Pays-bas : l’esprit hollandais

Le sens du commerce et l’esprit d’entreprise sont dans nos gènes, lance MichielMiddendorf, directeur général du World Forum, centre des congrès de La Haye. Normal, puisqu’il nous a fallu depuis toujours combattre sur notre propre territoire et le protéger des invasions de l’eau.” Pour ce spécialiste des conférences internationales, les Hollandais sont tournés vers l’extérieur, ils aiment créer et prendre des initiatives. “Et surtout, ajoute-t-il, nous n’avons pas peur des défis ; pas peur, par exemple, de faire d’une ville de 500000 habitants le symbole mondial de la Paix !”

Pour ce qui concerne les règles de comportement, Michiel Middendorf insiste sur le fait que les Néerlandais apprécient les choses claires et tranchées. “Pour nous, un oui est un oui. Nous n’aimons pas les demi-mesures, et il nous arrive même d’être parfois un peu trop directs ; quand nous n’aimons pas quelque chose, nous le disons”, conclut-il. Sur ce point, Sander Hoogendoorn, du département de finance et d’économie de l’université d’Amsterdam, est d’accord : “Les Néerlandais vont droit au but et n’essaient pas forcément de connaître personnellement leurs homologues avant de faire des affaires. Ils n’ont pas peur de dire ce qui ne leur plaît pas, mais leurs interlocuteurs ne doivent pas prendre leurs remarques comme des critiques personnelles, plutôt comme des critiques constructives”, explique-t-il. Sander Hoogendoorn conseille donc de bien préparer ses arguments, d’être convaincant, et de ne pas hésiter à utiliser l’humour, voire la taquinerie, fort appréciée, même dans le cadre professionnel. Et de préciser que ce souci d’efficacité, parfois un peu abrupt, va de pair avec l’esprit d’entreprise, l’envie de se lancer des défis. “En ce sens, précise le coresponsable du Center for Entrepreneurship de l’université d’Amsterdam, les Néerlandais ressemblent un peu aux Américains.” Même si, au nom de l’efficacité, on n’hésite pas à annoncer le temps dont on dispose pour un rendez-vous ou à avaler rapidement un sandwich et un verre de lait sur le coin d’un bureau, il arrive aussi que les décisions mettent du temps à se prendre. “C’est ce que l’on appelle le Polder Model, poursuit l’universitaire, un processus décisionnel qui se joue à plusieurs niveaux et mène parfois à des atermoiements.”

Le temps de la réflexion

Anne-Laure Boutard, Française vivant aux Pays-Bas, remarque elle aussi cette tendance à ne pas prendre les décisions immédiates. Account manager au sein de Keytours Holland, une agence spécialisée dans le tourisme de groupes et d’affaires, elle souligne que les Hollandais sont de gros travailleurs, et qu’il serait mal venu de ne pas respecter leur éthique de travail. Elle note que la tradition du sandwich et du verre de lait en guise de déjeuner d’affaires a la peau dure… “D’ailleurs, commander de l’alcool à midi paraîtrait un peu déplacé”, indique-t-elle en s’empressant d’ajouter qu’avec leur légendaire tolérance et leur capacité d’adaptation, les Néerlandais ne s’en offusqueraient pas outre mesure. D’autant que le soir, prendre une bière avec ses partenaires ou ses collègues est un plaisir largement répandu. “J’ai constaté qu’ici, les gens étaient vraiment curieux de la culture des autres ; de ce qui se passe à l’extérieur des frontières. En revanche, même si les Néerlandais maîtrisent impeccablement l’anglais, ils apprécient qu’on fasse un effort pour parler leur langue. Cela permet des rapports plus chaleureux, plus intimes”, conclut-elle.

Sur ce sujet, Sander Hoogendoorn donne un précieux conseil : “Pour adoucir un Hollandais critique, rien de tel que de lui montrer qu’on sait quel chef-d’œuvre se trouve dans quel musée.” D’ailleurs, moyennant finance, la plupart des hauts lieux de la peinture hollandaise se transforment volontiers en salles de réunions d’affaires.