
Transformer une catastrophe en une opportunité. C’était le message qu’a apporté l’Agence d’attractivité et de Développement Touristique de Mayotte (AaDTM), accompagnée des représentants de l’Union des hôtels et des offices de tourisme locaux lors d’une récente conférence de presse. Cette dernière s’est tenue à Paris quelques jours avant le voyage d’Emmanuel Macron à Mayotte et à La Réunion.
Les responsables touristiques du territoire ont tiré le bilan des destructions générées par le cyclone Chido. Ils ont ainsi présenté un instantané de l’état du secteur touristique et les premières mesures prises pour relancer l’activité. Avec une perspective sur ce à quoi pourrait ressembler le tourisme de Mayotte dans quelques années.
Des conditions à redéfinir pour le tourisme mahorais
Selon Michel Madi, directeur de l’AaDTM, 68 % des infrastructures touristiques ont été endommagées ou détruites. Ce qui représente un préjudice financier estimé à 21 millions d’euros. La relance se met en place doucement, mais elle est entravée par la mauvaise volonté des assurances qui restent encore réticentes à des remboursements. « Les assurances doivent faire leur métier« , fustige Charles Henri Mandailaz, Président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH).
Des aides de 20 000 euros sont déjà accordées pour la remise en état des hôtels et restaurants, aides que le Président de l’UMIH juge cependant insuffisantes. Au premier mars, 80% de l’hébergement était disponible ainsi que 43% des restaurants selon l’AaDTM – néanmoins de façon partielle. De plus, les corps de l’Etat impliqués dans la reconstruction réquisitionnent 57% des chambres de l’hôtellerie.
Le territoire a un vrai potentiel touristique qui, avant le cyclone, n’avait été que peu exploité. Question d’image de l’île. Mayotte a en effet souvent fait la une des media français, rarement de façon positive. Et aussi parce que l’Etat français et les autorités locales n’avaient guère montré d’ambitions touristiques.
Ce qui se traduit en chiffres. Selon l’Agence d’attractivité, Mayotte a accueilli 74 000 touristes en 2024. A comparer avec 556 000 touristes à La Réunion et 1,38 million de touristes à Maurice. La capacité d’hébergement se monte à 650 chambres sur l’archipel mahorais – contre plus de 3 300 chambres pour l’hôtellerie réunionnaise.
Le tourisme à Mayotte a généré 88 millions d’euros l’an dernier avec 5,6% des entreprises locales impliquées dans ce secteur. Subsistent d’autres écueils à un développement plus important du tourisme : des prix de l’aérien qui restent très élevés, un aéroport dont la piste est limitée pour l’accueil d’avions de forte capacité…
Ainsi que des formalités de visa très restrictives pour attirer des touristes hors d’Europe et de l’île Maurice. Cette dernière bénéficie en effet de conditions d’entrée assouplies vers les deux territoires français de l’Océan Indien.
Mayotte, une destination à faire découvrir
« Et pourtant, on a tout pour séduire les visiteurs. De l’avis des spécialistes, notre lagon avec sa double barrière de corail, est l’un des plus beaux du monde. Si certaines zones de ce lagon ont été abîmées par le cyclone, sa capacité de reconstitution est remarquable. Comme le sont d’ailleurs les paysages de notre île, où la nature reprend déjà ses droits« , raconte Charles Henri Mandailaz.
Cependant, l’Agence d’Attractivité et ses partenaires restent confiants dans l’avenir du tourisme. Elle souligne l’extraordinaire mobilisation des acteurs du tourisme, qui travaillent activement à une relance de leurs activités malgré les difficultés. « On peut le mettre au profond attachement des acteurs locaux au territoire. Elle constitue un levier essentiel pour la reconstruction« , souligne Michel Madi.
Désormais, le cyclone est perçu comme une opportunité pour faire de Mayotte une destination touristique à l’échelle internationale. Les autorités ont défini un plan d’action autour de 30 mesures pour le développement du secteur.
Les premières mesures immédiates s’orientent sur la stimulation du tourisme intérieur. Mais aussi sur la reprise des liaisons maritimes avec la reconstruction provisoire de pontons de plaisance et d’une structure d’accueil des bateaux de croisière. Plusieurs projets de développement hôteliers vont être accompagnés. Dont notamment la construction d’un hôtel de 200 chambres à Mamoudzou, la capitale.
Les autres mesures sur un plus long terme prévoient :
- Un appui renforcé à l’investissement et à la transformation durable du secteur : aides à la modernisation des structures, facilitation d’accès au foncier, digitalisation et certification au tourisme durable.
- la création de quatre pôles touristiques structurants, d’un Campus du Tourisme régional, d’ une offre valorisant le patrimoine naturel et culturel, et du développement d’un écotourisme autour du lagon.
Le besoin global de financement est ainsi estimé à près de 160 millions d’euros, dont 126 millions d’euros sur le moyen/long terme.
La visite en avril d’Emmanuel Macron à Mayotte et sa promesse d’accélérer la reconstruction de l’île suscitent certainement de nouveaux espoirs. Si tout se passe comme prévu, les premiers projets pourraient même démarrer dès octobre prochain. Avec l’ambition de finalement positionner Mayotte comme une destination touristique à part entière avec son exceptionnel patrimoine culturel et naturel. Les activités MICE pourraient donc jouer un rôle essentiel à la redécouverte de ce petit territoire français de l’Océan Indien. Tout comme le trafic d’affaires en regard des futurs investissements.




















