La Renfe s’invite sur Paris-Londres

Renfe, la compagnie ferroviaire nationale espagnole, ambitionne de venir concurrencer Eurostar sur une ligne très lucrative avant la crise sanitaire : l'axe Paris-Londres.
Renfe
La Renfe prévoit de se lancer à son tour sur l'axe Paris-Londres

Si on attendait il y a quelques années la Deutsche Bahn sur les lignes Paris-Londres/Londres-Bruxelles, c’est finalement la Renfe qui se lance aujourd’hui dans l’aventure ferroviaire transmanche, qui pesait quelque 9 millions de passagers avant la Covid. Le transporteur espagnol a confirmé ses ambitions hier avec la volonté de venir concurrencer Eurostar sur l’axe Paris-Londres.

il y a actuellement des créneaux disponibles et la capacité d’opérer sur cette ligne à grande vitesse

Alors que la filiale à 55% de la SNCF n’opère actuellement que sept A/R par jour entre Paris et Londres suite à la crise sanitaire, la Renfe estime en effet « qu’il y a actuellement des créneaux disponibles et la capacité d’opérer sur cette ligne à grande vitesse« . Des négociations sont ainsi en cours avec Getlink (ex-Eurotunnel) qui gère le tunnel sous la Manche ainsi qu’avec les exploitants des lignes à grande vitesse côtés français et britannique. Elle estime justement pouvoir débuter son service avec sept rotations quotidiennes avec ses propres rames à grande vitesse avant de monter en puissance si les remplissages sont au rendez-vous. La rentabilité serait atteinte au bout de la quatrième année d’exercice selon le business plan qui prévoit alors une seconde phase de développement. « Dans un second temps, le service pourrait être étendu à de nouvelles destinations françaises et internationales« , précise la Renfe. La date d’ouverture du service Paris-Londres n’est pas précisée à ce stade.

Eurostar
Crise sanitaire oblige, Eurostar à réduit son service à sept A/R quotidiens entre Paris et Londres

Un virage après l’échec sur l’axe Paris-Lyon-Marseille

La Renfe a choisi de se rabattre sur le très lucratif axe Paris-Londres suite à des déconvenues concernant un premier projet d’implantation en France sur la ligne Paris-Lyon-Marseille. Un échec dû à des soucis d’opérabilité entre ses TGV et la signalisation des lignes ferroviaires à grande vitesse hexagonales. L’arrivée fin 2021 de Trenitalia sur Paris-Lyon-Milan avec cinq A/R par jour n’a sans doute fait qu’accélérer ce changement de stratégie. Au travers de cet ambitieux projet, la Renfe répond aussi à la SNCF qui est venue marcher sur ses plates-bandes espagnoles en exploitant depuis le printemps une première desserte Madrid-Barcelone avec son offre low cost TGV Ouigo qui s’est déjà adjugée 37% de part de marché. D’autant que Madrid-Valence et Madrid-Séville devraient suivre selon les termes de l’appel d’offre remporté par le transporteur français.

Un petit caillou dans la chaussure de la fusion Eurostar-Thalys

Dans cette concurrence exacerbée sur l’axe ferroviaire transmanche, la Renfe s’attaque par ailleurs à une compagnie Eurostar en cours de fusion avec sa consœur Thalys suite à la volonté de la SNCF, actionnaire majoritaire, de rapprocher ses deux filiales. La marque Eurostar sera la seule conservée avec a priori une division marketing entre Eurostar Blue pour l’actuel réseau Eurostar et Eurostar Red regroupant les lignes Thalys compte tenu des différences de ces deux réseaux et de produit à bord. L’objectif de cette fusion vise à transporter à terme 30 millions de passagers via l’exploitation de routes supplémentaires, une meilleure gestion du parc de TGV des deux opérateurs réunifiés et de nouveaux services aux passagers (application et site de réservation unique, fusion des programmes de fidélité, partage des salons dans certaines gares…). L’arrivée de la Renfe pourrait décaler ce calendrier ambitieux déjà mis à mal par la Covid.