Interview : Salam Al Shawa, Qatar Airways

Comment se porte le trafic aérien sur le hub de Qatar Airways à Doha ? L’arrêt des lignes aériennes vers quatre pays a causé une baisse de trafic. Mais la compagnie compte se relancer en accélérant l’ouverture de nouvelles lignes, comme l’explique Salam Al Shawa, Vice-Présidente Senior Marketing et Communications Corporate de Qatar Airways.

Qatar Airways
"Nos vols ont continué à fonctionner normalement après le blocage illégal du début de juin 2017", assure Salam Al Shawa chez Qatar Airways

Le hub de Doha a-t-il été réorganisé suite à l’isolement du Qatar et à la réacheminement des vols à travers de nouvelles voies aériennes ? Les connexions ont-elles souffert ? Les transferts de trafic de passagers et le trafic général de passagers sont-ils affectés ?

Salam Al Shawa – Mis à part les quatre pays que nous ne desservons plus, la grande majorité de nos vols ont continué à fonctionner normalement après le blocage illégal du début de juin 2017, sans bouleversements du programme de vols ou des itinéraires. Comme nous travaillons en permanence à l’optimisation de nos vols pour une efficacité maximale, l’impact a de fait été minimal sur les temps de vol.

Notre trafic de passagers continue de se renforcer à mesure que nous accélérons les lancements de lignes vers de nouvelles destinations, l’aéroport international de Hamad accueillant plus de 38 millions de passagers par an.

Certains marchés ont-ils souffert des événements de juin, notamment avec des délais de vols rallongés ?

S. A. S. – En fait, nous avons seulement enregistré une augmentation du temps de vol sur trois destinations : Sao Paulo, Khartoum et Lagos, sur un total de plus de 150. Les autres destinations de Qatar Airways n’ont souffert d’aucun ou de peu de retard, 90% de nos vols continuant à partir à l’heure. Les vols sur l’Europe et les États-Unis, de même que ceux vers l’Asie maintiennent les mêmes parcours et les mêmes temps de vol qu’avant les événements de juin.

Quels sont les pays vers lesquels se redéploie Qatar Airways, pour compenser les pertes de capacités sur les Emirats, l’Egypte et l’Arabie Saoudite ?

S. A. S. – Notre stratégie est de poursuivre notre expansion, mais elle s’effectue désormais sur une base accélérée, avec de nouveaux lancements et des augmentations de fréquences annoncées pratiquement chaque semaine. Nous venons d’ajouter des vols supplémentaires vers Kiev, Prague et Sohar (Oman) en août et augmentons également nos fréquences sur des lignes comme Colombo, Moscou, Ho Chi Minh Ville et Krabi. Nous avons aussi inauguré un vol sans escale sur Hanoi. Nous allons débuter en décembre une nouvelle ligne sur Chiang Mai. Nous offrirons ainsi 60 fréquences hebdomadaires sur la Thaïlande.

Nous lançons cette année notre nouvelle classe affaires, un produit révolutionnaire digne d’une première classe

Le trafic premium est-il plus touché par les incertitudes économiques ?

S. A. S. – Notre trafic haut de gamme demeure robuste et continue de croître. Les passagers ont d’ailleurs plébiscité notre classe affaires en la désignant comme la meilleure classe d’affaires au monde au Skytrax Awards 2017. Nous lançons cette année notre nouvelle classe affaires, un produit révolutionnaire digne d’une première classe affaires et baptisé « Qsuite ». Nous offrirons un lit double, le premier genre en business. Des panneaux amovibles permettent aux passagers de créer un espace privé sur quatre sièges et de le transformer en un lieu convivial à partager avec une famille, des amis ou des collègues. Ce qui permettra à nos passagers de travailler, de dîner et de socialiser. Ces nouvelles fonctionnalités permettent enfin de créer un environnement adapté aux  besoins uniques de chaque passager.

Qu’attendez-vous de la nouvelle politique d’assouplissement de visa du gouvernement du Qatar ? Cela pourrait-il être un véritable coup de pouce pour les flux de passagers ?

S. A. S. – Les modifications récentes apportées à la réglementation des visas pour le Qatar vont renforcer l’attrait de la destination en tant que centre d’affaires et de loisirs. Nous devenons leader pour notre politique d’ouverture aux visiteurs dans la région. Le Qatar émerge d’ailleurs depuis plusieurs années comme un centre d’événements sportifs et d’expositions, accueillant des manifestations de niveau mondial comme les Championnats du monde de handball, sans parler de la prochaine Coupe du Monde de la FIFA 2022, Qatar Airways est fière d’avoir un rôle leader pour relier le monde au Qatar.

Doha Hamad Airport
Le temps de vol depuis Doha n’aurait augmenté que sur Sao Paulo, Khartoum et Lagos

Quelle ambiance à l’aéroport de Doha Hamad International ?

Ambiance totalement normale sur l’aéroport de Doha, trois mois après la suspension des lignes avec l’Arabie Saoudite, le Bahrein, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et le Yémen. Les flots de passagers en transfert sont constants, les immenses salons Affaires et Première de Qatar Airways sont remplis de passagers qui se reposent, déjeunent ou regardent la télévision. « L’impact de l’interdiction sur le trafic a été relativement court. Il est vrai que nous avons perdu une importante part de trafic avec l’arrêt des lignes sur Bahrain, l’Arabie saoudite et les Emirats, qui représentaient près de 20% du total passagers. Mais nous constatons une augmentation importante des voyages de la part des Qatari. Et puis, Qatar Airways a fortement augmenté ses fréquences vers l’Asie ou l’Europe, ce qui stimule le trafic de correspondance », assure Nina Matthews, des relations publiques de l’aéroport. Les experts aériens estiment cependant que Doha devrait sur le court terme perdre 25% de ses mouvements passagers.

Selon les quelques statistiques communiquées par les autorités aéroportuaires, l’aéroport d’Hamad International a accueilli au premier semestre 19 millions de passagers, avec une hausse de 8% sur la même période de 2016. Le blocus sur le Qatar ne se traduit pas encore dans ce chiffre, puisqu’il est intervenu sur la seconde semaine du mois.

Selon les statistiques de l’aéroport pour 2016, les lignes Doha-Dubai et Doha-Bahrain faisaient partie des cinq liaisons les plus fréquentées de la plateforme. Par pays, les Emirats représentaient le 1er marché aérien avec le Qatar tandis que l’Arabie saoudite arrivait en troisième position. Le Moyen-Orient représentait 22% de tous les mouvements passagers en 2016.

Une bonne nouvelle cependant. Suite à une plainte du Qatar auprès de l’Organisation Mondiale de l’Aviation Civile (OACI-ICAO), Bahrain, les Emirats et l’Egypte ont été sommés d’ouvrir un corridor aérien pour les avions qatari, les trois pays étant signataires d’un accord international les obligeant à assurer le survol des avions au-dessus de leurs territoires dans des corridors aériens. L’Arabie Saoudite en revanche n’est pas signataire de cet accord. Il n’empêche qu’un corridor aérien temporaire a été créé vers le Qatar, permettant aux avions de Qatar Airways de raccourcir leur temps de vol.