
Il y avait la foule des grands jours – et même un DJ – pour assister ce matin en gare de Paris Est au départ à 9h55 du premier train à grande vitesse devant relier la capitale à Berlin, via Strasbourg. Une liaison opérée pour la première fois en 8 heures environ, en ICE 3, dans le cadre de la coopération débutée en 2007 entre SNCF Voyageurs et la Deutsche Bahn (DB). Deux heures plus tard, une même rame s’est élancée de la capitale allemande en direction de Paris, l’essentiel du voyage se déroulant outre-Rhin avec des arrêts dans les gares de Francfort Sud et Karlsruhe. Chaque rame peut embarquer 444 passagers, dont 111 en première classe avec des tarifs débutant à 69 euros et à 59€ en 2nde.
Fort de cette liaison quotidienne, les deux compagnies estiment qu’elles sont en mesure de transporter 320 000 passagers sur cet axe stratégique malgré la distance et la durée de voyage. Quelque 75% des billets actuellement vendus concernent d’ailleurs la totalité du parcours. « Huit heures de train, cela peut paraitre long mais nous avons peu hésité avant de lancer ce service face à l’appétence des voyageurs pour le train, pour des raison écologiques notamment, a assuré Jean-Pierre Farandou, le Pdg de la SNCF. Les passagers peuvent voyager 8 heures dès lors que c’est confortable et que nous proposons un bon équipage« . Des agents multilingues des deux compagnies parlant français, allemand et anglais sont ainsi présents à bord de ces rames ICE 3.

Un train direct qui ne fait gagner pour l’instant que 30 minutes
La durée du voyage s’explique notamment par le fait que les trains circulent à 320 km/h en France, mais seulement à 250 km/h côté allemand. Alain Krakovitch, directeur de TGV-Intercités, a précisé que la DB avait eu des difficultés à trouver des sillons pour faire circuler ces deux rames quotidiennes en raison de la densification importante dur réseau ferroviaire allemand. « Nous espérons toutefois pouvoir revoir les horaires l’an prochain afin de faire partir plus tôt l’ICE 3 de Berlin et gagner ainsi de précieuses minutes sur la durée du voyage« , a-t-il précisé. De quoi séduire plus de clients qui seraient actuellement rebutés par les huit heures de trajet. Cette nouvelle liaison directe ne fait en effet actuellement gagner que 20 à 30 minutes par rapport au parcours que les voyageurs effectuaient précédemment avec des correspondances.
La concurrence de l’aérien perdurera
Outre la durée du voyage, les deux partenaires ferroviaires devront batailler face à la concurrence des compagnies aériennes low cost qui affichent des tarifs plus avantageux. Ainsi, pour un aller-retour entre le 22 et le 24 janvier 2025, il en coûte 228 euros en 1ère classe en train (et 768€ en Full Flex Première) contre 114€ avec Easyjet. Outre le confort et le service à bord, Jean-Pierre Farandou estime « qu‘un voyage de centre à centre est un atout compte tenu des acheminements souvent compliqués jusqu’aux aéroports » et du temps perdu passé dans ces plateformes aéroportuaires (enregistrement, contrôles de sécurité…).
Les voyageurs d’affaires disposeront ainsi, selon la compagnie, de longues heures utiles de travail à bord, le trajet entre Strasbourg et Berlin ne durant par exemple « que » 6h15. Et le Pdg de la SNCF de souligner confiant que « les réservations marchent très bien. Nous enregistrons un taux d’occupation supérieurs à 80% sur les premiers trains« . Pour réussir sur la durée face à l’aérien, la DB devra aussi relever le défi de la régularité, un tiers de ses trains longue distance étant arrivé en retard en 2023. Sur ce point également Jean-Pierre Farandou veut rester « confiant« .
Des indemnités en cas de retard
Le challenge est important pour les deux partenaires car en cas de retard les passagers bénéficieront de droits malgré le statut particulier de ce train international. Si le tronçon Paris-Berlin est annulé, ils devront en effet proposer « un réacheminement jusqu’à la gare de destination« , précise le Centre Européen de la Consommation. Si l’ICE affiche un retard supérieur à 1h, le passager aura droit « à une compensation équivalente à 25% du prix du billet et de 50% au-delà de 2h« . La compagnie doit en outre fournir nourriture et boisson dès un retard d’une heure. Si le passager possède une correspondance en gare de Berlin Hbf et que celle-ci est ratée en raison du retard du Paris-Berlin, l’indemnisation ne s’appliquera en revanche que sur le Paris-Berlin et pas sur le second train qui aura été réservé sur le site de la DB et non sur SNCF Connect.




















