
« Ca fait une petite semaine que je reçois des messages de la part d’organisateurs, tous allant dans le même sens : on y parle de reports et de commercialisation à l’arrêt. Les clients exposants gèlent leurs engagements face au flou quant à la situation sanitaire à la fin de l’été » : Frédéric Pitrou, délégué général de l’Union Française des Métiers de l’Événement (UNIMEV), ne peut que constater les effets collatéraux de la circulation croissante du variant delta sur le secteur événementiel. Un variant – sans parler des variants Lambda et Epsilon qui pourraient un jour le détrôner – qui inquiète l’ensemble du monde économique, puisque le CAC...
« Ca fait une petite semaine que je reçois des messages de la part d’organisateurs, tous allant dans le même sens : on y parle de reports et de commercialisation à l’arrêt. Les clients exposants gèlent leurs engagements face au flou quant à la situation sanitaire à la fin de l’été » : Frédéric Pitrou, délégué général de l’Union Française des Métiers de l’Événement (UNIMEV), ne peut que constater les effets collatéraux de la circulation croissante du variant delta sur le secteur événementiel. Un variant – sans parler des variants Lambda et Epsilon qui pourraient un jour le détrôner – qui inquiète l’ensemble du monde économique, puisque le CAC 40 chutait de plus de 2,5 % le 8 juillet en début d’après-midi, les autres places européennes étant également orientées à la baisse. Un variant qui pousse aussi le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, à inciter les Français à éviter le Portugal ou l’Espagne pendant leurs vacances, alors que ces pays cherchent à lutter contre la croissance des contaminations en mettant en place de nouveaux couvre-feux et restrictions.
Face au risque de quatrième vague, le secteur événementiel à peine remis en selle risque-t-il de se retrouver déjà à l’arrêt ? Quelques signes le laissent craindre : il y a dix jours, la maire de Lille, Martine Aubry, annonçait par exemple l’annulation de l’édition 2021 de la célèbre grande braderie qui devait se tenir le premier week-end de septembre. Plus récemment, la Foire de Nantes, prévue fin août, a elle aussi été annulée. « Sa commercialisation était à un niveau trop faible pour pouvoir la maintenir« , explique Frédéric Pitrou, pour qui « la situation sanitaire actuelle fait que les événements de septembre commencent à être remis en cause. »
De son côté, Odile Delannoy, présidente du réseau Coésio, constate également « un frein très net depuis qu’on a commencé à parler de nouvelles mesures au Portugal et en Espagne. Les messages négatifs qui passent en boucle sur les chaînes d’information, ça rend les organisateurs frileux. » Lors de l’inauguration du palais des congrès de Versailles tout juste rénové le 8 juillet, si Odile Delannoy notait que « la reprise était actée« , « le chemin est encore long. Elle a du mal à reprendre à un rythme correct. Après avoir connu 85% d’annulation en 2020, puis un premier semestre 2021 catastrophique, le deuxième s’annonce très compliqué. » Face aux demandes de dernière minute et une position d’attente des prescripteurs en attendant de voir l’évolution de la situation sanitaire, Odile Delannoy s’attend à « devoir jouer de dextérité pour réagir rapidement si la confiance revient. »
Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, présent à Versailles pour l’inauguration du palais des congrès, a montré cet écart entre la perspective « d’un rebond économique fort et solide, plus important même que nous le pensions » et de l’autre, « une situation épidémiologique préoccupante« . « Je ne voudrais pas qu’elle puisse menacer de quelque façon la reprise« , a-t-il ajouté, appelant les citoyens à la vaccination et au sens des responsabilités de chacun : « On est à la fois individu et citoyen. L’individu peut se dire qu’il n’a pas envie de se faire vacciner, qu’il n’a pas le temps, qu’il est contre. Mais le citoyen ne doit jamais oublier qu’il est responsable de la situation collective de la nation, et que celle-ci dépend de notre sens des responsabilités et de la vaccination collective. »
Pour convaincre les réticences, Bruno Le Maire a argumenté son plaidoyer en jouant sur la corde sensible : « Pensez à votre voisin restaurateur chez qui vous allez régulièrement, qui vient de rouvrir son restaurant après 14 mois, qui a fait des investissements dans son établissement, qui est allé rechercher ses salariés – et il a parfois eu du mal à les retrouver, ces salariés – , qui se dit qu’enfin, ça y est, ça redémarre. A lui, vous avez envie qu’on dise dans quelques semaines qu’il faut fermer à nouveau parce qu’on a pas été capables d’être responsables collectivement ? Pensez au secteur événementiel à qui on avait promis de pouvoir redémarrer, mais à qui on dira que, finalement, ce redémarrage est encore reporté de quelques mois, car nous avons une nouvelle vague pandémique… Personne n’a envie de ça. »
La vaccination est évidemment le seul moyen de se prémunir aujourd’hui contre une nouvelle déconvenue qui, après tant d’espoirs renaissants, serait de grande ampleur. Reste qu’avec 35 millions de Français ayant reçu une première dose et plus de 25 millions complètement vaccinés, l’immunité collective, fixée à 80 %, est encore loin. Et le gouvernement, tout en voyant un signe encourageant dans la hausse des prises de rendez-vous pour une première injection, entend soutenir cette dynamique. « Il faut que cette hausse soit permanente, qu’elle soit durable, qu’elle marque le début d’une nouvelle vague de vaccination massive« , a déclaré Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement.
La tenue, lundi 12 juillet, d’un conseil de défense devrait donner lieu à de nouvelles mesures, notamment sur la vaccination obligatoire du personnel soignant, mais pourrait aussi aborder des sujets qui touchent au plus près le secteur touristiques comme l’extension du pass sanitaire ou la fin de la gratuité des tests PCR. Interrogé à ce sujet, Frédéric Pitrou, de l’UNIMEV, se dit personnellement assez favorable à voir « le pass sanitaire s’appliquer aussi dans les restaurants, les cinémas, les lieux de vie, à l’image de ce qui se fait en Israël. Ca pourrait déclencher une vague de vaccination plus importante. » Un professionnel qui verrait aussi d’un bon oeil la vaccination imposée à certains secteurs pour éviter des incohérences, « par exemple des situations où, dans un restaurant, les serveurs ne sont pas vaccinés et les clients, eux, le sont. » Comme Bruno Le Maire, Frédéric Pitrou invite « chaque citoyen à prendre ses responsabilités.«

















