« Ne pas opposer les différents modes de transport » : Pascal de Izaguirre, Président de la FNAM

Pascal de Izaguirre, Président de la FNAM (Fédération Nationale de l'Aviation et de ses Métiers) évoque les priorités du secteur aérien pour 2023.
FNAM
Pascal de Izaguirre a pris la Présidence de la Fédération Nationale de l’Aviation et de ses Métiers (FNAM) le 1er novembre dernier

Quelles orientations souhaitez-vous donner à la FNAM en tant que nouveau Président ?

Pascal de Izaguirre – Le secteur aérien est confronté schématiquement à deux principaux enjeux aujourd’hui : une crise géopolitique et économique ainsi qu’une nécessaire transition écologique. Je vais m’attacher à ce que la FNAM soit en mesure d’articuler des solutions crédibles à ces défis existentiels. Par ailleurs, le secteur aérien français, qui concentre 95% de ses emplois en France, doit à mon sens conserver son attractivité pour les salariés et je veillerai à préserver un dialogue social de qualité au sein de la branche. Enfin, je suis plus que jamais attaché à ce que les actions de la FNAM contribuent à la préservation de la démocratisation du transport aérien intervenue au cours des deux dernières décennies. Le transport aérien est un vecteur de paix et de progrès qui doit bénéficier au plus grand nombre. Je crois profondément que notre intelligence collective et la science nous permettront de surmonter les défis auxquels nous sommes confrontés plutôt qu’une décroissance qui, paradoxalement, nous renverrait à l’époque où le transport aérien était réservé à une élite.

Quels sont les chantiers urgents en 2023 pour l’aviation marchande, par rapport aux institutions et régulateurs ? Et par rapport aux consommateurs ?

Pascal de Izaguirre – Sur le plan écologique, il va s’agir de faire en sorte que les pouvoirs publics créent très rapidement les conditions de l’établissement en France d’une filière de carburants aéronautiques durables (CAD ou SAF en anglais). Ces carburants, utilisables dès aujourd’hui à hauteur de 50% dans les flottes des compagnies aériennes, sont en effet indispensables afin de permettre au secteur d’atteindre son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. L’Etat devrait également mettre en place une « prime à la casse » afin d’aider les compagnies aériennes à renouveler leur flotte avec des avions de nouvelle génération moins gourmands en CO2 (-20 à -25% par rapport à la génération précédente) et plus performants en matière de bruit (30% de diminution des émissions sonores).

Sur le plan économique, l’Etat doit accompagner le secteur aérien français qui, s’il a retrouvé une activité soutenue avec la fin des restrictions sur les voyages, reste fragile sur le plan financier. L’Etat devrait ainsi prendre à sa charge le coût d’une partie de la dette créée pendant le Covid ainsi que le financement de la sûreté aéroportuaire qui constitue une activité régalienne de l’Etat.

Sur le plan social, les pouvoirs publics et le secteur doivent travailler de concert à rétablir une attractivité des métiers de l’aérien. Leur image a été inutilement abîmée alors qu’il s’agit d’un secteur fortement pourvoyeur d’emplois qualifiés comme non qualifiés.

S’agissant des passagers, nous leur devons une qualité de service aussi irréprochable que possible. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que la FNAM signe avec l’Etat et les aéroports une charte de qualité de service. Nous nous réjouissons que l’Etat s’engage auprès des professionnels du secteur afin que le service rendu, notamment en matière de facilitation du passage à la frontière mais aussi de contrôle de la navigation aérienne, s’améliore et contribue à l’attractivité de la France dans la perspective en 2023 et 2024 de la Coupe du Monde de Rugby et des Jeux Olympiques.

Quelle pourrait être l’évolution de l’offre et de la demande aérienne en 2023 en France et dans le monde ? Quels sont les principaux obstacles et atouts à la dynamique du secteur ?

Pascal de Izaguirre – La situation économique et géopolitique est aujourd’hui très incertaine. A ce stade, nous constatons encore une forte demande de voyage et l’activité de cette fin d’année sera certainement supérieure même à celle observée lors de cet été. Pour autant l’ensemble des coûts du transport aérien a augmenté et il est difficile de prédire l’ampleur de la demande dans les mois qui viennent d’autant que nous nous interrogeons sur certains changements structurels possibles comme la diminution des voyages d’affaires.

L’année 2023 marquera-t-elle un nouveau tournant dans la relation écologie/aviation en France ?

Pascal de Izaguirre – Je le souhaite de tout cœur. Le secteur aérien s’est engagé avec enthousiasme dans la transition écologique du secteur. Un travail considérable a été accompli afin d’identifier les leviers de décarbonation possibles. Les solutions existent afin de pouvoir préserver la possibilité pour les gens de voyager à bon escient. J’espère que l’Etat ne cédera pas aux sirènes des pessimistes et des décroissants et accompagnera le secteur afin de lui permettre de réussir sa transition énergétique. In fine, il m’apparaît que ce n’est qu’une question de volonté politique.

Quelles sont les conséquences du remplacement des vols domestiques par le train sur les courtes durées de parcours ? La mesure peut-elle mettre en péril certains éléments du transport aérien ?

Pascal de Izaguirre – La position de la FNAM a toujours été de ne pas opposer les différents modes de transport et, au contraire, de développer les coopérations entre eux, chacun dans leur domaine de pertinence. Dans ce contexte, je suis opposé à des mesures d’interdiction relevant d’une logique punitive et souhaite que l’État privilégie clairement les leviers identifiés de décarbonation du transport aérien existant comme les carburants aéronautiques durables (CAD/SAF). La décision de la Commission européenne de ne pas exclure explicitement les vols en correspondance est susceptible de pénaliser le pavillon et les plateformes de correspondance françaises au bénéfice de ceux de pays tiers. Il est d’ailleurs à noter qu’aucun autre pays n’a proposé d’adopter de mesure similaire. Cette décision n’est pour moi qu’une confirmation supplémentaire que la bonne échelle pour traiter des problématiques environnementales de transport aérien ne saurait être nationale.