
Pourquoi avoir créé la Fédération Française du Team Building ?
Fanny Dautzenberg – Il y a eu beaucoup de bouleversements sur le marché de l’événementiel, et plus spécifiquement du team building, notamment avec l’essor des plateformes qui mettent directement en relation clients et prestataires. Ces places de marché référencent un grand nombre d’activités sous l’étiquette « team building », sans véritablement distinguer les unes des autres. C’est de ce constat qu’est née la volonté des membres fondateurs de se regrouper au sein d’une fédération, pour structurer le marché, le professionnaliser et le valoriser. Cela commence par avoir une définition claire de ce qu’est le team building. Pour nous, ce sont des activités qui ont vocation à favoriser la cohésion des équipes, à créer de la communication interpersonnelle et à stimuler l’intelligence collective. Ce n’est pas la même chose que des activités bien-être ou de loisirs. Le team building a presque une fonction managériale : on intervient au cœur des équipes. Or aujourd’hui, tout est mis dans le même panier, ce qui galvaude le terme. Nous avons donc voulu mieux communiquer sur ce qui constitue ou non une activité de team building, et rédiger une charte d’engagement comme fil conducteur entre membres.
Que contient cette charte ?
Fanny Dautzenberg – Elle repose sur cinq piliers. Le premier est la légalité : respect total de la législation du travail, des obligations fiscales et sociales, et souscription obligatoire à une assurance RC Pro spécifique aux activités événementielles. Le deuxième est la sécurité physique et psychologique des participants. Le troisième est la qualité : l’ensemble du personnel encadrant les activités est formé et professionnel. Le quatrième est l’inclusivité, pour s’assurer que les activités sont accessibles à tous. Le cinquième est la RSE : les membres sont sensibilisés aux bonnes pratiques et s’engagent à proposer des activités les plus respectueuses possible.
Qui compose aujourd’hui la fédération, et qui cherchez-vous à attirer ?
Fanny Dautzenberg – Nous comptons actuellement 30 membres : Arcane Experience, CBR Team Building, les Coqs en Pâte, Azefyr, entre autres. Nous cherchons avant tout des acteurs qui partagent notre définition du team building et qui s’engagent sur l’ensemble de ces critères. Nous sollicitons directement les professionnels que nous connaissons, et notre visibilité croissante génère aussi des demandes d’adhésion spontanées, que nous trions collectivement.
Chez les clients, qui est en charge du dossier team building ?
Fanny Dautzenberg – Les interlocuteurs sont variés : responsables d’équipe, office managers, assistantes de direction, responsables communication ou RH.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le label que vous venez de lancer ?
Fanny Dautzenberg – Oui, nous avons lancé un label « Lieux et Hôtels ». L’objectif est d’étendre progressivement le périmètre de la fédération au-delà des seuls prestataires d’activités, pour toucher l’ensemble des acteurs qui vendent ces prestations et, de fil en aiguille, atteindre le client final. Un lieu ou un hôtel labellisé FFTB pourra valoriser ses partenaires certifiés, et le client disposera d’un signe distinctif de qualité. Nous travaillons également avec les plateformes : nous avons par exemple conclu un partenariat avec Kactus, qui a créé un filtre dédié aux acteurs labellisés FFTB. Ce label répond à un manque réel. Aujourd’hui, sur les plateformes, une activité de team building se retrouve noyée à côté du lancer de hache ou de séances de sophrologie ! Ce n’est pas du tout la même chose, ça ne répond pas aux mêmes objectifs. Avoir un signe de confiance identifiable, c’est essentiel, en particulier pour les entreprises qui font face à des enjeux importants d’engagement et de santé mentale.
Pourquoi le nom « Fédération française », une terminologie plutôt sportive ?
Fanny Dautzenberg – C’est venu assez spontanément. Je n’avais pas fait le parallèle avec le sport, mais c’est vrai qu’il y a un rapprochement possible.
La Coupe du monde doit être une période propice aux opérations de team building…
Fanny Dautzenberg – Certains membres proposent des activités qui surfent sur cet événement. Mais juin reste de toutes façons un mois phare pour le team building, juste avant les vacances.
Regarder un match entre collègues : est-ce du team building ?
Fanny Dautzenberg – Non, pas selon notre définition. Il n’y a pas de dispositif pensé pour favoriser la communication, le lien et la cohésion. Cela dit, c’est un moment convivial, probablement spontané, et ça fait du bien au moral. Même si ça ne correspond pas à notre définition, regarder les matchs ensemble, c’est un bon moment !
Quelles sont les grandes tendances du secteur ? Le télétravail doit favoriser la demande pour renforcer la cohésion des équipes…
Fanny Dautzenberg – On observe une forte demande pour les activités en extérieur, « au vert », hors des grandes agglomérations. Les formats ludiques restent très présents : murder party, escape game… Et le team building reste souvent adossé à un séminaire ou à une journée d’étude. Concernant le télétravail, le besoin de cohésion est réel, mais il est contrebalancé par les craintes budgétaires des entreprises. Après une forte croissance post-Covid, nous stagnons un peu aujourd’hui. Les entreprises ont envie de proposer des activités à leurs salariés, mais l’arbitrage économique et politique l’emporte souvent. Nous le voyons concrètement : des projets sont lancés, puis abandonnés faute de budget.
L’intelligence artificielle irrigue tous les secteurs. Le team building fait-il exception ?
Fanny Dautzenberg – Nous recevons des demandes d’activités de sensibilisation à l’IA. Plusieurs membres en proposent. L’intérêt est réel : l’IA ne peut pas se déployer uniquement par le haut. Si l’entreprise l’impose sans que les collaborateurs se l’approprient, ça ne fonctionne pas. Le team building crée une vraie interaction, un « bac à sable » ludique où l’on peut expérimenter sans risque. C’est une façon efficace de favoriser cette appropriation de l’IA. Cela dit, ce n’est pas la majorité de nos activités. Et l’impact de l’IA sur notre métier reste marginal : nous faisons des activités dans le réel, qui invitent les participants à lever le nez de leurs écrans et à se retrouver entre humains. Ça, l’IA n’est pas encore capable de le concurrencer !

















