
PSG : 1 – Liverpool : 0. La qualification aux tirs aux buts du club parisien a enflammé le stade d’Anfield mardi soir. En plus de leur joie d’avoir éliminé ce club légendaire, les joueurs du Paris Saint-Germain peuvent aussi s’enorgueillir de dominer les Reds sur un même score, et dans un classement particulier : celui du nombre de chambres dans leur stade respectif. Parc des Princes : 1 – Anfield : 0.
En effet, depuis le début de la saison en septembre, le stade parisien dispose d’une chambre Novotel perchée dans ses tribunes au charme brutaliste des années 70. Celle-ci, à la différence de la Captain’s Suite installée par Marriott dans une des loges d’Old Trafford, le stade de Manchester United, a été construite ex nihilo, tout en haut des gradins. Destinée aux expériences proposées aux membres du programme ALL de Accor, la suite offre tout ce qu’il faut pour les accueillir dans les meilleures conditions : lit queen size, minibar, télévision grand écran, peignoirs, en plus d’une terrasse avec vue privilégiée sur la pelouse. Avec aussi, comme point de bonus, un service de majordome pour rendre ce moment unique.
A l’inverse, le stade d’Anfield n’a pas encore succombé à une tendance bien établie outre-Manche, celle de combiner football et hôtellerie. Bien sûr, certains établissements n’hésitent pas à jouer sur leur proximité avec l’antre des Reds comme The Anfield Hotel, un boutique-hôtel de 20 chambres établi dans une station de police de la fin du XIXe siècle ou, juste à côté, le 23 Hotel Anfield. Mais rien de comparable à ce qui se prépare non loin de là ou ailleurs. Toujours à Liverpool par exemple, l’autre club de la ville, Everton, déménagera la saison prochaine dans un nouveau stade le long de la Mersey, participant à la revitalisation du dock Bramley-Moore. Dans ce cadre, le conseil municipal a donné son feu vert l’an denier à la réhabilitation d’un ancien moulin situé à quelques pas des portes d’entrée du futur Everton Stadium pour être converti en hôtel de 80 chambres.
Plus haut, plus fort : une autre grande star de la Premier League anglaise, Manchester City, va donner le coup d’envoi d’un projet de plus grande ampleur. Son Etihad Campus, qui englobe le stade des Citizens de même que la plus grande arena d’Angleterre, le Co-op Live, s’apprête à héberger un hôtel Radisson Blu de 401 chambres et suites, dont une suite de luxe en penthouse. Intégré au plan d’expansion de la tribune Nord, cet hôtel baptisé The Medlock, du nom de la rivière passant sous le stade, est attendu en fin d’année 2026 et permettra de profiter d’une balade sur le toit avec vue sur la pelouse, en plus des 14 espaces de réunions et événements proposés par l’Etihad Stadium. « Nous sommes impatients de travailler avec Radisson à l’ouverture de l’hôtel et à cette destination de sports et de divertissement ouverte toute l’année« , a déclaré Roel de Vries, directeur général des opérations du City Football Group.
Droit au but pour le MICE
Car, derrière ce une-deux entre sport et hôtellerie, la tactique est limpide : pouvoir jouer sur une activité 365 jours par an, et non plus sur des revenus limités à la trentaine de matchs ou de concerts. Outre les supporters les jours de ces événements, les voyageurs d’affaires sont les premiers visés. Que ce soit les fans de foot de passage qui trouveront au Radisson Blu The Medlock un hôtel haut de gamme pour un séjour professionnel original, mais aussi et surtout les groupes d’affaires. Avec ses nombreux lieux événementiels, un stade offre un terrain de jeu propice pour des conventions et séminaires agrémentés, pendant les arrêts de jeu professionnels, d’activités incentives uniques, des visites VIP du stade et des vestiaires ou des jeux ludiques, voire des dîners et cocktails de gala sur la pelouse.
Cette tendance outre-Manche à voir fleurir hôtels dans les stades peut aussi satisfaire les professionnels les plus rétifs au ballon rond. Car ces établissements peuvent aussi constituer des points de chute pratiques dans des villes secondaires au parc hôtelier moins développé à l’image de l’Holiday Inn dans le stade de Norwich City ou des DoubleTree by Hilton dans ceux de Milton Keynes et de Coventry. Parmi toutes ces enseignes, un groupe se distingue, Radisson, avec « un portefeuille croissant de propriétés basées sur des stades au Royaume-Uni« , décrit Elie Younes, directeur mondial du développement chez Radisson Hotel Group.
En attendant le Radisson Blu The Medlock à l’Etihad Stadium, le Blackpool Football Club Stadium Hotel est déjà membre depuis 2022 de la collection Radisson Individuals et a été rejoint l’été dernier par l’ouverture d’un autre Radisson Individuals dans le stade du club de Bolton. Ces derniers jours, le groupe a aussi annoncé sa sélection, par l’Oxford United Football Club, pour faire partie de sa future enceinte. Un stade parmi les plus ambitieux du pays en matière environnementale, alimenté en électricité par panneaux solaires, et qui disposera d’un centre de conférences de 1000 personnes et d’un hôtel Radisson de 180 chambres.
Mais le groupe n’est pas seulement impliqué dans les enceintes de football. A Birmingham, l’historique Edgbaston Cricket Ground a entrepris un vaste plan de transformation et abritera à son achèvement un hôtel lifestyle Radisson RED de 146 chambres, dont 85 avec balcon donnant sur le terrain. De la même manière, alors que le Tournoi des Six Nations touche à sa fin, les supporters ont pu séjourner dans un autre hôtel du groupe au sein du « Temple du rugby« , le stade de Twickenham. Sous enseigne Radisson Individuals dans un premier temps, cet hôtel de 150 chambres passera prochainement sous la marque Radisson RED une fois les chambres et les espaces communs rénovés de façon contemporaine.
Car cet hôtel n’est pas une nouveauté, étant affilié à la chaîne Marriott à ses débuts en 2009. Comme en football, il est aussi question de transfert, ou plutôt de conversion pour reprendre le terme employé dans le monde hôtelier. Au stade Bramall Lane de Sheffield, l’hôtel Copthorne, ouvert en 2008, mais fermé depuis 2020, est passé dans les mains de la marque DoubleTree by Hilton à l’approche de cette saison, avec un établissement repensé de 155 chambres et des espaces événementiels pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes.
A Londres, l’ancien hôtel Millenium & Copthorne adjacent au stade de Stamford Bridge de Chelsea a changé de main dans le cadre d’un partenariat entre le prestigieux club londonien et le groupe singapourien Ascott. Plutôt que ces marques longs séjours, l’hôtelier a choisi d’y intégrer sa marque contemporaine lyf, le lifestyle se mariant bien à cet univers sportif. Outre l’événementiel lié au club les jours de match ou des offres proposées aux membres du programme de fidélité ASR, l’hôtel pourra compter sur la clientèle corporate et les conventions pour vivre à l’année.
Si l’Angleterre fait figure de pionnière avec toutes ces enceintes mêlant ballon rond et hospitalité, elle n’en a pas le monopole. A jamais le premier : doyen des clubs français fondé en 1872, Le Havre Athletic Club a aussi été le premier en France à proposer un hôtel dans ses tribunes, en 2018. Est-ce un lien subliminal avec l’autre côté du Channel alors que le club porte sur son maillot les couleurs bleu ciel et bleu marine des universités de Cambridge et d’Oxford ? En tout cas, son stade Océane abrite le 1872 Stadium Hotel, offrant 20 chambres avec vue sur l’aire de jeu, tandis que l’enceinte renferme de nombreux lieux dédiés aux événements d’entreprise avec un auditorium de 179 personnes et une capacité d’accueil allant de 10 à 1500 personnes pour les réceptions.
Seul autre exemple à l’heure actuelle en France, Lyon dispose de deux hôtels à consonance sportive, non pas intégrés aux tribunes, mais voisins directs des deux grands stades de la ville : le Groupama Stadium, à Décines, pour le football et celui dédié au rugby dans le quartier de Gerland. Ce dernier, propriété de GL Events comme le stade et le club du LOU, a ouvert à l’approche de la coupe du monde en 2023. Opportunément appelé The Ruck Hotel, il a eu l’honneur d’accueillir à cette occasion les All Blacks dans ses 134 chambres décorées de touches rugby, tout en proposant à l’année un espace de coworking et cinq salles de séminaires aux voyageurs professionnels.
En ce qui concerne l’antre de l’Olympique Lyonnais, le Groupama Stadium s’inscrit dans un vaste complexe, l’OL Vallée, mêlant un pôle de loisirs, une toute nouvelle arena, des restaurants et bars et, pour compléter le tout, un hôtel de 140 chambres au pied du stade. Avec son nom faisant référence aux kops de supporters, ce fut, en 2018, le premier-né de la marque Kopster lancée par le groupe lyonnais Lavorel, cette chaîne étant depuis apparue en région parisienne, près de la porte de Versailles et à Colombes, tout près d’ailleurs du stade qui a accueilli les Jeux Olympiques en 1924 et les épreuves de hockey sur gazon l’an dernier.
Comme l’OL Vallée, ces cités toutes entières consacrées au dieu football et au divertissement dessinent le futur des grands clubs sportifs. Manchester United vient d’annoncer la construction, juste à côté de son stade d’Old Trafford, d’une nouvelle enceinte ultra moderne de 100 000 personnes entourée d’espaces verts et de lieux de détente. Une ville dans la ville présentée par l’architecte Norman Foster, originaire de Manchester et concepteur du projet comme « un des plus excitants au monde aujourd’hui« .
De son côté, le club de Tottenham a lancé l’an dernier la construction d’une tour de 29 étages voisine de son stade pour héberger un hôtel à l’horizon de l’Euro 2028. En Italie, les prestigieux Milan AC et Inter de Milan ont un temps envisagé de déménager du stade de San Siro pour une nouvelle enceinte de 70 000 places située dans le quartier de San Donato. Mais la balance semble pencher de nouveau pour la rénovation de leur stade historique, avec un hôtel sans doute intégré au projet.
Cet élan n’est pas cantonné à la vieille Europe. A New York, l’environnement direct du Citi Field, le stade de baseball des Mets, sera au cœur d’un vaste projet urbain, le Metropolitan Park, incluant le verdissement du lieu, un Hard Rock Hotel et un centre de conférences. A Los Angeles, le SoFi Stadium, qui se prépare à accueillir la coupe du monde de football en 2026, avant les JO de 2028, a vu l’an dernier les débuts de la construction d’un hôtel de 300 chambres adjacent au stade de l’équipe de football américain des Rams, le Kali Hotel and Rooftop, qui fera partie de l’Autograph Collection de Marriott.
A Tokyo, en lieu et place du célèbre marché aux poissons de Tsukiji déplacé en 2018, le développeur immobilier Mitsui Fudosan envisage de construire d’ici le milieu de la prochaine décennie un immense complexe englobant un stade – pour le baseball, le rugby ou le football américain -, complété par un hôtel gros porteur, des espaces MICE ou encore un théâtre d’une capacité de 1 200 personnes. Et Paris ? En conflit avec la mairie de la capitale, le PSG déménagera-t-il un jour de son cher Parc des Princes pour s’installer dans un complexe dernier cri à Saint-Quentin en Yvelines, Massy ou l’hippodrome de Ris-Orangis ? Les paris sont ouverts.




















