
L’attaque sur l’Iran par Israël et les Etats-Unis ne pouvait pas rester sans conséquence sur le transport aérien. Les tarifs aériens sont en forte hausse, sous un triple effet :
- La baisse drastique de l’offre aérienne dans les grands hubs du Golfe (Bahrain et Koweit restent totalement fermés tandis qu’Abu Dhabi, Doha et Dubaï fonctionnent au ralenti) se traduit par une hausse spectaculaire des tarifs. Cela concerne particulièrement les lignes Europe/Asie mais aussi de manière moins forte les lignes Europe/Afrique.
- Un rallongement des routes aériennes afin d’éviter le Golfe Persique.
- La hausse du prix du baril de pétrole, passé de 70 à 100 dollars en quelques jours, a été immédiatement répercutée par les compagnies aériennes : augmentation des tarifs ou retour d’une surtaxe carburant. Cette dernière avait plus ou moins disparu depuis une petite décennie…
L’effet fermeture des hubs du Golfe
La forte réduction de l’activité des aéroports du golfe a de fait exacerbé la demande par rapport à une offre, désormais en baisse. Par exemple, le consultant aérien Cirium, qui analyse les mouvements d’avion, indique que 20 % des passagers entre l’Europe et l’Asie ont volé en 2025 sur un transporteur du Golfe. Entre États-Unis et Asie, ce chiffre atteint 10%.
Le consultant aérien OAG a récemment publié une analyse des 20 plus importantes compagnies aériennes du monde. On y trouve notamment British Airways, Lufthansa, Turkish Airlines mais aussi Emirates et Qatar Airways. Emirates est la quatrième plus importante compagnie au monde pour le nombre de sièges/km volés (ASK) tandis que Qatar Airways se place en 7ème position. En 2025, Emirates servait 302 lignes, Qatar Airways 382. Le nombre plus réduit de lignes d’Emirates s’explique par le transfert de nombreuses liaisons à flyDubai, compagnie low-cost devenue entre-temps premium.
Néanmoins, on peut juger de l’effet qu’à la réduction de l’activité de ces deux compagnies en analysant leurs capacités par région : Emirates proposait en 2025 l’équivalent de 74,95 millions de sièges dont 52,1 % sur le Moyen-Orient, 17,2 % sur l’Asie, 16,8 % sur l’Europe et 6,2 % sur l’Afrique. Ces trois derniers continents représentaient ainsi 40 % de cette offre.
De son côté, Qatar Airways proposait 55,22 millions de sièges en 2025 répartis à 57,8 % au Moyen-Orient, à 15,3 % en Asie, 14,8 % en Europe et 5,9 % en Afrique. Ces trois derniers continents accueillaient ainsi 35 % des capacités de la compagnie. À titre de comparaison, la capacité de Lufthansa sur Afrique/Asie/Moyen-Orient atteignait 5,8 % de son offre sièges l’an dernier ; chez British Airways, la capacité offerte en sièges sur ce même trio s’élevait à 6,5 %.
Les prix s’envolent sur le très court terme
La réduction des capacités pèse donc sur les prix. Certes, la panique des premiers jours de guerre, avec des centaines de milliers de gens coincés dans le Golfe et souhaitant rentrer au plus vite, ont fait bondir les prix dans des proportions sans équivalent. Sur les sites de réservation des compagnies aériennes ou des agences en ligne, un aller simple Bangkok-Paris ou Singapour-Francfort en classe économique se vendait entre 2 000 et 4 500 euros.
Néanmoins, les prix pour le futur plus lointain restent élevés. Le tarif d’un aller simple Paris-Singapour pour le 21 avril réservé à la date du 13 mars s’affiche sur Skyscanner à plus de 1 100 € sur un vol sans escale d’Air France ou Singapore Airlines. On peut néanmoins trouver moins cher avec des compagnies chinoises, avec une escale. Un vol Genève-Bangkok à la même date avec escale se négocie à 680 € (616 CHF) l’aller simple en classe économique sur Turkish Airlines. Contre un minimum de 387 € sur Etihad via Abu Dhabi avec tous les risques que cela peut comporter.
Le retour des surcharges carburant
Cette semaine se sont ainsi multipliées les annonces de hausse tarifaire ou de surcharge carburant. À commencer par Air France-KLM qui a dévoilé une hausse de 50€ sur un aller-retour long-courrier. Sans parler du prix du billet en lui-même. La compagnie indique pourtant avoir sécurisé 70% de ses achats de carburant sur les deux prochains trimestres et à 60% sur le trimestre suivant. D’autres transporteurs avaient décrété en début de semaine des hausses de leurs tarifs. Notamment SAS, qui parle d’une hausse « temporaire ».
Ni Lufthansa, ni British Airways n’ont pour l’instant révélé d’augmentation de la surtaxe fuel. S’adressant à la chaîne de télévision Al Jazeera, BA a même indiqué ne pas envisager de hausse car 80 % de ses achats de kérosène sont actuellement couverts. Le Président du directoire du groupe Lufthansa, Carsten Spohr, expliquait à l’agence de presse dpa que le groupe s’est largement protégé pour l’année en cours contre de fortes hausses des prix du kérosène grâce à des contrats à terme.
C’est plutôt en Asie que l’on assiste à une « valse des étiquettes ». Cathay Pacific, Hong Kong Airlines, Air India, Thaï Airways International, Qantas ou Air New Zealand ont toutes annoncé des hausses significatives de leurs tarifs. Thaï Airways parle de 10 % à 15 % de hausse tarifaire, Hong Kong Airlines de 35% sur sa surcharge kérosène, Cathay Pacific doublant dans le même temps sa surcharge carburant. Pour un aller simple entre Hong Kong et l’Europe, il faudra débourser désormais 129 euros au lieu de 62 euros. Air New Zealand a également introduit une surcharge d’à peu près 49 euros par trajet sur ses liaisons long-courrier.
Le mouvement à la hausse n’est néanmoins pas prêt de s’arrêter à court terme, à l’aune des développements observés au Moyen-Orient. Actuellement, les compagnies asiatiques et européennes sont relativement couvertes par les fluctuations de prix sur le marché du pétrole. La situation deviendrait plus complexe si le conflit se poursuit pendant plusieurs mois.


















