l’accueil et l’organisation de l’opération. Ces aides financières accordées par un office du tourisme ou un convention bureau sont décisives dans une période où les budgets sont contraints ».
L’éductour demeure le moyen privilégié par les agences pour découvrir une destination (74%) devant les soirées ou déjeuner de présentation, les salons, workshop et newsletter. « L’éductour assure le meilleur ROI pour une destination ou un hébergement, souligne Tahina Randriamandranto qui note un essor des voyages de familiarisation impliquant une participation financière de l’agence (de 200€ à plusieurs milliers d’euros selon la destination et la durée du voyage). Le fait de demander cette participation n’impacte pas la participation et permet d’éviter les no show. Cela garantie en outre un meilleur engagement des agences qui sont véritablement intéressées par l’éductour ».
Au final, si certaines destinations nationales et européennes présentes ce matin observent une augmentation des demandes des agences, les éventuels reports ne sont pas identifiés. Les destinations lointaines espèrent que les vols directs depuis l’Hexagone permettront de limiter la baisse d’activité qui pointe à l’horizon. Les éléments clé dans la prise de décision demeurent en effet le budget, l’accessibilité et la RSE. Le calendrier s’annonce enfin plein d’imprévus cette année. Alors que les opérations étaient signées de 6 à 12 mois en amont, les délais devraient sensiblement se réduire, en lien avec les reports d’évènements initialement programmés au Moyen-Orient ou au bout du monde.


















