VivaTech 2019 : les acteurs du voyage d’affaires misent sur les start-up

La quatrième édition de VivaTech, le grand rendez-vous technologique organisé du 16 au 18 mai Porte de Versailles, offre une vitrine de choix aux acteurs de l'innovation. Et certains spécialistes du voyage d'affaires ont fait le déplacement pour dessiner ensemble la mobilité de demain.

VivaTech 2019
Le salon VivaTech 2019, organisé du 16 au 18 mai Porte de Versailles, rassemble les acteurs de l'innovation

L’événement VivaTech 2019, qui s’est ouvert jeudi à Paris, a une nouvelle fois jeté un coup de projecteur sur l’innovation au sens large, avec pas moins de 2000 start-up réunies sur les 56 000 m² aménagés Porte de Versailles. Si les caméras sont souvent restées braquées sur les interventions VIP organisées notamment au Dôme de Paris (Emmanuel Macron, Jack Ma, Garry Kasparov, Usain Bolt…), les acteurs du voyage d’affaires ont aussi su se faire remarquer, notamment en soutenant des start-up qui pourraient changer le déplacement professionnel de demain.

Alors qu’Accor a pour ambition de développer une hospitalité “augmentée”, qui va bien au-delà des services hôteliers classiques, le groupe français accueillait sur son stand plusieurs start-up qui, chacune à leur manière, peuvent enrichir l’expérience des clients. Parmi celles-ci, Starbolt offre flexibilité et liberté aux voyageurs en multipliant les solutions de mobilité. En disposant d’une place réservée dans le parking d’un hôtel pour accueillir sa flotte de vélos, scooters et voitures électriques, Starbolt entend proposer une offre alternative au taxi, permettant aux voyageurs de réserver rapidement un scooter ou un vélo pour se rendre à leur rendez-vous.

Parmi les start-up soutenues par le groupe hôtelier sur VivaTech 2019, OnePark se présente comme le “Booking du parking”. Cette plate-forme de réservation dispose de 100 000 places dans 1500 localisations, notamment dans les hôtels Accor, les parkings Effia ou encore dans des immeubles privé, dans le cadre d’accords avec les bailleurs sociaux, offrant ainsi des solutions de parking dans des zones résidentielles. Bien sûr, OnePark est très présent à proximité des aéroports et des gares, mais aussi en centre-ville, et compte déjà mettre l’accent sur son internationalisation. Après la Belgique, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Espagne, OnePark est depuis peu installé au Portugal, alors que le Luxembourg est dans les tuyaux.

VivaTech 2019
VivaTech 2019 : 56 000 m² consacrés à l’innovation

Egalement partenaire du groupe hôtelier, Eelway développe depuis 2016 en France une solution déjà largement populaire en Asie : le transfert et transport de bagages entre le domicile ou l’hôtel et l’aéroport ou la gare. La start-up créée par Fabien Coeur-Uni et Julien Alary entend aujourd’hui apporter ses solutions en marque blanche aux acteurs du tourisme, Eelway étant aussi partenaire de la SNCF, Air France, VIParis et Vinci Aéroports. A ce titre, Eelway étend son offre en proposant aux hôtels et à leurs clients une solution pour le renvoi d’objets perdus à l’hôtel. Sans avoir à multiplier les coups de téléphone ou d’envoyer d’emails, le voyageur distrait peut voir à travers l’application où en est la livraison de son passeport égaré ou de son alliance oubliée. Autre possibilité, celle de proposer des alternatives en cas de retard ; par exemple, trouver une consigne à proximité du lieu de rendez-vous si le voyageur n’a plus le temps de passer déposer sa valise à l’hôtel.

La personnalisation étant le graal après lequel courent tous les hôteliers, la technologie ouvre de nouvelles possibilités pour apporter à l’accueil des clients des petits « plus », qui font toute la différence. Alors que les attentes des voyageurs grandissent, mais que les équipes sont de taille plus restreinte, la start-up asiatique Neoma a développé un assistant fondé sur l’intelligence artificielle, déjà testé par le Peninsula Hong Kong et le casinotier de Macao Melco. Sa solution, baptisée Gaia, s’appuie sur une multitude de capteurs communiquant avec une carte de chambre connectée. Ainsi  le système géolocalise les déplacements du client dans l’hôtel de façon anonyme, mais lorsqu’il se présente face au personnel, celui-ci a accès via une appli à des informations pertinentes, à commencer par son nom, ou sa table préférée pour aller au devant de ses attentes. A l’inverse, si l’application indique qu’on lui a déjà proposé de lui réserver un taxi, cela évite une nouvelle sollicitation inutile.

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Ces nouveaux types de service vont dans le sens de l’évolution en interne d’Accor. A l’occasion de l’annonce du renouveau de la marque Ibis, le groupe avait présenté un système de gestion de l’hôtel accessible via une application Android permettant au personnel d’aller au devant des voyageurs pour faire le check-in de façon mobile. Alors que 1000 hôtels du groupe, Ibis et Novotel en particulier, offriront cette expérience d’ici 2021, Accor multiplie en parallèle les canaux de communication avec ses clients, que ce soit via WhatsApp ou à travers des chatbots. Autres nouveautés, le déploiement de la traduction simultanée avec le mode Interprete de l’Assistant Google qui permet de converser avec les concierges ou réceptionnistes par delà les barrières de la langue, dans 26 langues actuellement, ou encore celui très attendu de la clé de chambre sur smartphone, disponible via l’appli du groupe.

« Smart Station » et 5G à l’étude

La volonté de mieux accueillir les voyageurs à travers des solutions technologique ne se limite pas au secteur hôtelier. Ainsi, comment rendre les gares plus attractives pour les voyageurs, mais aussi plus fiables, plus économiques et moins gourmandes en énergie ? SNCF Gares & Connexions a présenté sur VivaTech 2019 un projet de Smart Station qui passe par le déploiement de capteurs dans les gares, la modélisation des informations des bâtiments (BIM) avec une visualisation en 3D ou encore des outils connectés. Par exemple, 90 % escaliers mécaniques et un tiers des ascenseurs sont déjà dotés d’IoT (« Internet des objets »), permettant des interventions plus rapides. Cette évolution technologique permettra de mieux gérer le flux des voyageurs, d’améliorer l’efficacité du travail des agents et de limiter les interruptions de service pour une meilleure satisfaction client.

Dans le cadre de ce projet de Smart Station, une plate-forme B2B verra le jour en début d’année prochaine. Open source, dans un souci de co-construction, elle vise à intégrer les solutions innovantes, par exemple en favorisant l’intermodalité à travers des échanges de données avec les nouvelles solutions de mobilité. Ceci pourrait aussi ouvrir la voie à de nouveaux services avec les commerces de la gare, par exemple la livraison de repas au pied du train.

En parallèle, dans l’optique de décliner aux gares le concept de smart city, la SNCF explore aussi le potentiel de la 5G, avant même que cette norme permettant des échanges de données ultra rapides ne soit déployée. La compagnie a fait de la gare de Rennes récemment rénovée son premier Living Lab en partenariat avec la métropole, Orange et Nokia. L’expérience repose sur une architecture 5G avec une fréquence de 26 Ghz. Sans présager des résultats de ce test et de toutes les applications ouvertes par la 5G pour la gare du futur, la SNCF entrevoit la possibilité pour le voyageur de télécharger en quelques secondes les dix épisodes de sa série préférée avant de monter dans le train ou, dans un cadre plus opérationnel, de récupérer les données des trains à leur arrivée pour faire de la maintenance prédictive.

Améliorer l’exploitation et faire circuler un nombre plus important de trains à une vitesse plus importante, développer des trains autonomes comme l’ambitionne la compagnie à l’horizon 2023 et sur lequel travaillent aussi une multitude d’acteurs comme Thales : la révolution high-tech du monde ferroviaire s’accélère. Dans ce cadre, Hyper Poland présentait à l’occasion de VivaTech 2019, sur le stand d’Engie, sa vision de l’Hyperloop, train futuriste né dans l’esprit d’Elon Musk et filant à la vitesse du son. Soutenu par la compagnie aérienne LOT et l’université de Varsovie, la start-up Hyper Poland ambitionne de faire passer le monde ferroviaire à l’ultra rapidité en faisant évoluer les infrastructures en trois temps, d’abord en convertissant à la lévitation magnétique les voies existantes afin de doubler la vitesse actuelle des trains, de 150 km/h à 300 km/h. Dans un deuxième temps, Hyper Poland envisage la couverture des voies à travers des tunnels pour passer 600 km/h, avant la création de vrais tunnels permettant d’atteindre 1200 km/h.

Ce n’est plus de la science-fiction. C’est un fait

VivaTech 2019 a donc mis à l’honneur les modes de transports futuristes, à l’image de cette voiture volante présentée par la société slovaque Aeromobil, véhicule qui peut déployer ses ailes à la demande et passer en mode avion en à peine trois minutes. Alors qu’une multitude de grands acteurs planchent sur leurs solutions de taxis volants tels Airbus ou Uber, que Volocopter a déjà fait voler ses premiers modèles à Dubai, la start-up française HoverTaxi a présenté Porte de Versailles son modèle 100 % électrique, sorte de gros drone capable d’emporter deux passagers pour des vols de 5 à 20 minutes au dessus des villes embouteillées, mais aussi des zones touristiques protégées, par exemple le parc naturel de Port-Cros ou les calanques de Cassis.

Pour l’heure, dans le ciel français, c’est logiquement vers Airbus que se tournent les regards. Le constructeur aéronautique s’était déjà fait remarqué lors de la précédente édition du salon, avec la présentation de Pop.Up Next, un véhicule modulaire développé avec Audi et ItalDesign. Airbus a récidivé cette année dans le domaine des taxis volants, avec l’annonce d’un partenariat conclu avec la RATP en amont de ViaTech 2019. Objectif : étudier l’intégration des véhicules volants dans le transport urbain. « Au-delà du transport de masse qui reste notre cœur de métier, il est important pour le groupe RATP de valoriser ses savoir-faire humains et techniques afin de développer de nouvelles mobilités et de nouveaux services en faveur de la ville intelligente de demain. Et nous sommes heureux d’y travailler avec Airbus, le leader mondial de l’aéronautique, qui va nous apporter ses connaissances uniques dans le domaine de l’aérien », explique Catherine Guillouard, Pdg du groupe RATP. « Airbus développe actuellement des démonstrateurs technologiques autonomes et sans pilote pour permettre de connecter plus rapidement les populations. Ce n’est plus de la science-fiction. C’est un fait », assure pour sa part Guillaume Faury. Le Président executif d’Airbus ajoute : « Aujourd’hui, nous disposons de toutes les briques techniques. Mais il faut les harmoniser afin de les intégrer dans la vie quotidienne sans remettre en cause note priorité qu’est la sécurité. La RATP est un acteur international majeur pour les solutions de mobilité urbaine. Sa connaissance de l’usager, de ses besoins et des services associés en fait le partenaire idéal pour Airbus ». L’idée de taxis-volants circulant dans le ciel parisien fait donc son chemin, et la prochaine étape pourrait arriver très rapidement. Dans tout juste un mois, un nouvel événement majeur prendra le relais de VivaTech : le salon du Bourget ouvrira ses portes, offrant une nouvelle occasion aux spécialistes du dossier de préciser leur plan de vol.