New York souffre plus de la crise liée à la pandémie que toute autre ville des Etats-Unis. C’est la conclusion d’une enquête très fouillée du New York Times, publiée le 21 juin. Selon les chiffres communiqués par le quotidien, New York a perdu 11,8% de ses emplois entre février 2020 et avril 2021. A comparer à une moyenne américaine de 4,4%. La ville se situe loin devant Los Angeles (-10,5%), San Francisco (-10,3%), Boston (-9,9%) ou encore Chicago (-6,7%).
Disparition de la manne des cols blancs
Les journalistes qui ont enquêté dans la ville pensent en effet que la très grande dépendance de New York aux déplacements liés au travail et au tourisme sont actuellement un obstacle à sa reprise économique. Ils estiment que des milliers d’emplois dans les restaurants, bars, magasins et points de vente dans la rue sont en effet liés à la présence d’un million de « commuters » travaillant quotidiennement à Manhattan.
Or, selon le « Partnership for New York City », un groupe de promotion économique, seuls 12% des employés étaient de retour à Manhattan à la fin mai. Le chiffre devrait atteindre 29% fin juillet avec la normalisation du quotidien. Pourtant, Partnership for New York City s’attend à ce que seulement 62% des employés de bureau soient en présentiel à la fin septembre. Et encore, 71% des entreprises ne feraient venir leur personnel que trois fois par semaine.
Une situation qui met donc en danger des centaines d’entreprises. Car ce chiffre de 62% se traduit en fait par la disparition en ville de 300 000 consommateurs. Les autorités estiment que près de la moitié des PME dans le secteur de la restauration ou du tourisme ont d’ailleurs déjà disparu.
Même constat pour la manne touristique qu’était Manhattan. Selon l’office de tourisme NYC & Company, New York avait attiré 66,6 millions de visiteurs en 2019. Le nombre de visiteurs internationaux s’établissait à 13,5 millions, en légère baisse par rapport à 2018. Royaume-Uni, France et Allemagne étaient les trois premiers marchés émetteurs européens.
Le tourisme international en déshérence
Le voyage d’affaires représentait pour sa part 20% de toutes les arrivées en 2019 – soit 13,6 millions de voyageurs. Le tourisme générait ainsi plus de 47 milliards de dollars de dépenses directes, dont 23,1 milliards des marchés internationaux.
Le poids du tourisme a – sans surprise – fortement diminué en 2020. L’an passé, New York a accueilli seulement 22,3 millions de voyageurs, en recul de 67%. La chute est encore plus brutale pour le tourisme international. Les 2,4 millions de visiteurs internationaux – essentiellement concentrés sur les mois de janvier et février, représentent ainsi un recul de plus de 82,2%. Là encore, une baisse qui affecte tout le secteur du voyage – des compagnies aériennes aux hôtels en passant par les taxis ou restaurants.
La NYC & Company se montre relativement peu optimiste sur une rapide reprise internationale. Selon ses projections, le nombre total d’arrivées devrait s’établir à 36,4 millions cette année – dont seulement 4,6 millions d’arrivées internationales. New York renouerait avec un niveau d’arrivées similaires à 2019 seulement en 2023.
Cependant, la reprise serait encore plus lente pour le tourisme international. Celui- ci ne retrouverait son niveau de 2019 qu’entre 2024 et 2025. En 2022, il atteindrait ainsi 8,3 millions de visiteurs et 11,2 millions en 2023.
Même évolution lente pour le voyage d’affaires. Il était tombé à 3,3 millions de visiteurs en 2020 – soit une part de marché de 14,8% de toutes les arrivées. Il ne devrait pas retrouver son niveau de 2019 avant 2025 selon la NYC & Company.
Le lent retour des visiteurs internationaux comme du voyage d’affaires pourraient continuer de plomber longtemps le devenir économique de la mégapole américaine.
Sauf si Joe Biden entrouvre finalement ses frontières, notamment aux voyageurs européens. Le Président américain avait évoqué en mars la possible réouverture des frontières en mai. Depuis, l’administration Biden fait montre d’un silence assourdissant. La pression monte au sein des lobbies hôteliers et aériens pour, a minima, la publication d’une feuille de route sur une réouverture internationale. Avec en filigrane un possible desserrement de l’étau en septembre…