
A côté du passage à l’échelle industrielle de la production de carburant durable, tant attendue par les compagnies, la décarbonation du transport aérien passe aussi par la mise à disposition des compagnies d’avions moins gourmand en carburant. Et Airbus joue à ce titre un rôle clé dans la trajectoire du secteur de l’aviation vers des émissions nettes nulles en 2050. La troisième édition de l’Airbus Summit, qui se tient ces jours-ci à Toulouse, a donné l’occasion à l’avionneur européen de donner des précisions sur ces projets en cours.
Un avion monocouloir de nouvelle génération pourrait ainsi entrer en service dans la seconde moitié de la prochaine décennie. Comme les nouveaux avions de la génération actuelle, ce modèle promet une efficacité énergétique augmentée de 20 à 30 %. Avec, en plus de cela, la capacité de voler avec jusqu’à 100 % de carburant d’aviation durable (SAF). « Nous avons le portefeuille d’avions le plus avancé sur le marché et l’A321XLR est à la pointe de la technologie des avions monocouloirs actuels, a déclaré Bruno Fichefeux, responsable des programmes futurs chez Airbus. Maintenant, nous prenons le meilleur de ce que nous avons fait et nous préparons un autre bond pour rendre nos avions monocouloirs encore meilleurs et révolutionner l’avenir du vol, lorsque le moment sera venu« .
Fondé sur des matériaux plus légers mais plus résistants, cet avion s’appuiera sur des ailes plus aérodynamiques pour plus de portance et, partant, une consommation de carburant moindre, de l’ordre de 20 %, que les modèles actuels. Sans dévoiler tous les secrets techniques, Airbus évoque dans ce cadre l’idée d’une aile pliante qui, outre le fait de donner à l’avion une envergure plus longue, réduirait aussi la traînée.
Avion monocouloir de nouvelle génération – (c) Airbus SAS 2025
Quant au moteur, Airbus explore le potentiel du concept RISE développé par CFM, une coentreprise entre Safran et General Electric. A savoir un moteur à soufflante ouverte, dont les pales ne sont pas contenues dans une nacelle comme les moteurs turbofan actuels, mais laissées à l’air libre pour une meilleure circulation à travers le moteur. Là aussi, cette technologie pourrait réduire la consommation de carburant et les émissions de CO2 de 20 % par rapport aux moteurs les plus efficaces d’aujourd’hui. Un moteur qui devrait être testé en vol d’ici la fin de la décennie.
En parallèle, à la manière des automobiles hybrides, Airbus planche aussi sur la combinaison des sources d’énergie, travaillant à l’avancement de la propulsion hybride-électrique, qui viendrait compléter l’utilisation du carburant avec de l’électricité pour alimenter des fonctions non propulsives.
L’hydrogène repoussé, mais toujours d’actualité
Mais qu’en est-il de l’avion à hydrogène, annoncé à l’horizon 2035 ? Airbus a certes avec une feuille de route révisée et ses ambitions sont plus lointaines, le temps que les technologies mûrissent. Mais le projet baptisé ZEROe est toujours d’actualité, Airbus ayant réaffirmé son engagement à commercialiser un avion à hydrogène viable. « Bien que nous ayons ajusté notre feuille de route, notre dévouement au vol propulsé par l’hydrogène reste inébranlable« , a précisé Bruno Fichefeux.
Après des années de recherche, Airbus s’oriente vers des avions entièrement électriques propulsés par des piles à combustible à hydrogène, la voie jugée comme la plus prometteuse, à même de « révolutionner le transport aérien pour le mieux, en complément de la voie des carburants d’aviation durables« , selon le responsable des programmes futurs chez Airbus.
Dans les faits, le nouveau concept d’avion à hydrogène serait soutenu par quatre moteurs de propulsion électrique, chacun alimenté par un système de pile à combustible alimenté par des réservoirs d’hydrogène liquide. Un concept qui continuera d’être affiné au cours des prochaines années, au fur et à mesure de l’amélioration des technologies associées au stockage et à la distribution de l’hydrogène. « Au cours des cinq dernières années, nous avons exploré plusieurs concepts de propulsion avant de sélectionner ce concept entièrement électrique, a expliqué Glenn Llewellyn, responsable du projet ZEROe. Nous sommes convaincus qu’il pourrait fournir la densité de puissance nécessaire pour un avion commercial.«
Réduire les traînes de condensation
Mais l’impact du transport aérien sur l’environnement ne se limite pas aux émissions de CO2. Les traînées de condensation – ces lignes blanches laissées dans le ciel – pèsent presque autant sur le réchauffement climatique. Un phénomène essentiellement propre à l’hémisphère nord et à la période hivernale, quand l’air environnant les réacteurs est froid et humide.
Selon une étude du groupe de réflexion Transport et Environnement, une petite minorité des vols (3 %) génère 80 % du réchauffement dû à ces traînées. Rien de négligeable pour autant, et c’est pourquoi Airbus entend en parallèle faire progresser la recherche sur la réduction des traînées de condensation en dirigeant le projet PACIFIC (Particules émises, Qualité de l’air et Impact climatique liés à la composition du carburant et au cycle du moteur). Financé par l’Union européenne, ce projet réunit 11 partenaires, dont Rolls-Royce, le producteur de carburant durable finlandais Neste et plusieurs universités, et va explorer les pistes pour minimiser les émissions non liées au CO2.
Courant sur la période de janvier 2025 à juin 2028, il a pour objectif d’améliorer les capacités de modélisation et de prédiction afin de mieux évaluer la formation des traînées de condensation, notamment à travers l’examen de la composition du carburant et du cycle du moteur sur les émissions de particules. Airbus souligne ainsi que des études récentes suggèrent que l’utilisation de SAF pourrait réduire à la fois les particules de suie et les cristaux de glace des traînées de condensation. A travers une meilleure compréhension de ce phénomène, ces résultats viendront soutienir les futures spécifications de carburant et les recommandations politiques visant à minimiser l’empreinte environnementale de l’aviation. « S’attaquer aux émissions non-CO2 de l’aviation est crucial dans notre quête de vols véritablement durables« , a déclaré Sabine Klauke, directrice technique d’Airbus.


















