
Comment décririez-vous l’activité MICE depuis le début de l’année ?
Laurent Gabard – C’est un marché de crise, avec une très forte attention portée au panier moyen. Celui-ci est stable, voire en légère baisse. En ce qui concerne plus spécifiquement Rejolt, notre activité progresse, avec l’arrivée de nouveaux clients et une belle dynamique. Depuis quelques semaines, je sens l’activité qui reprend, je ne m’y attendais pas vraiment. C‘est peut-être lié à notre portefeuille clients, ou aux entreprises qui ont mis leurs projets en attente et qui jugent à nouveau important de réunir les équipes… Il faudra faire le bilan en janvier. Mais on sent globalement beaucoup d’attentisme, beaucoup de décisions qui prennent plus de temps que d’habitude. Donc toujours pas mal de demandes, mais des décisions qui tardent : une situation de crise classique finalement.
Sur quels formats d’événements portent les demandes ?
Laurent Gabard – En ce qui concerne les typologies de demandes, il y a vraiment eu cette année une forte évolution de l’animation team building. On l’avait déjà constaté l’an dernier, et ça se confirme en 2025. Le nombre de participants par événement est également en hausse, de l’ordre de 10 à 12%. Il y a donc un vrai besoin de réunir davantage les équipes. On fonctionne beaucoup aujourd’hui en travail hybride, ce qui fait que les gens ont besoin de se voir, et l’étude que nous avons menée avec l’agence de conseil Peclers Paris le montre. Les jeunes générations notamment ont vraiment besoin de connaître les équipes. Et ces événements servent aussi à ça. Il y aussi, je pense, un autre aspect : face à la crise, on a besoin de rassembler davantage les équipes pour les mobiliser sur des enjeux à court et moyen termes, mettre en place des plans d’action. Et il est plus facile de mobiliser les collaborateurs quand on se voit que durant une visio.
On nous avait pourtant promis l’avènement du « tout-techno » suite à la crise. Et finalement, on assiste à un retour aux fondamentaux et au présentiel…
Laurent Gabard – Je suis complètement d’accord. Mais ce n’est pas un retour à l’événementiel traditionnel au sens séminaire, plénière, salle de réunion, etc. On sent que les entreprises ont envie de surprendre, et surtout les collaborateurs le demandent. Ils veulent être captivés, ils demandent plus d’humain, plus de sens, et moins de « show off » et de « top down ». Plusieurs études confirment que, de la même manière que les nouvelles générations regardent de très près ce que fait l’entreprise en matière de RSE, elles observent de très près la façon dont elle organise un évènement.
L’outil développé par Rejolt avec La Poste surfe sur ces tendances…
Laurent Gabard – La Poste est un partenaire de Rejolt depuis de longues années. Ils disposaient déjà d’un programme, « Déclic – mon temps de travail solidaire » via lequel ils organisaient déjà des animations team building avec des associations. Ils voulaient moderniser leur approche dans ce cadre RSE. On a donc travaillé avec eux pour faire en sorte que, l’on puisse retrouver sur la plateforme des associations qui proposent de monter des animations team-leading autour de leur spécificité : la santé, l’environnement, la protection des oiseaux, le handicap… Des sujets qui sont vraiment d’ordre RSE et qui font que le team-building en question va bien ouvrir un certain nombre de réflexions pour les collaborateurs autour de ces sujets.
La Poste aura-t-elle « l’exclusivité » sur cette démarche ?
Laurent Gabard – Les associations que nous avons approchées nous ont dit qu’elles seraient partantes pour proposer ces activités team building RSE à d’autres entreprises également. Donc certaines seront aussi visibles par d’autres clients. Mais le travail que l’on a fait, on l’a vraiment fait en co-construction avec la direction RSE du groupe La Poste. Il y a une forte demande, mais on ne sera pas à 50% de team building solidaire. L’idée, c’est de faire 5, 10, peut-être 15%, et de sensibiliser vraiment les collaborateurs.
Quelles sont les autres priorités de développement de Rejolt ?
Laurent Gabard – Les gros enjeux sont liés au développement de Rejolt, et nous allons nous lancer sur l’Europe à partir du début d’année 2026. En matière de contenu, on couvre aujourd’hui tout le scope événementiel, on intègre aussi maintenant un pool d’agences événementielles référencées sur la plateforme. Et nous intégrons bien sûr continuellement de nouveaux lieux, souvent en avance par rapport à d’autres plateformes. Nous cherchons à être précurseurs, et ce dans toutes les villes, pas seulement en région parisienne.
Outre ce catalogue, sur quels terrains se joue la « bataille » entre les différentes marketplaces de l’événementiel ?
Laurent Gabard – Sous plusieurs angles. Il se trouve que nous sommes vraiment positionnés sur les très grands comptes. Nous disposons d’une expertise au-delà de la place de marché, de la recherche et de la réservation. Il y a une expertise de gestion de l’achat événementiel, avec du reporting, l’intégration aux flux transactionnels de l’entreprise, les ERP, etc. Et on veut rester en avance sur ce terrain. Notre deuxième grosse différence concerne le nombre de prestataires référencés : clairement, nous sommes très loin devant la plupart des autres plateformes, on va vraiment du restaurant à l’agence événementielle en passant par les prestations connexes. Le prescripteur peut organiser beaucoup de choses avec notre plateforme, c’est vraiment aussi notre fer de lance. Et, comme tout le monde, on travaille beaucoup sur l’expérience utilisateur. Il n’y a pas de secret : il faut que l’utilisateur soit satisfait, et nous avons de très bons retours.
Quid de l’intégration avec l’écosystème business travel que l’on nous promet depuis longtemps ?
Laurent Gabard – On en parle depuis longtemps, mais ce sont quand même des métiers assez différents. Sur le MICE, on est vraiment sur des points de contact extrêmement multiples pour un même dossier. Donc finalement, la complexité, ce n’est pas celle des outils, mais plutôt celle du contenu d’un événement. Les besoins sont différents, les prestataires et les lieux aussi… Sur le travel, je pense qu’il y a une complexité technique assez forte en matière d’intégration, de diffusion, de distribution. Nous, on est vraiment sur une problématique liée au métier en soi, c’est-à-dire le nombre de prestataires et surtout les mouvements sur un dossier. Tous les jours sur l’événement, entre le moment de la réservation et le paiement de la facture, il y a du mouvement. Donc il faut être capable de gérer ces flux. C’est ce qu’on sait faire, et ce qu’on veut faire très bien.
L’IA n’a pas fait évoluer cette distinction ?
Laurent Gabard – On peut bien sûr améliorer la rapidité de recherche de propositions et de prestataire. Mais quand il s’agit ensuite de travailler sur des reporting fiables, de la data de qualité, du paiement, il faut quand même des outils très performants, donc on investit beaucoup en R&D là-dessus.
La consolidation des TMC ne pourrait-elle pas déboucher sur une « extension du domaine de la lutte », sur le terrain du MICE ? Peut-être via un nouveau rachat d’ailleurs…
Laurent Gabard – Je pense que tout le monde réfléchit à tout en ce moment. Certains y aperçoivent une nouvelle possibilité de concentration. Je pense que le marché est très large et aujourd’hui, surtout, il ne faut pas oublier que c’est un marché qui est encore en train de s’équiper. C’est-à-dire que beaucoup d’entreprises fonctionnent en direct avec les prestataires. Le taux d’équipement n’est pas celui du voyage. Il y a donc encore de belles années devant nous je pense !




















