Le Japon botte en touche autour de sa réouverture

Le Japon poursuit sa politique d'ouverture à tout petits pas. Le pays autorise l'entrée des citoyens de 106 nations à partir du 8 avril. Une mesure plus cosmétique que réelle...
Japon
La pagode Chureito et le Fujiyama hors de portée pour la plupart des voyageurs (Photo : Dang Son, CC0, via Wikimedia Commons)

Le gouvernement japonais continue de faire la sourde oreille aux appels de la communauté d’affaires du pays. Cette dernière demande une totale réouverture du Japon, alors que le reste de l’Asie – à l’exception notable de la Chine – accueille de nouveau les visiteurs internationaux. Les entreprises japonaises et étrangères basées dans le pays estiment que la poursuite de la politique de fermeture du pays marginalise de plus en plus le Japon.

Le gouvernement vient cependant de faire deux concessions. Mais toujours a minima. Dans un communiqué publié mercredi 6 avril, le gouvernement a déclaré que le Japon allait « lever l’interdiction d’entrée sur le territoire de 106 pays« . Une information qui a pourtant semé la confusion. Et surtout donné le faux espoir que les touristes pourraient bientôt déambuler au Pays du Soleil Levant.

Des changements cosmétiques

« En réalité, il n’y aura aucun changement concernant les personnes autorisées à entrer au Japon« , a déclaré un fonctionnaire du ministère de la Justice au quotidien de langue anglaise, Japan Times. « Il n’y aura pas de nouvelle catégorie de personne qui pourra entrer au Japon à la suite de ce changement« , a poursuivi le fonctionnaire. Ce qui veut dire que seuls les étudiants étrangers, chercheurs et hommes d’affaires pourront obtenir un visa. Les visiteurs pour motif touristique devront encore patienter, et ce probablement longtemps.

Ce dernier cas illustre à quel point il est difficile de s’y retrouver dans la formulation bureaucratique des restrictions d’entrée au Japon, l’une des plus compliquées qui soit pour un étranger souhaitant venir dans le pays.

La seule nouveauté est le fait que 106 pays sont désormais classifiés au « Niveau 1 » des risques d’infection. Ce qui signifie que l’on peut (officiellement) venir de ces pays. Seront notamment inclus la France et une grande partie de l’Union Européenne. A partir du « Niveau 3 », le ministère de la justice interdit automatiquement les arrivées en provenance de ces pays.

Dans les faits, le nombre d’arrivées en provenance de l’étranger reste toujours limité. Le pays a fixé un quota de 7 000 arrivées internationales par jour. Dès lundi 11, cette limite sera relevée à 10 000. Les autres mesures – test PCR, quarantaine de trois jours – subsistent.

Le tourisme tué par l’opinion publique

Le peu d’empressement à cette réouverture est purement politique. L’agence d’informations Bloomberg indiquait dans un article que plus des deux tiers des Japonais soutiennent la politique de restriction du gouvernement, nourri par de vieux démons nationalistes qui depuis toujours agitent l’archipel nippon. Beaucoup de Japonais contestaient par exemple l’envolée du tourisme ces dernières années, vécue comme une invasion par beaucoup.

Une position qui est combattue par les professionnels du tourisme dans le pays. Le tourisme au Japon avait en effet connu une remarquable progression durant la dernière décennie : de 6,22 millions de voyageurs internationaux à 31,88 millions en 2019. De nouvelles infrastructures, dont de nombreux hôtels avaient accompagné ce développement. Le nombre d’hébergements était ainsi passé de 81 400 en 2011 à 88 900 en 2019. Même constat pour le tourisme d’affaires. Le nombre de congrès internationaux avait ainsi bondi de 1 892 en 2011 à 3 621 en 2019.

La réalité Covid a détruit ce remarquable essor. En 2021, le pays aura accueilli 245 862 voyageurs internationaux. C’est moins qu’en 1964, également année des Jeux Olympiques qui avait accueilli 352 832 visiteurs étrangers!