Laponie finlandaise : silence, lumières et action !

Laponie finlandaise : silence, lumières et action !

Le silence de la neige. Les lumières boréales. Le plein d’aventures inédites. Culture sami, huskies, skis et rallyes.?Récit ravi d’un séjour en Laponie finlandaise, à 250 kilomètres au nord du cercle polaire. Par Julien Hirsinger
Photos Alain Parinet

« Il n’existe pas deux flocons de neige identiques”, écrit-on dans le Journal de Saariselkä. Et on peut lui faire confiance. Car, en matière de neige, on s’y connaît dans ce village de 350 habitants, mais 13500 lits au coeur de la Laponie, au nord de la Finlande, dans la municipalité d’Inari.

C’est le dernier mois de l’automne. Voici venu le temps du kaamos, la “période sans soleil”. Un abus de langage à vrai dire, car contrairement à ce que l’on raconte sous nos latitudes, l’astre suprême ne disparaît jamais totalement du paysage, même au tournant de l’hiver. Retour au Journal de Saariselkä?: “la saison sans soleil ne signifie pas une période d’obscurité. Bien que le soleil soit sous l’horizon, ses rayons continuent de briller.”

De fait, pour les visiteurs de décembre, cette nuit polaire offre un spectacle unique. Dans son halo lumineux, le soleil ne laisse plus entrevoir que les teintes les plus secrètes de sa palette chromatique?; le pourpre, le bleu électrique, le violet même. Parfois, il daigne libérer ses particules dans l’espace. Leur rencontre avec l’ionosphère, tout là-haut, va créer cette danse toujours inédite entre la lumière et la nuit et qui porte le nom évocateur d’“aurore boréale”.

C’est LA star de Saariselkä. On vient ici du monde entier pour saisir la chance d’observer au moins une fois ces fameuses “aurores boréales” pour les Français, “northern lights” en version anglaise. Un voeu qui tourne rapidement au jeu, à une lubie qui envahit gentiment toutes les conversations. “Vous avez vu celle d’hier ? C’était magnifique ! Il paraît qu’il y en aura une plus belle encore après-demain… ” C’est ainsi que l’on s’accoste dans les rues de la ville, entre un tour en traîneau à chiens et une séance au sauna. Car à Saariselkä, il y a quand même pas mal de choses à faire entre deux séances d’apparition de la vierge boréale. Il suffit de regarder sa feuille de route pour le vérifier.

Glisse à gogo

Premier jour : safari en motoneige. Un must pour les individuels comme pour les groupes incentive. “On a déjà reçu 1100 personnes de chez McDonald. Mais normalement, la taille maximale, c’est 99 personnes, avec un guide pour sept participants”, détaille le solide accompagnateur. Cependant, quel que soit le nombre, l’objectif reste le même : partir en quête de sensations fortes dans la blanche nature au guidon d’une 800 cm3. Et ce ne sont pas les possibilités qui manquent, avec 1000 kilomètres de pistes autour de Saariselkä. Les options proposées sont nombreuses, du basique “safari des trois collines” jusqu’au safari nocturne à la recherche des aurores boréales ou au circuit “nature sauvage et pêche sous glace”. Lors des excursions lancées en fin de matinée, le parcours s’interrompt généralement à mi-course dans une cabane en rondins façon trappeur où le guide prépare un feu de bois et réchauffe de quoi revigorer les participants : café, thé et l’omniprésente, mais toujours bienvenue, soupe de saumon à l’aneth.

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1 — Image étonnante d’un bateau échoué au milieu de la banquise immaculée. L’impression est trompeuse, car il s’agit en fait d’un briseglace qui, après trente ans de bons et loyaux services, s’est reconverti dans les croisières touristiques, scindant les eaux glacées du golfe de Botnie en laissant entendre des craquements effroyables.

Rencontre avec un sapin

Voilà pour le réconfort. Mais, bien sûr, il y a aussi de l’action dans la pratique de la motoneige. Le corps est mis à l’épreuve, car la conduite de l’engin exige du tonus dans les bras, et surtout une vigilance de tous les instants. La machine ne se laisse pas redresser facilement et le moindre écart peut valoir, dans l’ordre de gravité, les sarcasmes du groupe ou un tête-à-tête non désiré avec un conifère.

En revanche, inutile de craindre le froid : les prestataires fournissent tout ce qui est nécessaire pour lutter contre cet ennemi pinçant, avec l’équipement vestimentaire ad hoc, des poignées et un range-pieds chauffants. Pas de risque de froid non plus, le soir venu, lors de la promenade en traîneau tiré par des rennes, balade qui semblera bien paisible aux rescapés du raid en motoneige. Ici, l’attrait n’est plus dans la griserie, mais dans la contemplation, allongé dans le traîneau, blotti sous la couverture, les yeux en travelling sur la voûte étoilée qui se devine derrière la canopée des érables et des ormes. On pourra aussi choisir de faire cette balade de jour, mais elle prend une dimension particulière la nuit, pour peu que le ciel soit dégagé et que les lumières boréales se mettent à danser.

Sous le soleil de midi

Sous le soleil de midi, des sapins alourdis par l’abondance de neige étendent leurs ombres allongées. Pour les participants aux incentives en version lapone, c’est l’heure de s’adonner aux multiples loisirs proposés autour de Saariselkä : un safari en motoneige sur les 1 000 kilomètres de pistes que compte la région d’Inari ou une balade en raquettes – plus écologiquement correcte – , du ski hors-pistes pour les plus aguerris et, pour les contemplatifs, une pêche au trou.

Bien sûr, en cas de tempête de neige, ce n’est pas la même chanson.?Mieux vaut alors rester chaudement calé près de la cheminée pour préparer l’expédition suivante, le safari en huskies. Et réviser au passage les derniers conseils avant le départ. Attention au démarrage : sur la neige comme sur la glace, les huskies partent pattes au plancher pendant une dizaine de mètres avant de ralentir la cadence pour profiter de l’effet de glisse. Rester sur ses gardes, ensuite : malgré l’agrément de la balade sauvage en forêt, il est préférable de garder l’oeil sur la route, les mains sur les rênes et un pied posé sur le frein de la luge. Avec une meute lancée à toute allure sur une route glacée, le paradis blanc peut subitement se transformer en quasi calvaire pour tous les passagers.

Si tout se passe bien – et tout se passe toujours très bien –?, le safari en huskies laissera le souvenir exquis d’une jolie promenade à travers les blancs vallons de Laponie, éventuellement suivie d’un déjeuner sous la hutte ou d’une visite du chenil où l’on apprendra à mieux connaître ce chien aux yeux troublants de loup venu de Sibérie.

Sauna au feu de bois

Une pause. C’est ce que le corps implore après ce régime intensif d’activités sur le grand tapis blanc. Et la pause, en Laponie comme partout ailleurs en Finlande, c’est au sauna que ça se joue. Un chiffre pour saisir la portée du phénomène : on compte plus de 2 millions de saunas dans le pays pour seulement 5,2 millions d’habitants ! Un élément essentiel du mode de vie local donc, présent dans près de la moitié des foyers. Plus simple et plus pratique, moins chère, sa version électrique a bien entendu raflé la majeure partie du marché. Mais il reste heureusement un grand nombre de conservatoires de la tradition du sauna sans cheminée, au bois : les fameux savusauna ou “smoke sauna”. On en trouve un, remarquable, dans la gracieuse station de Kiilopää, à 16 kilomètres de Saariselkä.

Sport roi des pays nordiques

4 — Sport roi des pays nordiques, le ski de fond bénéficie à Saariselkä d’infrastructures haut de gamme avec plus de 200 kilomètres de pistes de tout niveau, pour l’initiation des novices ou le plaisir des pratiquants chevronnés. 5—Les traîneaux glissent sur l’immensité neigeuse, bercés par le seul son d’une cloche qui tintinnabule au cou de rennes placides. Un moment de poésie où l’on se plaît encore à croire à l’existence du père Noël.

Voilà comment cela se passe… Tous les matins, à sept heures, un préposé met le feu au tas de bûches de saule rassemblées dans une immense cuve au-dessus de laquelle sont posées des pierres. Au terme de six heures d’active combustion, la porte s’ouvre enfin pour laisser sortir la fumée, puis faire entrer les premiers volontaires. La quotidienne farandole du sauna peut alors démarrer. On s’assied, on se tait, on sue et souffre quelques minutes en silence dans une délicieuse odeur mêlée de feu de bois et de chaleur minérale. Au bout de quelques minutes, juste avant que le doux supplice ne s’engage sur son versant désagréable, on s’extrait de la fournaise en tenue d’Ève ou d’Adam pour affronter l’hiver. L’épiderme est paré, prêt à se faire refroidir de manière tout aussi violente qu’il vient d’être réchauffé.

La tête dans les aurores boréales

1 — La tête dans les aurores boréales : l’Hotel & Igloo Village Kakslauttanen propose des igloos de verre répartis au milieu de la forêt, cocons haut de gamme où observer bien au chaud le spectacle des nuits nordiques. 2—Reconstruit chaque année par des sculpteurs sur glace, le Snow Village de Lainio joue sur cet élément froid pour donner naissance à des intérieurs aux éclairages fantasmagoriques ou à l’innocente pureté, comme ici dans sa chapelle nuptiale.

À ce stade, il existe deux écoles. Première possibilité : se rouler dans la neige. Spectaculaire, photogénique, mais beaucoup moins téméraire que la seconde option : plonger dans le trou creusé dans le ruisseau glacé… Qu’on ose ou qu’on n’ose pas, une seule certitude : ça calme.

Fin de la pause et retour à l’action. À l’Actionpark, plus exactement, le meilleur endroit pour s’initier à une autre des spécialités locales, difficilement exportable : la conduite auto sur glace et sur neige. Courbes inhumaines et accélérations stupéfiantes, il faut avoir le coeur encore mieux accroché que la ceinture pour embarquer dans la voiture du fou furieux installé au volant pour ce baptême du feu sur un circuit immaculé. C’est évidemment sans danger, mais on a pourtant la certitude à chaque virage de voir sa dernière minute arriver. Le produit phare de l’Actionpark, c’est le “snow combo”, où l’on retrouvera le meilleur de ce que le lieu peut proposer à son visiteur d’un jour : un entraînement à la conduite hivernale, du karting sur glace, un tour dans une voiture de rallye accompagné d’un conducteur chevronné et un repas sous une tente lapone ou dans le restaurant du lieu.

Un air de bal polaire

Mais, à force d’empiler ainsi les modes de transports exceptionnels, on finirait presque par négliger l’attrait de l’ordinaire, le bon vieux ski de fond. “Ici, quand les enfants commencent à marcher, on les met sur des skis » rappelle-t-on pour justifier les kilomètres de pistes dédiées – 200, dont 40 éclairées – que compte Saariselkä. Une abondance qui promet une promenade tranquille à travers bois, mais pas seulement. Car on ne croise pas que des épicéas et des pins sylvestres sur les pistes de Saariselkä. Un exemple avec cette route, l’une des plus populaires, qui conduit à l’hôtel Laanihovi.? Tous les après-midi s’y déroule un bal de monotanssit – littéralement “danse de chaussures de ski”?– le long d’une petite piste de quatre kilomètres surnommée la “route du parfum”. On comprend pourquoi en constatant, sur la piste de danse, le soin apporté à leur mise par les dames et demoiselles qui ont fait le chemin. Apprêtée et pomponnée, chacune trouve rapidement son chacun et on regarde avec une certaine fascination ces couples, plus ou moins légitimes selon la chronique, tournoyer sans s’économiser sur des rythmes de bal totalement délaissés dans nos contrées. Au fil des heures, au fil des verres, une évidence se détache?: pour bon nombre de convives, le trajet de retour sera sûrement moins rectiligne et beaucoup plus long qu’à l’aller…

Costumes et coutumes samis

Le soleil fond, fin du bal.?Il est alors temps de reprendre la piste. Certains rejoindront pour la nuit les grands resorts ou les douces cabanes de Saariselkä. D’autres poursuivront la tournée des musts lapons en poussant jusqu’à Kakslauttanen et son village d’igloos de glace ou de verre, avant de partir, au petit matin, à la rencontre des Samis. Pour cela, cap vers le nord, pour rejoindre Inari en une petite heure de route son musée de la culture sami, le SIIDA.

Mais quelle est cette mystérieuse peuplade qui se présente comme “le seul peuple indigène de l’Union européenne” ? “Les Samis sont les descendants de la population qui s’est installée dans la Fennoscandie septentrionale dès la fin de l’âge glaciaire, il y a 10000 ans environ” : voilà pour l’accroche encyclo¬pédique. La statistique maintenant : on compte aujourd’hui près de 75000 Samis tout au nord de l’Europe, la moitié d’entre eux en Norvège, le reste réparti entre le nord de la Suède, de la Finlande et la péninsule de Kola en Russie. Amateurs d’Esquimaux, passez votre chemin : le Sami a la peau claire et, débarrassé de son costume traditionnel, peu de choses le distinguent du Scandinave ordinaire aux yeux des étrangers, sinon un mode de vie, des coutumes et un langage particuliers.

Ce particularisme leur permet de bénéficier d’un statut juridique à part, inscrit dans la constitution finlandaise en 1995 et qui leur accorde notamment le droit “d’entretenir et de développer leur langue et leur culture, ainsi que les activités traditionnelles qui s’y rattachent” en plus de pouvoir utiliser la langue sami auprès des autorités. Les Samis ont ainsi leur propre parlement, leurs propres journaux, leur radio, leur journal télévisé, leurs contes et une tradition musicale toujours vivante avec le chant joïk.?Ces étranges mélopées a capella d’essence chamanique sont désormais déclinées par la jeune génération en version rap, techno ou heavy métal.

Pour une première approche de la culture sami, le musée SIIDA constitue l’endroit idéal, suffisamment grand pour parfaire son initiation, suffisamment compact pour ne pas stresser le visiteur pressé. Quel est le fonctionnement d’un élevage de rennes ? À quoi ressemble un costume de mariage?? Avec quelles armes et quels outils fait-on la chasse aux oiseaux, aux cerfs ou aux animaux à fourrure?? Et que fait-on des baies après la cueillette ? Toutes ces questions trouveront des éléments de réponse dans cet espace qui, aux beaux jours, est complété par un musée en plein air où l’on découvre in vivo un habitat et un mode de vie tout à fait à part. On s’attarderait bien pour en savoir un peu plus, mais Inari est à 40 kilomètres de l’aéroport d’Ivalo et il est l’heure de partir. La nuit tombe, le ciel est clément. Avec un peu de chance, on pourra assister à une dernière aurore boréale avant de s’envoler.

Laponie finlandaise : silence, lumières et action !