La SNCF face à la concurrence : les leçons allemandes

Alors que les syndicats s’engagent dans un mouvement social d’ampleur face au changement de statut de l’entreprise SNCF, Outre-Rhin, l’exemple de l’ouverture du marché ferroviaire en Allemagne est instructif. La transformation du statut de la Deutsche Bahn et l’apparition de concurrents n’a pas vraiment entamé la popularité du transporteur national. Pas plus d’ailleurs qu’elles n’ont fait baisser les prix des billets…

Ferroviaire-concurrence-Allemagne
Avec l'ouverture du marché ferroviaire à la concurrence en Allemagne, la Deutsche Bahn a vu ses parts de marché reculer sur les lignes régionales.

Longtemps en situation de monopole, la Deutsche Bahn est confrontée depuis plus d’une décennie à la concurrence, compétition qui, pour l’instant, ne s’est manifestée que sur les lignes régionales. Avec un résultat marquant : la part de la Deutsche Bahn (DB) se réduit d’année en année. Certes, le transporteur ferroviaire national allemand reste numéro 1 avec plus de 65% de parts de marché en nombre de kilomètres passagers (95 milliards en 2016). Mais elle fait aujourd’hui face à quelque 300 entreprises ferroviaires de transport passagers. Près de 35% des lignes régionales sont ainsi entre les mains d’opérateurs privés tels Abellio, Jeolis & Co ou encore Go Ahead et National Express. Abellio est une filiale des chemins de fers néerlandais NS, Keolis est la filiale allemande de la SNCF, tandis que National Express ou Go Ahead sont britanniques et cotées en bourse.

Selon des experts du secteur ferroviaire, la part du transport privé dans le trafic ferroviaire régionale devrait atteindre les 40% en 2020. D’autant que la plupart des nouvelles lignes crées sont désormais confiées aux opérateurs privés. Les nouveaux entrants sont généralement sélectionnés par les Länder – l’équivalent des régions – qui reçoivent de l’Etat Fédéral 8,2 milliards d’euro de dotation pour les politiques de transports publics. Depuis plusieurs années, les Länder ont tendance à sélectionner des opérateurs privés, généralement plus efficaces dans la gestion des coûts.

Les contrats entre Länder et opérateur ferroviaire peuvent concerner un réseau régional dans sa totalité (urbain ou supra-urbain) ou bien des lignes individuelles. C’est par exemple le cas dans le Land de Basse-Saxe, où circulent les trains du groupe ferroviaire Metronom, une société privée créée par des réseaux de transports publics de Basse-Saxe et de Brême. Metronom dessert des lignes aussi importantes que Brême-Hambourg, Hambourg-Hanovre ou Hanovre-Brunswick. De son côté, en Rhénanie du Nord-Westphalie, le Britannique National Express GmbH dessert des lignes reliant notamment Cologne à Wuppertal et Münster ainsi qu’à Bonn.

Effet positif de cette multiplication des acteurs, la qualité des voyages s’est améliorée, la Deutsche Bahn et ses concurrents privés mettant en service des trains neufs offrant prises électriques au siège, toilettes et compartiments à bagages. Cependant, les voyageurs attendent désespérément des effets sur les tarifs. Aucune baisse réelle n’a été constatée, d’autant que les tarifs sont compatibles entre les différents opérateurs. Les tarifs ont même été relevés en décembre 2017, suite à l’augmentation des prix de 0,9% de la Deutsche Bahn.

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Alors que la concurrence existe sur les lignes régionales, elle a en revanche du mal à prendre forme sur les grandes lignes. La DB n’est confrontée qu’à une concurrence sur deux lignes, la plupart des tentatives d’opérateurs privés ayant échoué. Parmi celles-ci, la ligne Interconnex reliant Leipzig à Rostock via Berlin, lancée par Veolia en 2002, a fermé en 2014. Les causes de cet abandon : d’une part, faute de passagers, mais surtout en raison de péages ferroviaires élevés (1700 euros par trajet) dont elle devait s’acquitter pour l’utilisation du réseau auprès de la DB.

Flixbus débarque dans le ferroviaire

Pour sa part, la ligne HKX Hamburg-Köln-Express, circulant entre Hambourg et Cologne, a cessé son service en début d’année, mais vient d’être reprise par… Flixbus, une start-up allemande créée il y a cinq ans et devenue le premier opérateur européen d’autocars longue distance. Depuis le 24 mars, des Flixtrain circulent entre Hambourg-Düsseldorf et Cologne tous les jours, sauf le mercredi. Flixtrain va inaugurer à la mi-avril une seconde ligne entre Berlin et Stuttgart via Francfort, un tronçon exploité précédemment par Locomore, un opérateur qui a fait faillite. Cette liaison fonctionnera cinq jours par semaine – il n’y aura pas de convoi le mardi ou le mercredi dans un sens ou dans l’autre –, mais la ligne deviendra quotidienne au cours de l’été avec la possibilité d’avoir un second train quotidien avant la fin de l’année.

Le tarif d’appel est fixé à 9,99 euros, les trains circulant à la même vitesse que l’ICE, le train à grande vitesse de la DB. «On réfléchit déjà à d’autres lignes ferroviaires pour l’année 2019 et nos responsables travaillent à leur planification », indique Martin Mangiapia, responsable communication pour Flixbus. L’entreprise pourrait alors offrir quatre à cinq grandes lignes.

Une décennie après la privatisation du transport ferroviaire, la concurrence semble enfin avoir un effet positif pour les voyageurs. La SNCF, qui semble s’affoler face à la concurrence, peut donc encore dormir sur ses deux oreilles : il faudra bien quelques années avant que la compétition se fasse durement ressentir du côté de l’Hexagone.