
Une hausse de l’offre, des tarifs plus accessibles et, au final, une augmentation des trafics : tel est le premier bilan de l’ouverture à la concurrence ferroviaire selon l’étude menée par le cabinet Frontier Economics, réalisée pour le compte de l’Association Française du Rail (AFRA) qui poursuit ainsi activement son travail de lobbying. Selon elle, cette ouverture est d’autant plus nécessaire que 15% du marché est aujourd’hui non satisfait par la SNCF, ce qui représenterait 25 millions de passagers par an.
Avec l’engouement pour le train lié à des préoccupations écologiques mais aussi à la hausse du prix des carburants, cette demande non pourvue pourrait grimper à 24% en 2030 si rien n’est fait, soit 46 millions de voyageurs qui resteraient à quai. Déjà, l’arrivée de Trenitalia sur Paris-Lyon a permis une hausse de trafic de 20% avec à la clé une baisse de tarif de l’ordre de 10%. Loin encore de la baisse de prix observée en Espagne où cette ouverture sur la ligne Madrid-Barcelone a entrainé une chute de 47% des tarifs pour une augmentation de 77% de la demande.
Un milliard d’euros de retombées pour le réseau en 2035
L’arrivée de nouveaux entrants est d’abord rendue possible par la sous-utilisation du réseau à grande vitesse et les nouveaux systèmes de signalisation et de sécurité ferroviaire qui permettent de faire circuler davantage de trains. L’étude vient battre en brèche l’idée que ces nouvelles compagnies sont néfastes pour le réseau, car elles augmentent les coûts d’entretien de celui-ci tout en bénéficiant d’une réduction des péages pendant trois ans. Frontier Economics estime qu’elles ont contribué à hauteur de 86M€ en 2025 au financement du réseau, « au-delà des seules lignes qu’ils desservent ». Une somme qui devrait grimper à 146M€ en 2026 et 640M€ à l’horizon 2031 en comptant l’arrivée de Velvet et de Kevin Speed.
« Cette contribution pourrait franchir le cap du milliard d’euros en 2035 si la France atteint le même degré d’ouverture à la concurrence que nos voisins, soit près de 40% », estime Catherine Galano, l’executive director de Frontier Economics. La question des péages demeure ainsi l’un des points cruciaux selon l’Afra pour ouvrir le marché. « Ils sont trois à quatre fois plus élevé que chez nos voisins. C’est un frein qui limite le développement de l’offre », considère Solène Garcin-Berson, la directrice générale de l’Afra. Leur montant, supérieur de 50% comparé aux lignes italiennes ou espagnoles – avec des niveaux qui devraient encore progresser en 2027 – oblige les nouveaux opérateurs à avoir le taux de remplissage le plus élevé possible. L’Afra milite ainsi pour leur réduction afin de baisser le prix des billets et favoriser l’ajout de fréquences. Avec, à la clé, 50 millions de voyageurs additionnels en 2035.
Ouvrir la distribution des concurrents sur SNCF Connect
Pour accroître les remplissages, l’Afra milite plus que jamais pour une distribution de toutes les compagnies par SNCF Connect, la plateforme de vente de la SNCF. Après le vote au Sénat de la loi-cadre sur les transports, l’Afra espère une adoption prochaine à l’Assemblée de ce texte qui permettrait d’ouvrir cette commercialisation d’ici 2028. Le contexte pousse en ce sens après l’avis de la Fnaut (Fédération nationale des Associations d’usagers des transports) mais surtout de l’action de la Commission européenne qui souhaite que la billettique ferroviaire garantisse un affichage de l’offre neutre et transparent dans les prochaines années. « C’est essentiel pour les voyageurs et les nouveaux opérateurs que cela se concrétise dans les meilleurs délais », assure Solène Garcin-Berson. Et d’ajouter que ceux-ci « ne prennent pas des passagers à la SNCF mais en génèrent en plus ».
Il n’en reste pas moins que le ticket d’entrée pour prendre pied en France est astronomique pour les nouveaux acteurs. De l’ordre de 1 milliard d’euros sur 5 ans selon l’Afra en tenant compte de l’acquisition des rames, l’atelier de maintenance, la formation des personnels, le marketing pour le lancement de la marque, la montée en charge… C’est peu ou prou le montant de la levée de fonds réalisée par Velvet pour son lancement en 2028, dont 850 M€ pour l’acquisition de 12 rames Avelia Horizon auprès d’Alstom.





















