La SNCF muscle son offre Business Première sur Paris-Lyon

Avec son projet "Riposte", la SNCF renforce les services proposés à sa clientèle affaires sur la ligne Paris-Lyon afin de se préparer à l'arrivée prochaine de son concurrent italien Trenitalia. L'offre se rapproche de celle proposée à bord des trains Thalys, Lyria et Eurostar.
Une collation est servie à la place en Business Première sur l'axe TGV Paris-Lyon. (c) Stéphane Jaladis
Une collation est servie à la place en Business Première sur l'axe TGV Paris-Lyon. (c) Stéphane Jaladis

Axe historique de la SNCF, la ligne TGV Paris-Lyon conserve toute l’attention du transporteur ferroviaire. Au cœur de ses trafics et surtout des revenus de la branche Voyages SNCF, elle représente aujourd’hui 24 A/R TGV quotidiens (dont deux en OUIGO), contre 13 lors de l’inauguration de la ligne par le Président François Mitterrand en septembre 1981. Un milliard de passagers y ont été transportés en 40 ans.

L’arrivée attendue d’un challenger suite à l’ouverture à la concurrence, en l’occurrence Trenitalia d’ici fin 2021, constitue toutefois une menace à laquelle la SNCF se prépare depuis des années. « Notre ambition est de rester à la pointe de l’innovation et de la durabilité pour conquérir toujours plus de clients« , a insisté Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs, lors de la présentation hier du projet baptisé « Riposte ». Une offre de services renforcée est de fait mise en place sur la ligne Paris-Lyon en général et à destination de la clientèle affaires en particulier, celle-ci pesant plus d’un tiers du trafic. Si son impact est positif, elle serait ensuite déployée sur les autres axes TGV Inoui où la Business Première est présente. Marseille, Bordeaux ou encore Strasbourg sont notamment évoquées.

Un nouveau salon Grand Voyageur en gare de Paris-Lyon

Complété de services exclusifs, le parcours du voyageur Pro peut débuter en gare de Paris-Lyon au nouveau salon Grand Voyageurs dont l’accueil se situe désormais à l’entrée de la salle des fresques, entre les deux halls. Accueilli par un hôte dédié, un espace y est réservé l’après-midi pour les clients Business 1ère qui désirent travailler avant leur train, prendre une boisson ou consulter des journaux en libre accès. Ils bénéficient ensuite d’une file d’accès rapide pour franchir les contrôles et accéder au quai où un agent les accueille devant le wagon dédié à la Business Première.

Exit le petit chariot avec sa boisson d’accueil sur le quai

La grande nouveauté se déroule en effet à bord avec le service à la place d’une collation adaptée selon l’horaire de voyage avec une petite restauration le matin et le midi et une boisson et un snack de type chips, crackers ou noix de cajou le soir. Celle-ci bénéficie des nouveaux plats élaborés par les cheffes Alexia Duchêne et Nina Métayer, et désormais proposés au bar de l’ensemble des TGV Inoui. « Cette offre de restauration incluse dans le prix du billet est un élément fort de différenciation« , considère Jean Rouche, directeur de l’axe TGV Sud-est à la SNCF.

(c) Stéphane Jaladis
(c) Stéphane Jaladis

Testée en juin dernier, cette prestation a généré un bon retour de la part des clients Business 1ère ayant servi de « cobayes ». « Ils ont été agréablement surpris par la hausse de standard qui se rapproche de l’aérien« , précise Alain Krakovitch, le directeur de Voyages SNCF. Et d’ajouter : « L’offre proposée, avec l’équivalent de trois classes de voyage, se rapproche désormais de ce que nous faisons déjà dans nos filiales internationales, Thalys, Lyria et Eurostar. Il y a une certaine cohérence« .

Durant le trajet, le portail wifi TGV Inoui permet de consulter la presse et des contenus multimédia, de réserver un taxi ou VTC à l’arrivée, et de commander un complément de restauration. « Le voyageur peut continuer à travailler, car il évite de se déplacer et de faire la queue au bar, le plat étant délivré à sa place par l’hôte Business Première« , explique Jean Rouche. Autre nouveauté, ce portail permet au passager de contacter directement le chef de bord, si nécessaire.

Les Lyonnais découvrent le confort des rames Atlantique

D’ici début 2022, l’axe Paris-Lyon bénéficie de la mise en service progressive de 17 rames neuves ou rénovées. Plus capacitaires, elles alignent 556 sièges, contre 510 précédemment, grâce à la suppression de près de la moitié des espaces carrés en 2nde comme en 1ère classe. Cette refonte a permis d’ajouter 4 places handicapées en 1ère classe. Les passagers affaires voyageant en 1ère classe ou en Business 1ère ne seront pas dépaysés, puisqu’ils retrouvent à bord le siège confortable et bien équipé proposé depuis 2017 sur la desserte TGV Atlantique. Les passagers de seconde ne sont pas oubliés pour autant puisqu’ils profitent d’une ambiance lumineuse plus claire, de l’ajout d’un port USB et d’une liseuse.

Côté tarifs, celui-ci s’élève à 142€ l’aller simple en Business Première, 78€ en 1ère classique pour les Pro avec une carte Liberté (56€ en 2nde) et au maximum à 59€ en 2nde avec la carte Avantage. Il ressort par ailleurs à 343€ par mois avec le forfait annuel Télétravail, soit 17€ si le passager effectue 250 trajets par an. « Voyager au tarif Business Première apporte la flexibilité maximale en permettant au passagers de se repositionner sur n’importe quel train même si celui-ci est complet« , rappelle Alain Krakovitch.

La SNCF sereine face à l’arrivée annoncée de Trenitalia

Le directeur de Voyages SNCF n’est de fait pas inquiet de l’ouverture à la concurrence marquée par l’arrivée prévue de Trenitalia sur sa route la plus rentable. Son homologue italien se lancerait dans l’aventure avec cinq allers-retours quotidiens Paris-Lyon-Milan de son train à grande vitesse Frecciarossa, la « flèche rouge ». « Nous estimons que cela va augmenter le gâteau. Davantage de clients prendront le train« , assure-t-il. Et de mettre en avant l’augmentation de 30 % du trafic TGV généré par Ouigo depuis sa création. Sans oublier surtout l’exemple de l’Espagne où la SNCF est venue marcher sur les plates bandes de la Renfe avec son offre low cost Ouigo proposée depuis mai dernier sur Madrid-Barcelone. « Le trafic global a progressé de 17 % sur cette ligne où la SNCF détient déjà 37 % de parts de marché en seulement quelques mois« , conclut le dirigeant. Trenitalia n’a pour l’instant pas communiqué sur la date d’ouverture de son service, ni de fait débuté la commercialisation de ses billets.