
Une dune caillouteuse à 40 km au nord de Salalah, capitale du Dhofar, la province de l’extrême sud du sultanat d’Oman. Dans cette plaine aride, de curieux arbustes aux branches noueuses et duveteuses poussent en rangs dispersés, notamment au wadi Dawkah, point zéro de la route mythique du “parfum des dieux”. Historiquement, c’est autour de cet arbuste endémique que se joue l’essor de la région. Le Boswellia sacra sécrète en effet la plus réputée des résines aromatiques de la planète, jadis le plus convoité des encens. Sa production a assuré durablement la prospérité du pays, une activité qui se perd dans la nuit des temps ; le négoce de cette gomme étant attesté bien avant l’ère chrétienne. Ainsi naîtra la route de l’encens qui, depuis l’Antiquité, relie le Dhofar au reste du monde. Un commerce prospère qui a partie liée avec les rituels religieux et le symbolisme de la fumée, volutes unissant la terre au ciel, le mortel à l’immortel…
Organiser pour les groupes une rencontre avec les Jabalis, Bédouins des montagnes qui extraient leur résine depuis des millénaires, est l’occasion de se familiariser avec la culture de l’encens. Apprendre à identifier l’arbre à récolter (âgé de dix ans au moins), à effectuer la découpe de l’écorce en fines lamelles, à collecter, sécher et trier la résine sont autant d’occasions d’échanges avec la population. Le luban, substance dense et laiteuse, perle lentement avant de coaguler au bout de quelques jours pour prendre des allures de cristaux aux couleurs variables. Ceux du wadi Dawkah sont d’un blanc translucide, la meilleure qualité qui soit, l’al-Hojari employé en parfumerie, mais aussi, dilué dans de l’eau, utilisé pour ses vertus médicinales dans le traitement des troubles digestifs et des affections des voies respiratoires. Au souk de l’encens de Salalah, haut lieu de sa commercialisation, on le trouve aujourd’hui sous forme de chewing-gum. Les autres qualités, plus sombres, sont destinées à partir en fumée pour assainir, comme pour parfumer les habitations et traditionnellement aussi annoncer une bonne nouvelle lorsqu’il est brûlé sur la terrasse de la maison.
L’histoire de cette résine conduit les groupes sur deux lieux mythiques, passages obligés de son commerce. Depuis des temps immémoriaux dans la tradition orale des Bédouins, puis dans les écrits de l’Antiquité, il est mentionné une cité caravanière prospérant autour d’un point d’eau aux abords du désert du Rub al-Khali : Iram, Irem, Wabar ou Ubar… Le Coran évoque également ce site en indiquant qu’il fut érigé par les arrière-petits-enfants de Noé et détruit par la suite en raison du mode de vie polythéiste et décadent de ses habitants. Ainsi s’écrivit le destin tragique d’Ubar, cité disparue dans les sables par la volonté divine… Un mythe qui vécut jusqu’au cours des années 1980, date à laquelle des photos satellite de la Nasa révèlent une convergence de pistes autour de constructions enfouies.
Les fouilles mettent à jour une forteresse ainsi que de nombreux objets (ustensiles de cuisine, bijoux, brûleurs à encens…) datant pour certains du troisième millénaire avant Jésus-Christ. Ce sont les vestiges d’une place forte comprenant une tour circulaire et ses pièces attenantes (XIe-XIIe siècle avant J.-C.) que les visiteurs peuvent aujourd’hui arpenter dans le Dhofar intérieur, à 170 km au sud de Salalah. Seuls les férus d’archéologie pourront se passionner pour ces vénérables pierres inscrites au patrimoine mondial par l’Unesco. Néanmoins, fouler l’Atlantis des sables, oasis précédant la longue traversée du désert, route originelle de l’exportation de l’encens vers l’Égypte à dos de dromadaire par convois de 2000 bêtes, est apte à provoquer de vraies émotions. Le mythe de Laurence d’Arabie trotte dans la tête, d’autant que cette visite est souvent combinée avec celle du Rub al- Khali, le Quart vide, et ses dunes à l’infini où un campement est possible pour une nuit ou davantage, avec une séquence contemplative, hautement enrichissante sur la manière dont les Bédouins appréhendent le désert. Méditation dans un silence relatif, le soir autour du feu de bois : selon la force du vent on entend une mouche voler, tout comme on peut se sentir l’otage d’un sèche-cheveux géant en position “hot”.
À 40 km à l’est de Salalah, sur le littoral cette fois, le port de Samhuram (Khor Rori) constitue l’autre étape clé de la route de l’encens. Cerné par les montagnes du djebel Qara et dominant la large embouchure d’un wadi s’ouvrant sur la mer entre deux falaises que relie un banc de sable éclatant, c’est par sa situation, exceptionnelle, un port naturel protégé et le site archéologique le plus important du sultanat. Fortifié sur un promontoire surplombant la rivière, le bâti comprend une porte monumentale, une zone d’habitation, des magasins et des entrepôts ainsi qu’un temple dédié au dieu de la Lune (Syn). Les archéologues italiens dirigeant les fouilles datent l’établissement du IVe siècle avant J.-C. Des inscriptions dans la pierre indiquent qu’il s’agit d’un port de commerce où l’encens jouait un rôle primordial. La construction d’un musée est programmée. En attendant, les objets découverts, brûleurs à encens, bijoux et poteries, sont regroupés au musée de l’Encens de Salalah, lieu agréable et privatisable bénéficiant d’une muséographie contemporaine. Elle retrace notamment les multiples routes terrestres et maritimes de l’encens : d’abord vers l’Égypte via le désert des actuels territoires du Yémen et de l’Arabie saoudite dès 2590 avant J.- C., puis vers la Mésopotamie et l’Inde, les empires grecs et romains, l’Iran, la Chine et enfin l’Afrique à partir du XVIe siècle… Largement de quoi attester de la riche histoire maritime omanaise dont l’établissement se fait l’écho en détaillant les modèles de navires utilisés et leur mode de fabrication, mise en oeuvre d’une technique particulière d’assemblage des pièces de bois sans recours au métal par “agrafes” de cordage.
La plus vaste étendue de sable
À quelque 1000 km de Mascate, la capitale, 1h20 d’avion par vol quotidien, le Dhofar, aux confins du Yémen, offre un concentré des spécificités géographiques et historiques du pays. La région se présente comme une étroite bande côtière (8 km au plus large) baignée d’une eau turquoise et entourée de chaînes montagneuses au-delà desquelles s’étend l’immensité des espaces inhabités du Rub al-Khali, la plus vaste étendue de sable au monde. Ici cohabitent une société montagnarde disséminée dans l’intérieur des terres et une société de pêcheurs et de commerçants concentrée sur le littoral. “Un atout dont les opérations incentive profitent largement, note Yahya Masoud al-Abrawi de l’agence réceptive Tri Travel. En une demi-journée, les participants peuvent changer radicalement de milieu, plonger dans la mer d’Arabie pour découvrir les forêts d’algues géantes bordant les massifs coralliens puis traverser la montagne pour passer la nuit en plein désert dans un camp de type bédouin.” À ce grand écart, le Dohfar ajoute une particularité locale : son climat de mousson dont les pluies de juillet à septembre transforment la façade maritime des djebels en paysages aussi verdoyants qu’un alpage suisse, percés de cascades souvent spectaculaires formées par la crue brutale des wadis qui composent des piscines naturelles où la baignade est un délice.
Pour être culturellement passionnante, la route de l’encens réserve aux groupes un fort potentiel d’activités alternatives à celles pratiquées dans la montagne et le désert. La découverte du littoral, à l’ouest de Salalah, sur des boutres privatisables permet d’aborder des plages et criques magnifiques, inaccessibles autrement.Nichées dans le paysage lunaire du djebel Qamar, un chapelet de plages désertes suggère autant d’étapes idéales pour un déjeuner, un campement ou une épreuve de team building. L’ensemble des sports nautiques est praticable sur cette côte sud, tout comme la pêche, ici miraculeuse, en privatisant, au joli port de Mirbat, par exemple (à 70 km de Salalah), un bateau et son équipage. “Le gouvernement investit beaucoup pour réhabiliter ses forts, patrimoine important de centaines d’unités parfois bientôt millénaires et pour certains déjà privatisables, comme celui de Taqa, à 30 km de Salalah”, indique Yahya Masoud al-Abrawi.
Rencontrer une famille
D’une manière générale, il résulte de la grande hospitalité omanaise que rien n’est vraiment impossible, comme plonger (sans bouteille) avec les pêcheurs d’ormeaux aux environs de Sadha (à 130 km à l’est de Salalah). “On peut aussi organiser une visite de mosquée en compagnie de son imam, se familiariser avec la traite des dromadaires avec les Bédouins, rencontrer une famille afin d’évoquer les coutumes du pays, dont le mariage qui autorise la polygamie sous certaines conditions, la manière de se vêtir ou de cuisiner.” À Salalah, la grande cité de la région qui se distingue nettement de la capitale Mascate par son climat tropical, ses cocoteraies et bananeraies s’épanouissant en pleine ville, les groupes découvriront la cuisine familiale au lait de coco mitonnée à la cardamone, au safran et bien évidemment à l’encens, l’or blanc de la région dont on peut assurer sans risque qu’il est plus pérenne que le pétrole.

Carte d’identité
Au sud-est de la péninsule d’Arabie, sur les bords du golfe d’Oman et de la mer d’Oman, le sultanat d’Oman partage ses frontières avec les Émirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sudouest. Cette monarchie indépendante depuis le milieu du XVIIIe siècle repose aujourd’hui sur une économie liée essentiellement à l’exploitation du pétrole et du gaz. Population : 2400000 habitants, dont 800000 à Mascate, la capitale, au nord du pays.
Formalités
- Passeport valide au moins six mois après la date d’entrée. Visa obligatoire pour les Français. Il s’obtient à Paris auprès de l’ambassade (90, rue de Courcelles, 75008 Paris • Tél. : 01 47 23 01 63) ou à l’aéroport de Mascate (12 €).
- Indicatif téléphonique : +968
- Décalage horaire : +3 h en hiver, +2 h en été
- Langues : l’arabe et l’anglais
- Monnaie : le rial omanais (OMR), divisé en 1000 baïzas – 1 OMR = environ 2 €
- Meilleure saison Entre octobre et avril (25°-30°) afin d’éviter les températures caniculaires de l’été. De juin à septembre, la région du Dhofar qui reçoit les pluies de mousson connaît des températures plus fraîches (20°-25°).
- Taille idéale des groupes La région du Dhofar est plus adaptée aux groupes n’excédant pas 50 personnes. À Mascate, en revanche, la capacité d’accueil est beaucoup plus importante, plus complète aussi en termes d’équipements comme de prestations.
S’y rendre
Oman Air est la seule compagnie à desservir Mascate en vol direct non-stop au départ de Paris. Cette liaison d’une durée de 7h30 environ est assurée par un Airbus A330-200 au rythme de quatre vols hebdomadaires à partir de CDG 2A (lundi, mercredi, vendredi et dimanche).
Par ailleurs, Oman Air opère cinq vols quotidiens entre Mascate et Salalah, sauf le dimanche (4vols par jour). Durée du trajet : 1h20.
Se renseigner
Office Du Tourisme Du Sultanat d’Oman
90, rue de Courcelles, 75008 Paris
Tél. : 01 47 23 01 63
E-mail : info@omantourisme.com / Internet : omantourisme.com
Hôtels
Shangri-La’s Barr Al Jissah Resort And Spa
Mascate qui dispose d’infrastructures de qualité est l’étape obligée des voyages incentive et événementiels accueillant un grand nombre de participants. Au sommet de cette offre, le Shangri-La, en bordure de mer, à 15 mn de Mutrah et 45 mn de l’aéroport, est constitué de trois hôtels dont les chambres avec balcon ou terrasse sont toutes orientées mer. L’implantation des bâtiments, très largement espacée, permet de bénéficier d’une ambiance rassérénante dans le cadre remarquable de falaises enserrant sa baie composée de petites plages indépendantes reliées par une promenade littorale sur laquelle s’ouvre l’essentiel des 8 restaurants du resort. Avec un amphithéâtre en plein air d’une capacité de 1000 personnes, de nombreux espaces extérieurs privatisables dont une plage, une ballroom (700 couverts) et un choix de salles de réunion modulables, ce Shangri-La est rompu à la gestion d’opérations importantes et sophistiquées.
Tél. : +968 24 77 66 66 / Fax : +968 24 77 66 77
Internet : www.shangri-la.com
Salalah Marriott Resort
Première implantation de la chaîne Marriott au sultanat, l’hôtel ouvert en février 2010 est situé en bord de mer, à 75 km de l’aéroport de Salalah. Bâti autour d’une vaste piscine, il dispose de 234 chambres et suites chacune avec balcon ou terrasse. Doté d’un café maure, d’un pub anglais et d’un lobby lounge face à la mer, ce nouveau Marriott propose deux restaurants, un spa et une salle de fitness. Business center et espaces de réunion de 590 m2.
Salalah Beach, Mirbat
Tél. : +968 23 26 82 45 / Fax : +968 23 26 82 71
Internet : www.marriott.com
Réceptifs
- Tri Travel : P.O. Box 365 118, Hormuz Building, Ruwi Street / Internet : www.tritraveloman.com
- Muscat Desert Adventures Tourism : P.O. Box 809, Muscat PC 133, Al Khwair, Shatti Al Qurum, Al Sarrooj Street / Internet : www.desertadventures.com
- Gulf Ventures : P.O. Box 1938, PC 130, Al Azaiba / Internet : www.gulfventures.ae
Bonnes idées
- Bivouac dans le désert, baignade dans les wadis.
- Privatiser un boutre pour découvrir le littoral et les plages inaccessibles par la route.
- Le camping libre étant autorisé sur l’ensemble du territoire, déjeuners, dîners ou campements sur la plage sont des options envisageables.
Shopping
De l’encens, bien sûr, les tapis fabriqués par les Bédouins des montagnes, les vêtements traditionnels, les khanjars (poignards sculptés en argent et en corne), des épices, des poteries ou des bijoux.
Guides pratiques
- Oman et les Émirats arabes unis, Bibliothèque du voyageur, Gallimard
- Oman, Country guide, Le Petit Futé






















